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Articles taggés avec: Mahdi Yasmina

Jolie boxe, Alice Schneider, Luc Dagognet (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 17 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Bandes Dessinées, Payot Rivages

Jolie boxe, Coll. Payot Graphic, mai 2019, 144 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Alice Schneider, Luc Dagognet Edition: Payot Rivages

 

 

Le cœur au combat

Alice Schneider, diplômée des Beaux-arts, et Luc Dagognet (dirigeant de Fabernol Stories) signent Jolie boxe, un album illustré de facture originale et indépendante. La figure du cœur revient de façon itérative dans les images de l’ouvrage. Des dessins d’anatomie dans lesquels courent les circuits de vaisseaux sanguins, de veines et de nerfs, succèdent à des gros plans de l’organe vital, coupé au niveau des artères, de morceaux de viande et de drôles d’excroissances, tel le long nez du Pinocchio pantin de bois. L’on pense à l’univers de l’américain Charles Burns, à ses créatures mutantes et dévastées progressivement par une curieuse hybridation. De plus, dans Jolie boxe, ça palpite et ça swingue au rythme des pulsations amoureuses ou érotiques.

À travers les grandes plaines, Sarah Raymond Herndon (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 11 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

À travers les grandes plaines, Sarah Raymond Herndon, Payot, avril 2019, trad. Hélène Hinfray, 224 pages, 19 €

 

Itinéraire d’une jeune fille du Missouri

En tout premier lieu, l’exil, l’exode, la recherche du bonheur, la foi, accompagnent le grand voyage sans retour de la jeune Sarah Raymond Herndon – étant son nom d’épouse, née en 1840, décédée en 1914. À travers les grandes plaines est le récit de l’origine des peuplements, d’un périple, depuis Memphis (petite ville du Missouri) jusqu’à Virginia City dans le Montana, une traversée de l’Ouest des États-Unis d’Amérique, que qualifie ainsi l’auteure : « parce que c’est très amusant de traverser le continent ! C’est comme pique-niquer tous les jours pendant des mois ». Sarah Raymond tient un carnet intime où elle relate la vie des pionniers partis en chariots bâchés. Elle y consigne les changements imprévus de la nouvelle condition d’émigrantes « habituées à avoir des domestiques (…) ». Ces femmes et ces jeunes filles élevées de manière douillette, à l’abri du besoin, relativement éduquées, abandonnent leur confort pour la précarité du nomadisme.

Embrasements, Kamila Shamsie (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 05 Septembre 2019. , dans Actes Sud, La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Asie, Roman

Embrasements, septembre 2019, trad. anglais (Pakistan) Éric Auzoux, 320 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Kamila Shamsie Edition: Actes Sud

 

La réfutation

Embrasements, de l’anglo-pakistanaise Kamila Shamsie, débute sur une scène d’humiliation provoquée par un interrogatoire kafkaïen mené sans ménagement par des fonctionnaires anglais de l’immigration. La vie d’Isma, la protagoniste, est passée au crible, et le lecteur est averti d’emblée de la façon dont les Européens traitent ceux qu’ils désignent comme Arabes et musulmans (les questions posées par cette police sont par ailleurs d’une rare stupidité). Isolée aux États-Unis, c’est depuis l’ordinateur que la jeune femme reprend contact avec les siens. Le mode opératoire de correspondance se fait par « la fenêtre Skype ». Les remarques d’Isma se trouvent souvent en contradiction, entre réfutation et assentiment. Il est difficile de déterminer où débute la fiction et où commence le réel, ce qui corrobore à une sorte de récit-reportage, mi-inventé, mi-réaliste. Le ton est amer, parfois caustique. Par exemple, un idéal de beauté masculine est prôné par la locutrice, une « chevelure brune bien fournie, un teint bien clair ». La chevelure est chargée d’un pouvoir de séduction et d’exhibition de son intimité sexuelle, sous le poids d’un interdit (d’où le port du voile). Paradoxalement, la couleur noire, dans la symbolique des rêves en Islam, est le signe de la luxuriance, de la force ; en rêver est présage de bonheur.

Poétique 185, Revue de théorie et d’analyse littéraires, Gérard Genette (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 26 Août 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Revues

Poétique 185, Revue de théorie et d’analyse littéraires, Gérard Genette, mai 2018, Seuil, 192 pages, 19 €

 

Alphabet genettien

Le numéro 185 de la revue Poétique est consacré à feu Gérard Genette, dont les ouvrages les plus célèbres – Figures I à VI ont marqué des générations d’étudiants et de chercheurs. Il faut savoir que Genette a établi une filiation à partir des théories des Anciens, dans Introduction à l’architexte (1979), en déconstruisant « la théorie des genres, de la division fondamentale due à Aristote (…) entre les trois genres fondamentaux (…) lyrique, épique et dramatique ». Le Genette théoricien a défini la notion de paratexte, qui s’approche étroitement des théories de la réception. Michel Charles ouvre l’hommage-débat qu’il lui consacre dans ce numéro de Poétique, en avertissant « qu’il ne s’agira pas ici de “décrypter” Genette, qui s’est largement décrypté sans notre aide ».

Terre natale, Exercices de piété, Jean Clair (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 22 Août 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Histoire, Gallimard

Terre natale, Exercices de piété, juin 2019, 416 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jean Clair Edition: Gallimard

 

 

Dans ce livre savant, référencé, Jean Clair nous fait partager vingt-quatre exercices de piété à la manière d’un symposium, banquet propice à la dissertation, par rétrospection et par le biais de « l’écriture [qui] est un filet de mots pour attraper les papillons de l’âme », et ce, en dépit de « ce temps de pauvre littérature ». Le texte de Jean Clair participe d’une recherche paradoxale de la part absente du moi, invisible à soi – à la fois conscience (révélée par la psychanalyse), récapitulatif de ce qui nous nourrit (l’instruction, le savoir, l’art), et altérité. Ces traités sont le prétexte de considérations sur le voile des femmes, ce qu’il recouvre, sur le miroir qui révèle à l’envers, brouille également ou trompe le regard, tout en captant des apparences et des présences fantomatiques, notamment.