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Articles taggés avec: Mahdi Yasmina

Le tour de magie le plus incroyable du monde, Beatriz Martín Vidal (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 29 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, Grasset

Le tour de magie le plus incroyable du monde, Beatriz Martín Vidal, éd. Grasset Jeunesse, 48 p., avril 2026, 19,90 € Edition: Grasset

 

Prestidigitation

Beatriz Martín Vidal a étudié à l'université de Salamanque avant de se spécialiser dans l'illustration à l'école d'art de Valladolid. Auteure d'albums illustrés, elle exerce depuis dix ans, principalement en illustration éditoriale. Son nouvel album jeunesse au format portrait (36,7 x 23,6 cm) est un beau livre de collection.

Le gibus est l’élément distinctif de la narration, qui annonce le tour de magie. Et nous voilà entraînés à assister à un mystérieux spectacle ! Le décor alentour se met alors à changer, comme au théâtre, des personnages fabuleux surdimensionnés apparaissent comme par un coup de baguette magique. Et c’est un univers imaginaire qui supplante l’environnement des rues, du jardin public, traversant l’espace. Le haut-de-forme possède des vertus fantastiques, surnaturelles, d’où jaillit un monde onirique.

Le trimard, Jack London (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 21 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Le trimard, Jack London, trad. Marc Chénetier, dessins Simon Roussin, éd. Gallimard (Le sentiment géographique), 208 p., avril 2026, 22€ . Ecrivain(s): Jack London Edition: Gallimard


Journal d’un hobo

Jack London (1876-1916) livre dans ce roman, des souvenirs rétrospectifs qui lui sont chers, en l’occurrence celui d’un « trimardeur affamé » ; un hobo dont l’existence consiste à prendre des trains en marche « sans se briser le cou », et où « les très pauvres constituent la dernière ressource assurée du vagabond affamé ». Pour survivre, il faut mendier, et c’est tout un art, finalement, un art de la narration. Car c’est grâce aux mots que l’on obtient crédit et confiance. Comme un barde des temps anciens. Mais voilà, dans le Nouveau Monde, les arrêtés contre ceux qui ne travaillent pas, les nomades et les clochards, sont rigoureux. Le style littéraire du grand écrivain est proche de celui du road movie, du périple et de la cavale sur les routes de la Beat Generation de Jack Kerouac. L’on pense également à Henri Miller et au problème récurrent de la faim.

Le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir en La Pléiade (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 14 Mai 2026. , dans La Une CED, La Pléiade Gallimard, Les Chroniques, Les Livres

Le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir, préface Esther Demoulin, chronologie Sylvie Le Bon de Beauvoir, La Pléiade, numéro 683, éd. Gallimard 2026, 1152 p., 68 €

La fabrication du féminin

Quand on aura révisé le dictionnaire et féminisé la langue, chacun de ses mots sera, pour l'égoïsme mâle, un expressif rappel à l'ordre.

Hubertine Auclert, Le féminisme. L'Académie et la langue,

Le Radical, 18 avril 1898

Dans cette œuvre magistrale, Le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir déconstruit les opinions et les présupposés considérés comme évidents d’un existant « féminin », doxa reprise par toutes les disciplines savantes, littéraires et scientifiques. Dans la préface, Esther Demoulin souligne que « l’histoire de la philosophie, très longtemps écrite par des hommes, s’est construite selon Beauvoir sur un impensé, à savoir l’assimilation entre le point de vue masculin et l’objectivité universelle ». Ce que Simone de Beauvoir observe : « Une explication biologique du corps de la femme soumet ces dernières à un « déterminisme simpliste ».

Liberté sous condition, Jim Thompson (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 30 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Rivages/noir, Polars, USA

Liberté sous condition, Jim Thompson, trad. Danièle et Pierre Bondil, préf. François Guérif, couv. Myles Himan, 224 p., mars 2026, éd. Rivages/noir, 8,50€ . Ecrivain(s): Jim Thompson


Le livre intitulé Liberté sous condition de Jim Thompson (1909-1977, auteur d’une trentaine d’ouvrages, l’une des voix majeures du roman noir américain), commence comme un film hollywoodien, au scénario efficace, précis. Le style est net, incisif. Le propre du roman policier est celui de sa capacité à intégrer les éléments du réel d’un moment historique. En effet, le texte de Liberté sous condition est écrit dans l’après-guerre, en 1953, et l’on perçoit les indices disséminés ici et là de cette époque, dont la mode vestimentaire par exemple. L’on fume dans les bureaux et les lieux publics, la cigarette fait signe, tout comme le vêtement - costumes, chapeaux, « vendeurs en redingote », parures de femmes : « Elle mesurait à peu près un mètre cinquante, chignon de cheveux roux décolorés compris, et était vêtue d’un chemisier blanc à col montant, de bottines à lacets et d’une jupe qui ressemblait à un dessous de selle ». La façon dont l’auteur parle des femmes est aussi un indicateur de temps.

Mélanippe la philosophe, Séverine Auffret (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 08 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Mélanippe la philosophe, Séverine Auffret, collaboration de Geneviève Javary, 352 p., éd. des femmes – Antoinette Fouque, avril 2026, 10€ Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Séverine Auffret (agrégée de philosophie, essayiste, couronnée du prix Simone Veil en 2018), exhume les traces effacées de la pensée philosophique des femmes dans l’Antiquité grecque. Et ce, à travers les fragments d’une œuvre d’Euripide (vers 480 avant J.-C.-406 avant J.-C.), intitulée Mélanippe la philosophe et Mélanippe la prisonnière. Le manuscrit d’Euripide, abîmé, quasi perdu, traite, dans son théâtre, d’une femme savante : « Mélanippe (…) une figure effacée - tronquée, morcelée, mutilée » ; une curieuse coïncidence de destins communs entre l’affirmation philosophique de la fiction poétique d’une femme de l’Antiquité à travers un texte théâtral et la quasi disparition de l’ouvrage original.

Séverine Auffret choisit ces textes (ce qu’il en reste), à un moment où la discipline savante (la philosophie) n’est pas encore définie. L’autrice relève comment « aux origines de la philosophie », les femmes ont été ridiculisées, évincées puis censurées et invisibilisées dans leur participation active à la littérature. À partir du grec ancien, Séverine Auffret démontre la façon dont le sens du vocabulaire, des mots, se métamorphose, « minore ou majore » le féminin. Elle démontre ainsi la manière dont les philosophes ont défini et genré les catégories, en instaurant leur « conformité », c’est-à-dire, une obligation à la soumission d’un unique décret.