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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Casanova-Rousseau, Lectures croisées, Dir. Jean-Christophe Igalens, Érik Leborgne (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 08 Juillet 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Casanova-Rousseau, Lectures croisées, Dir. Jean-Christophe Igalens, Érik Leborgne, Presses Sorbonne Nouvelle, 2019, 207 pages, 19,90 €

 

Est-il possible, c’est-à-dire raisonnable, d’accoler les deux noms de Casanova et de Rousseau, dont l’œuvre la plus aboutie demeure Les Rêveries du promeneur solitaire (qu’il faut absolument lire dans l’édition critique établie par Frédéric S. Eigeldinger, chez Honoré Champion, Coll. Champion Classiques Littératures, 2010) ? Cette question ne cesse, avec facétie, d’aller et venir en soi, lorsque l’on prend connaissance, page après page, de ce volume – avec une joie accomplie, tant celui-ci s’avère passionnant.

En effet, tout, absolument tout semble opposer ces deux auteurs.

Divergences quant au vécu. Quant à l’Aventure (la majuscule, ici s’impose) qui peut être part intrinsèquement constitutive de la vie. L’on sait le mouvement qui fut le cœur battant de la vie de Casanova. Certes, Rousseau voyagea, « parfois contre son gré », et son exil le mena « à vivre un moment dans la clandestinité, mais dans des conditions qui n’ont [absolument] rien de comparables avec celles de Casanova ».

Impression(s), soleil, Dir. Annette Haudiquet (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 02 Juillet 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Impression(s), soleil, Dir. Annette Haudiquet, MuMa & Somogy éditions d’art, 2017, 223 pages, 29 €

Plus que jamais peut-être, nous sommes éphémères, comme un oiseau se frayant un chemin de chant plus ou moins malhabile dans le ciel du silence (puisque l’on deviendra, tous, un silence parmi les silences), – plus que jamais il nous faut dater. Soient Raoul Lefaix, « L’Hôtel de l’Amirauté », 1928 (photographie noir et blanc sur papier collé sur album Le Havre en 1928, 1928, Le Havre, bibliothèque municipale) ; Séeberger (Frères), « Coucher de soleil sur la mer au Havre », vers 1900 (négatif sur verre au gélatino-bromure d’argent, Charenton-le-Pont, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine) ; A. M. Noël, « Le Cotre pilote Fernand, H 19, dans la brume du port », vers 1893-1901 (tirage photographique sur papier noir et blanc, Le Havre, bibliothèque municipale, fonds iconographique Philippe Manneville) ; Anonyme, « Le Bassin de [la Barre] » – improprement identifié comme le bassin de l’Eure – (photographie positive sur verre, Paris, Fonds Colbert, LabEx EHNE) ; Alfred Soclet, « Grand Quai – Manutention à l’arrivée du bateau de Caen », début du XXe siècle (tirage d’après négatif sur plaque de verre, Le Havre, Centre havrais de recherche historique, fonds Soclet) ; Georges Asselin, « Le Havre, bains Marie-Christine », vers 1900-1910 (négatif noir et blanc stéréoscopique sur plaque de verre, Le Havre, archives municipales) ;

Le Grand Meaulnes, Alain-Fournier en la Pléiade (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 24 Juin 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Le Grand Meaulnes suivi de Choix de lettres, de documents et d’esquisses, Alain-Fournier, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, mars 2020, 640 pages, 42 € (prix de lancement jusqu’au 31 août 2020)

 

Le Grand Meaulnes, déjà lu ? Allez en Sologne pour le relire. Dans un champ de coquelicots, voyez ce papillon qui s’approche, s’éloigne aussitôt. Lisant Le Grand Meaulnes, les questions qui sont venues à l’esprit du poète Jaccottet nous viennent au cœur : « Et si [les pétales du coquelicot] étaient des morceaux d’air tissé de rouge, révélé par une goutte de substance rouge, de l’air en fête ? ». Les papillons « tout en ailes, presque sans corps, tout juste là pour montrer la lumière, la couleur », ne sont-ils pas plutôt « des morceaux de vent colorés » ?

Remarquable édition dans la Pléiade, qui fera date, de l’œuvre unique d’Alain-Fournier, accompagnée de lettres et de documents permettant « de suivre chronologiquement [une] double histoire, celle d’une passion amoureuse [vécue par l’auteur] au sillage jamais refermé, et celle de la genèse du roman, de 1904 – avant la [R]encontre – à 1913 – année de publication du Grand Meaulnes ».

Œuvres, Rabindranath Tagore (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 16 Juin 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Œuvres, Rabindranath Tagore, Gallimard, coll. Quarto, février 2020, trad. anglais et bengali par un collectif de traducteurs, édition de Fabien Chartier, préface de Saraju Gita Banerjee et Fabien Chartier, 1632 pages + 16 pages hors texte, 122 ill., 31 €

« Mon chant a dépouillé ses parures. Je n’y mets plus d’orgueil », confie Rabindranath Tagore (1861-1941) : voici une certaine forme de théâtre. Voici maintenant quelques-unes des notes prises par Franz Marijnen, à Bruxelles, pendant un cours donné par Jerzy Grotowski et son collaborateur Ryszard Cieślak, en 1966 : « [I]l est très important de ne jamais faire quelque chose qui ne soit pas en harmonie avec votre impulsion vitale, quelque chose que vous ne puissiez pas justifier vous-même. Nous sommes liés à la terre. Quand nous sautons en l’air, elle nous attend. Chaque chose que nous entreprenons doit être faite sans trop de hâte, mais avec un grand courage ; autrement dit, pas comme un somnambule, mais avec toute notre conscience, dynamiquement, comme le résultat d’impulsions définies. Nous devons graduellement apprendre à être personnellement responsable de tout ce que nous faisons. Nous devons chercher ». Grotowski écrit lui-même dans Vers un Théâtre pauvre (titre précieux entre tous) : « C’est en même temps quelque chose de […] difficile à définir, mais néanmoins très tangible du point de vue du travail. C’est l’action de se mettre à nu, de se dépouiller de protections de la vie quotidienne, de s’extérioriser. Non pas ‘pour se montrer’, car ce serait de l’exhibitionnisme. C’est un acte sérieux et solennel de révélation ».

Romans, tomes I et II, George Sand en la Pléiade (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 03 Juin 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Romans, tomes I et II, George Sand, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2019, édition publiée sous la direction de José-Luis Diaz avec la collaboration d’Olivier Bara et Brigitte Diaz, n°644 et n°645, 1936 et 1520 pages, 72 et 68 €

 

Qui se souvient de Jules Janin ? En 1836, il savait se montrer emphatique : « Que faire ? que devenir ? Toutes les routes sont fermées à George Sand. Elle est femme ! Elle ne pourrait prendre rang parmi les écrivains politiques qui régissent le monde, parmi les écrivains littéraires qui gouvernent l’art. Elle est femme ! ». Et la formule est répétée non pas une, non pas deux, non pas trois, non pas quatre, non pas cinq, non pas six, non pas sept, non pas huit, mais neuf fois.

Elle est femme ? L’on a tous, en pensée, une image de l’amoureuse, parée en homme, que fut Sand. Une image convenue, faisant consensus, conforme à celle qu’ont véhiculée, en leur temps, Balzac ou Liszt. Suite à la visite qu’il rend à Sand, à Nohant, au début du mois de mars 1838, Balzac écrit à Ewelina Konstancja Wiktoria Hańska, car il veut tout lui raconter :