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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Les Moments forts (50 et dernier) Le cinéaste James Gray met en scène Mozart au Théâtre des Champs-Élysées (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 12 Mai 2020. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

L’Ouverture des Noces : l’effervescence faite musique ; c’est une Ouverture sans arrêt et que « n’alourdit aucun forte jusqu’à la coda », rappelle Dominique Jameux. Le temps presse : c’est perceptible par l’indication de tempo, par la brièveté de l’ensemble, par la volonté du compositeur de ne pas développer vraiment les thèmes. L’ont bien compris Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie, du fait de l’allant auquel ils se vouent, avec la rudesse que met un cheval à rejoindre la nuit – tout occupé de son chemin, des obstacles qui pourraient s’y trouver ; ainsi ces forte-piano fréquents qui scandent la progression… Pourquoi rejoindre la nuit, si ce n’est pour dispenser, à tout-va – c’est-à-dire dans le réceptacle du cœur –, la bonne nouvelle : l’aube à venir ? Mais est-ce là tout ?

Cette Ouverture est singulière. Elle n’annonce rien, elle ne propose nullement les prodromes d’une action. Or, c’est souvent le propre des Ouvertures mozartiennes. Ainsi, l’Ouverture de Don Giovanni nous prévient, avec faste : elle porte en elle l’issue du personnage éponyme, du fait des gammes chromatiques en lesquelles se fait entendre, répétitive, quelque insidieuse menace.

Les Moments forts (49) Les Indes galantes de Rameau (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 07 Mai 2020. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

« [L]a voix montait, pleine de soupirs, nuancée ; stentorienne, nourrie, éclatante, glorieuse », écrit James Joyce dans Ulysse (traduction d’Auguste Morel, revue par Valery Larbaud, Stuart Gilbert et l’auteur). Mais le chant est, avec Jean-Philippe Rameau (empruntons à André Tubeuf quelques-uns de ses mots), « présent non point [seulement] dans chaque ligne tendue et tenue, dans la mélodie, évidence bénie ; mais dans chaque son déjà, comme si la fonction du moindre son, son âme essentielle, était de se faire chantant ; de nous faire signe, de nous éveiller par le chant ».

Rameau, dans ses écrits théoriques, n’a cessé de répéter, rappelle Starobinski dans Les Enchanteresses, que la « “loi de génération harmonique”, produite par la vibration du corps sonore, était le secret fondamental du cosmos d’où dérivaient les proportions géométriques régissant les lois de toute la nature ». Et le critique d’ajouter, dans La séduction des origines :

Les Moments forts (48) Degas à l’Opéra (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 30 Avril 2020. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Degas (1834-1917) : un « personnage singulier, grand et sévère artiste, essentiellement volontaire, d’intelligence rare, vive, fine, inquiète ; qui cachait sous l’absolu des opinions et la rigueur des jugements, je ne sais quel doute de soi-même et quel désespoir de se satisfaire, sentiments très amers et très nobles que développaient en lui sa connaissance exquise des maîtres, sa convoitise des secrets qu’il leur prêtait, la présence perpétuelle à son esprit de leurs perfections contradictoires » (Paul Valéry, Degas Danse Dessin).

Ce qui frappe le plus, lorsque l’on redécouvre ce peintre, par le biais de cette exposition très réussie, c’est le singulier cadrage adopté par le peintre, en ses toiles (et qui n’est pas sans préfigurer, par certains aspects, le travail de Hopper). Cette modernité a marqué Jacques-Émile Blanche, qui commente, dans ses Propos de Peintre, de David à Degas (préface de Marcel Proust, Émile-Paul Frères, 1919) : « Le système de composition, chez [Degas], fut la nouveauté. […] La photographie instantanée, avec ses coupes inattendues, ses différences choquantes dans les proportions, nous est devenue si familière, que les toiles de chevalet de cette époque-là ne nous étonnent plus ;

Francis Bacon ou La mesure de l’excès, Yves Peyré (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 22 Avril 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Francis Bacon ou La mesure de l’excès, Yves Peyré, Gallimard Coll. Livres d’Art, septembre 2019, 336 pages, 49 €

Soit Francis Bacon. « Il me semble – avance avec justesse Michel Archimbaud – que l’on ne peut réduire la puissance de son œuvre à la seule violence fascinante et répulsive de ses images. A-t-on suffisamment souligné la beauté de sa palette, ses oranges qu’il aimait tant, ses mauves acidulés, ses verts translucides aussi angoissants que somptueux, ses bleu roi violents, ses jaunes à hurler, ses roses que seul Matisse peut-être avant lui, mais dans un tout autre registre, avait su manier avec une pareille maîtrise ? ».

Bacon « tranche, et sa vie même, qui est largement le foyer de son œuvre, en rajoute », reconnaît Yves Peyré dans Francis Bacon ou La mesure de l’excès, avant d’ajouter : « À bien des titres, elle est scandaleuse, dominée par l’alcoolisme, le jeu et l’homosexualité. Le prohibé revient en force, placé dans la position sacrée de l’épreuve, pour ne pas dire du martyre. Bacon est libre. Des chansons (“Kiss Me Hardy” de Gainsbourg en exemple) ne manquent pas de faire allusion à la pertinence de son théâtre intérieur. Bien des malentendus trouvent en cela leur assise. […] ». Lever – autant que faire se peut – les malentendus est la force immédiate de Francis Bacon ou La mesure de l’excès. C’est d’autant plus important que ces malentendus ont été entretenus par Bacon lui-même. Un exemple ?

Les Moments forts (47) Le « Parsifal » de Gergiev à la Philharmonie de Paris (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 15 Avril 2020. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

 

Parsifal, « festival scénique sacré en trois actes », naît du Conte du Graal de Chrétien de Troyes, adapté par Wolfram von Eschenbach au début du XIIIe siècle. Devient Parsifal Perceval, le héros de la geste médiévale. Perceval : « celui qui traverse le val ». Une traversée : une initiation. Comment ne pas se souvenir que le verbe « einweihen » (« initier ») possède la même racine que le terme forgé par le compositeur pour désigner sa partition : « Bühnenweihfestspiel », autrement dit « festival scénique sacré »…

Qu’en est-il de ce Parsifal, dont la version de référence demeure celle enregistrée en février 2013 au Metropolitan Opera de New York, avec Jonas Kaufmann dans le rôle-titre ?