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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Enfin le royaume, Quatrains, François Cheng (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 13 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Enfin le royaume, Quatrains, François Cheng, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, n°542, février 2019, édition revue et augmentée, 224 pages, 7,40 €

 

« De l’eau naît la flamme, / De la flamme l’air / Mêlé au pur souffle / D’une biche endormie », reconnaît François Cheng. La psychanalyste Anne Dufourmantelle décrit ainsi la douceur, réveillée par le poète dans le quatrain que nous venons de citer : « Le ventre d’un animal. La palpitation d’une veine qui affleure sous la peau. Une peau très âgée comme un galet translucide. Une peau de très jeune enfant, sa joue encore couverte d’un imperceptible duvet. Calme de la respiration, de ce qui contient le vivant et le protège. Et qui s’offre au toucher ». Puis elle ajoute : « La douceur est une force de transformation secrète prodiguant la vie, reliée à ce que les anciens appelaient justement puissance. Sans elle, aucune possibilité que la vie s’augmente dans son devenir. Je crois que la puissance de métamorphose de la vie elle-même se soutient dans la douceur. Quand l’embryon devient un nouveau-né, quand la chrysalide laisse éclore le papillon, quand une simple pierre devient la stèle d’un espace sacré dans les jardins de Kyoto, il y a, au minimum, la douceur ».

d a n s e r (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 11 Septembre 2019. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

écrire pour seulement

tisser – fils bariolés

de l’écriture, matières

grossières, empêchées

– un Hommage.

danser, pour dé

velopper – l’on

reprend ici la

formulation de

rothko* – « l’

énergie imaginative » (évanescente-et-grandissante

beauté à couper le souffle),

Les Moments forts (27) Toutânkhamon en visite à Paris (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 05 Septembre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

« La période à laquelle appartient la tombe » de Toutânkhamon [1] est, reconnaît Howard Carter [2], « à bien des égards, la plus intéressante de toute l’histoire de l’art égyptien ». Carter s’attendait donc à trouver des merveilles, lors de sa découverte (Louxor, Vallée des Rois, KV62). Il était loin, cependant – ce fut une « véritable révélation » –, « d’imaginer la vitalité étourdissante », laquelle ne pouvait que « bouleverser toutes les idées reçues », qui caractérisait certains des objets qu’il découvrit.

Le mot qui revient le plus, dans la bouche des spectateurs, lorsqu’une fois dans l’espace de l’exposition, après avoir subi les deux files d’attente puis les quatre minutes de présentation filmée obligatoires, on écoute l’alentour, c’est : « finesse ». Comment du reste s’exclamer autrement, face aux objets qui constituent le trésor de Toutânkhamon, face à leur suprême délicatesse ? Ce raffinement – extrême – « coexiste avec la douceur », affirme Anne Dufourmantelle, qui ajoute aussitôt : « C’est la manière dont le bois est sculpté, travaillé, la subtilité d’une couleur, le déroulé d’une courbe […]. La douceur semble incrustée dans le geste, déposée avec lui dans la matière. […] Il est dit, dans les textes, que le toucher devait avoir la douceur de la pluie et la finesse d’un cheveu d’enfant ». En cela, les objets bellement (beau clair-obscur) mis en valeur à la Villette – chacun d’eux – nous font irrémédiablement songer à cette tradition suivant laquelle il fallait cinq mille couches de laque pour faire un meuble à la cour royale de Pékin.

Ninfa dolorosa, Essai sur la mémoire d’un geste, Georges Didi-Huberman (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 03 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Ninfa dolorosa, Essai sur la mémoire d’un geste, Georges Didi-Huberman, Gallimard, coll. Art et Artistes, mars 2019, 352 pages, 81 ill., 29 €

« [N]ous avons […] regardé les informations télévisées. Nous avons vu […] [d]es images de feu et de sang, de guerres et de souffrances humaines », écrit Georges Didi-Huberman.

Derrière (à l’origine de) ces images de sang. De feu. De guerres. De souffrances humaines, il est des hommes et des femmes. Parfois des enfants (cf. le génocide des Tutsis au Rwanda). Qui se sont approprié ces mots de La Nouvelle Justine, sans avoir jamais lu Sade, sans avoir eu besoin d’une attelle pour donner à l’efflorescence de l’obscur tout son mouvement ou (c’est selon) toute son immédiateté (et alors tout son maintien, toute sa souplesse) : « [Q]uel besoin l’homme a-t-il de morale pour exister content sur la terre ? [Il n’y en a qu’une :] celle de se rendre heureux, n’importe aux dépens de qui ; celle de ne se rien refuser de tout ce qui peut augmenter notre bonheur ici-bas, fallût-il même, pour y réussir, troubler, détruire, absorber absolument celui des autres. La nature, qui nous fit naître seuls, ne nous commande nulle part de ménager notre prochain : si nous le faisons, c’est […] par égoïsme : nous ne nous nuisons point, de peur qu’on ne nous nuise ;

Dépasser la mort, L’agir de la littérature, Myriam Watthee-Delmotte (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 29 Août 2019. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Dépasser la mort, L’agir de la littérature, janvier 2019, 272 pages, 21 € . Ecrivain(s): Myriam Watthee-Delmotte Edition: Actes Sud

 

Si le réel de la mort est le plus grand impossible à signifier, ce n’est pas uniquement parce qu’il est ce que l’homme ne saurait, par essence, se représenter autrement qu’en étant secouru par les prestiges de l’imagination (cf. La Mort de Jankélévitch). Le réel de la mort a ce « statut » dans le sens où tout réel, quel qu’il soit, résiste à la signification. Comme le résume la psychanalyste lacanienne Colette Soler, « le réel est ce qui résiste à la symbolisation. Dès que vous avez un signifiant vous […] pass[ez] dans le symbolique ». Autrement dit : dès que vous avez un signifiant, vous êtes ailleurs.

Ce réel de la mort nous est irrévocablement, à terme, échu. Et cette conscience que nous avons de notre finitude, si paradoxalement elle ne nous ouvre pas – pour reprendre les termes de David Le Breton dans Déclinaisons du corps – « à la ferveur du monde », peut être synonyme de désolation. Stéphane Bouquet murmure dans Le mot frère : « Nous sommes des fragilités disposées dans la mort ».