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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Les Moments forts (46) L’anarchiste Félix Fénéon à l’Orangerie (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 08 Avril 2020. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Thadée Natanson dira avec simplicité, en 1939, lors d’une émission de Radio-Paris, parlant de Félix Fénéon (1861-1944) : « acquitté il vint avec nous à La Revue blanche. De 1894 à 1903, il ne fut pas seulement le secrétaire de la rédaction, il fut La Revue blanche ». Suite à cette intronisation, Géraldi Leroy et Julie Bertrand-Sabiani constatent que « [l]es sommaires [de La Revue blanche], loin de se cantonner dans un domaine spécifique, dans l’exposé d’une idéologie précise, dans la défense et illustration d’une école, témoignent d’intérêts très variés. La constante est l’exaltation de la liberté. […] [L]’individualisme est fortement valorisé ». Puisque si l’on voit La Revue blanche « afficher une sympathie marquée à l’égard de l’anarchie », c’est dans le sens, comme le remarque Paul-Henri Bourrelier, où elle « prôn[e] la prééminence des individualités », quand bien même Fénéon exprimait une grande attention et sympathie pour ce mouvement jusque dans son expression à visée politique, pouvant se déployer, logiquement, suivant la perpétuation d’attentats.

Les Moments forts (46) Le « Requiem » de Mozart au Festival International d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 31 Mars 2020. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Une fête, ce Requiem curieusement donné avec des ajouts (chant grégorien ; de Mozart : la Meistermusik K. 477b, le Miserere mei K. 90, également en ré mineur ; un extrait de Thamos devenu motet…), mais justement donné, par l’excellent et engagé Raphaël Pichon, directeur de l’ensemble vocal et orchestral Pygmalion.

Et mis en scène par Romeo Castellucci, – à l’œuvre prolifique et extrêmement inégale (cédant souvent aux facilités d’une longueur prétendument méditative, d’un onirisme choquant ou tape-à-l’œil et d’un freudisme de comptoir), de laquelle se détache, nettement, son intense lecture de l’opéra Salomé.

Et chorégraphié par Evelin Facchini. Ainsi, soient un orchestre, un chœur et des solistes, mais aussi des danseurs et des figurants. Onze jeunes danseurs issus du PNSD (Pôle National Supérieur de Danse) et du BNMNEXT, compagnie junior du Ballet National de Marseille. Les « chorégraphies sont inspirées des Balkans, principalement la Macédoine et la Grèce. Il y a là-bas des traditions ancestrales toujours vivantes. Les corps se consument, comme la vie », avance Raphaël Pichon.

Les Moments forts (45) Le retour de Mats Ek au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 24 Mars 2020. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Événement : Mats Ek (qu’il est émouvant de voir travailler dans le documentaire de Frederick Wiseman La Danse, le ballet de l’Opéra de Paris) revient ! Au Palais Garnier, du 22 juin au 14 juillet 2019. Bonheur… Le chorégraphe suédois avait fait ses adieux en 2016, au Théâtre des Champs-Élysées, avec (notamment) Hâche : un émouvant pas de deux pour son épouse Ana Laguna.

La Carmen de Mats Ek (reprise), chef-d’œuvre qui a la cohérence de sa Giselle, s’ancre dans l’univers du flashy, des cris, des cigares qui sentent l’encens, des robes à la personnalité folle, des foulards à quoi peut se réduire le cœur, à quoi peut se réduire la pulsion, pourquoi non. Et magnifie Amandine Albisson qui, vouée au rouge, parvient, dans un rôle très technique, à hisser le trivial à hauteur du sublime, exprimant, avec un féminisme militant, son désir dans toute son étendue, dans toutes ses contradictions (par quoi il est justement désir) : désir de soumission, désir de liberté.

Les Moments forts (44) Modernité de la préhistoire, au Centre Pompidou (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 18 Mars 2020. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Artiste, l’homme préhistorique ? Si tant est qu’être artiste, c’est nourrir les âmes à venir. Pourquoi non ? N’est pas forcément artiste celui ainsi nommé. Et n’est pas forcément artiste celui qui accède par la signature, pour sa génération (possiblement pour les générations), à un nom propre (correspondant à l’état civil ou inventé), prélude prétendument nécessaire au fait de faire œuvre.

En outre, peut être artiste celui qui s’ignore tel. Est – sans le savoir – un grand artiste, celui qui, apnéiste, laisse la beauté dans la présence, celui qui, dans la solitude d’une méditation, plonge, fait corps avec l’immensité aux lèvres pâles, s’en va découvrir, explorer le paysage de l’intérieur de l’océan, et, ce faisant, s’explore lui-même, et, ce faisant, par son silence, devient la voix de l’océan, car, comme l’a professé Shih T’ao : « À présent que le Paysage est “né” de moi et moi du Paysage, celui-ci me charge de parler pour lui. J’ai cherché sans trêve à dessiner des cimes extraordinaires. L’esprit du Paysage et mon esprit se sont rencontrés et par là transformés, en sorte que le paysage est bien en moi ».

Folio+Collège, une collection tout entière à l’écoute du langage intérieur de l’élève (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 13 Mars 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Sébastien Ouellet affirme dans sa thèse de doctorat : « Le problème […] est celui de l’appropriation de la littérature par les élèves. Ce problème est lié à des pratiques didactiques dans l’enseignement de la littérature qui s’appuient sur les connaissances de l’enseignant. Ces pratiques ne laissent que peu ou pas de place au point de vue de l’élève » [1]. Michel Develay et Olivier Reboul ont résumé cet état de fait en deux phrases implacables : « L’école répond à des questions que les élèves ne posent pas et elle ne répond pas aux questions qu’ils évoquent » [2]. « L’école impose à l’enfant des réponses à des questions qu’il ne se pose pas, tout en ignorant celles qu’il se pose » [3]. En conséquence, avance Philippe Perrenoud, « [l]e rapport au savoir se joue très visiblement autour de […] l’indifférence que suscitent certaines questions » [4]. Ce faisant, Develay, Reboul et Perrenoud n’ont fait, par certains aspects, que donner suite à un épisode d’Alice au pays des merveilles, tel que relaté par Olivier Maulini :