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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Shakespeare pornographe, Un théâtre à double fond, Jean-Pierre Richard (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 17 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Shakespeare pornographe, Un théâtre à double fond, Jean-Pierre Richard, Éditions rue d’Ulm, coll. Offshore, mars 2019, 246 pages, 20 €

 

Faites entrer Hamlet. Faites entrer Rosencrantz. Et la reine. Et Polonius. Et n’oubliez pas Ophélie !

 

Hamlet – Be the players ready ?

Rosencrantz – Ay, my lord, they stay upon your patience.

Queen – Come hither, my dear Hamlet. Sit by me.

Hamlet – No, good mother, here’s mettle more attractive.

Polonius – O ho, do you mark that ?

Hamlet – Lady, shall I lie in your lap ?

Ophelia – No, my lord.

Les Moments forts (29) Bacon à Beaubourg (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 16 Octobre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Un vertige. Une angoisse. Telle qu’elle a été – bellement – définie par Kierkegaard, dans Le Concept de l’angoisse (notamment) : « On peut comparer l’angoisse au vertige. Quand l’œil vient à plonger dans un abîme, on a le vertige, ce qui vient autant de l’œil que de l’abîme, car on aurait pu ne pas y regarder. De même l’angoisse est le vertige de la liberté, qui naît parce que l’esprit veut poser la synthèse et que la liberté, plongeant alors dans son propre possible, saisit à cet instant la finitude et s’y accroche. Dans ce vertige la liberté s’affaisse. […] Dans l’angoisse cet infini égotiste du possible ne nous tente pas, comme lorsqu’on est devant un choix, mais nous ensorcelle et nous inquiète de sa douce anxiété ».

À quoi tient l’angoisse éprouvée face aux toiles de Bacon ? Le peintre vous dirait : « Pour moi, il ne s’agit pas d’angoisse ». Et il ajouterait sans doute : « [Et d’ailleurs], [j]e ne peux pas croire que mes peintures sont pour le public. Je ne peux que peindre pour moi-même. […] Je ne pense pas aux autres parce que je ne peux pas et parce que je n’ai pas idée des autres. Chaque système nerveux est différent. Je fais seulement de la peinture pour espérer m’exciter ».

Ma grande, Claire Castillon (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 11 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Ma grande, Claire Castillon, Gallimard, coll. Blanche, avril 2018, 160 pages, 15 €

 

« Il n’y a pas de seuil à la douceur, plutôt une continuelle invitation à être contamin[é] par elle, qui peut se briser en un instant ». « La douceur n’est-elle évidente que lorsqu’elle nous déserte, et revient ? Quand la douleur cesse, quand le rouleau de la vague dépose de l’écume sur le sable aussi légère que l’air, ou bien est-elle d’une essence singulière, goûtée pour elle seule ? », s’interroge la psychanalyste Anne Dufourmantelle.

Ma grande nous fait sentir toute l’importance – l’importance extrême, l’importance proprement vitale – de la douceur. Bien sûr, d’abord, entre le narrateur et son aimée, tout va bien. Je t’avais flashée, ça je reconnais. Quand on te voit, on se dit pas Aïe serpent, on se dit juste Nouveauté. Avec des mots garçons, sexy, sympa, jolie. Tu avais un truc qui rend pas fou. Accro. Un peu. On se sent important tout à coup. T’es pas la fille qui inspire à la dérive. Y avait pas de venin au départ. Je parle en jours. Premiers jours, c’était léger.

Les Moments forts (26) Le Lac des Cygnes à l’Opéra Bastille (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La grâce.

La nécessité d’écrire un compte-rendu de ce spectacle (Le Lac des cygnes dans la version chorégraphiée en 1984 par Rudolf Noureev) ne peut que provoquer le sentiment d’un déchirement. Voire d’une impossibilité. Comment les mots de la tribu (cf. Mallarmé) pourraient-ils rendre compte de ce qui, par essence, transcende toute réalité et donc, bien évidemment, les possibilités du langage (ainsi l’inoubliable finale) ? Dans ces conditions, pourquoi ne pas préférer le silence, pourquoi ne pas se référer au silence, le silence bruissant d’une indicible présence ? Et pourtant, dans le désir de faire partager ce qui me paraît une grâce, je tente de communiquer mon expérience malgré la conscience du caractère dérisoire – par définition – de ma tentative.

Le souci de la terre, Virgile (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie, Gallimard

Le souci de la terre, Virgile, Gallimard, mars 2019, trad. nouvelle du latin par Frédéric Boyer des Géorgiques, 264 pages, 21 €

 

Qui fut Virgile ? Qui fut réellement Virgile ? Frédéric Boyer le présente magnifiquement, dans Faire Virgile : « Passer de Mantoue à Naples. Chassé du toit paternel et des bords sinueux du Mincio, exproprié un temps de ses terres, garder toujours le souvenir de Mantoue et de ses prairies. Poète né paysan, quitter sa naissance obscure et se faire réapparaître dans un poème en berger chanteur. Avoir lu Hésiode, Théocrite, Caton, Varron. S’intéresser avec eux à la res rustica (la matière agricole) dont on parle beaucoup à présent que l’on prétend occuper aux champs les vétérans désœuvrés des guerres civiles qui ont déchiré la République. Et après que ces guerres ont probablement causé ravages, rapines, famines, destructions des récoltes et des domaines agraires. Être contemporain de Tite-Live et d’Horace. N’avoir que vingt et un ans quand éclate la guerre civile qui conduit à la fin de la République romaine. Apprendre que César est assassiné. Avoir connu ainsi les dernières convulsions de la République romaine et développé son œuvre pendant l’âge augustéen, période de paix et de création, diront les chroniqueurs.