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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Casse-Gueule, Clarisse Gorokhoff (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 21 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Casse-Gueule, Clarisse Gorokhoff, Gallimard, coll. Blanche, mai 2018, 240 pages, 18,50 €

 

Comme l’écrit le sociologue David Le Breton dans Des Visages, « [l]e visage est le lieu et le temps d’un langage, d’un ordre symbolique. Au fil de la vie quotidienne, la ritualité de ses mises en jeu prolonge celle des postures, des gestuelles ou des proxémies ». « Le visage est un terrain de métamorphoses spectaculaires qui n’engagent pourtant qu’un changement infime de son ordonnance. D’un instant à l’autre, il peut connaître des expressions différentes. Les affects viennent s’y modeler dans le prisme de la symbolique qu’il incarne. Par l’étendue de son expressivité et sa position éminente au sein du corps, sa conformation, notamment la présence des yeux, le visage est le foyer par excellence du sens, c’est à travers lui que l’[individu] se met en situation, se donne à comprendre dans le face-à-face des communications qui trament la vie quotidienne ». Si le visage est le foyer du sens, c’est, ainsi que le précise Le Breton dans Anthropologie du corps et modernité, parce qu’il est « la partie du corps la plus individualisée, la plus singularisée ». Et comme « [v]ivre c’est réduire continuellement le monde à son corps, à travers la symbolique qu’il incarne » (cf. La sociologie du corps), on comprend tout de suite quelle est l’importance du visage. C’est la « [v]érité unique d’un homme » ou d’une femme « unique », l’« épiphanie du sujet ». « Le visage est le chiffre de la personne ».

Les Moments forts (23) Cézanne au Grand Palais (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 18 Juin 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Tout a été écrit (et parfois à tort) au sujet de cet explorateur intrépide de ce qui se dit mezza voce au sein des ruptures qui nous fondent.

Picasso a été l’un des premiers à saisir (à le saisir en actes, peignant, dessinant, explorant) combien Cézanne joue avec nos topoï, nos schèmes, dès lors qu’il s’agit de regard (et ne s’agit-il pas toujours de regard ?) : « Quand on regarde les pommes de Cézanne, on voit qu’il a peint merveilleusement le poids de l’espace sur cette forme circulaire. La forme elle-même est un volume creux, sur lequel la pression extérieure est telle qu’elle produit l’apparence d’une pomme, même si celle-ci n’existe pas vraiment. C’est la poussée rythmique de l’espace sur cette forme qui compte » [1].

Il faut rester stationnaire de longues minutes devant un tableau de Cézanne – par exemple le bouleversant Pommes et biscuits [2] –, il faut y entrer, il faut sentir son ipséité bouillir et la vapeur qui s’en dégage rejoindre les verts du tableau, pour se rendre compte que Cézanne est un poète. Va à la « figuration » d’un réel plutôt qu’à sa présentation ou à sa représentation la préférence d’un poète. Et ce sera – continûment – la préférence de Cézanne.

Conversations, Francis Bacon (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 14 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Arts, Les Livres

Conversations, Francis Bacon, L’Atelier Contemporain, coll. Écrits d’artistes, février 2019, préface Yannick Haenel, photographies Marc Trivier, 208 pages, 20 €

Les entretiens menés avec Bacon sont passionnants, lorsqu’on s’intéresse à la peinture. Ils éclairent sa création. L’une des plus fortes du XXe siècle.

Retrouvez (voulez-vous ?) les supports suivants : Cambridge Opinion, n°37, janvier 1964 ; Chroniques de L’Art vivant, n°26, décembre 1971-janvier 1972 ; Le Monde, 3 novembre 1971 ; L’Express, 15 novembre 1971 ; Jardin des Arts, n°204, novembre 1971 ; La Quinzaine littéraire, 16-30 novembre 1971 ; The Listener, 16 mars 1972 ; La peinture britannique de Gainsborough à Bacon, Bordeaux, Galerie des Beaux-Arts, 9 mai-1er septembre 1977 ; Newsweek, 24 janvier 1977 ; L’Express, 7-13 février 1977 ; Le Matin, 19 janvier 1984 ; Le Monde, 26 janvier 1984 ; Beaux-Arts Magazine, n°10, février 1984 ; Libération, 29 septembre 1987 ; Art International, automne 1987 et automne 1989 ; Le Figaro, 29 avril 1992 ; Catalogue Francis Bacon, Marlborough Gallery, Madrid, 1992 ; Catalogue Corps crucifiés, Musée Picasso, Paris, 17 novembre 1992-1er mars 1993. Vous n’avez pas le temps ? Pas le courage ? Eh bien procurez-vous l’ouvrage publié par L’Atelier Contemporain, qui réunit – quelle belle idée ! – l’ensemble de ces publications, en en retirant tout ce qui ne concerne pas Bacon, et plus précisément tout ce qui ne concerne pas sa parole.

Pour saluer la parution d’Ubu roi dans la collection Folio+Collège (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 07 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Théâtre

Ubu roi, Alfred Jarry, Gallimard, coll. Folio+Collège, n°56, mars 2019, dossier par François Mouttapa, 192 pages, 2,90 €

Lorsqu’on lit (ou assiste à une représentation d’) Ubu roi, le rire fuse. Du fait d’une mécanique plaquée sur du vivant, pour reprendre les mots, célèbres, de Bergson (l’on sait que les comédiens évoluèrent, lors de la première, au plateau comme des pantins), Bergson qui fut par ailleurs l’un des enseignants de Jarry ? Oui, mais pas uniquement. Il s’agit du rire tel que défini par Jill Fell : « le rire a la faculté de faire parler ce qui est hétérogène à la structuration du sujet dans une société donnée ».

Lorsqu’on lit (ou assiste à une représentation d’) Ubu roi, l’on savoure le véritable détournement de la tradition littéraire opéré par des mineurs (ceux qui sont responsables de cette œuvre : les frères Morin, Jarry). Ainsi que la voix, spécifique, de la pièce. Cette voix est double, prévient Paul Edwards : « Premièrement, alexandrins et hémistiches la rythment parfois, comme une tragédie qui se voudrait antique ; des mots archaïques lui donnent le ton désuet d’un texte historique – ce qui, en bref tend à élever en dignité et en noblesse le Père Ubu et toute la pièce. Deuxièmement, et inextricablement liée [à] cette voix de la grandeur, est celle de la misère. Le Père Ubu parle comme un voyou ».

Œuvres, tome II, Friedrich Nietzsche en la Pléiade (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 31 Mai 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Œuvres, tome II, Friedrich Nietzsche, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, n°637, mars 2019, trad. allemand Dorian Astor, Julien Hervier, Pierre Klossowski, Marc de Launay, Robert Rovini, 1568 pages, 65 € (prix de lancement jusqu’au 31/12/2019)

 

Nietzsche peut heurter, quand, dans Le Gai savoir, à la question « Où résident tes plus grands dangers ? », il répond : « [d]ans la compassion ». S’opposant ainsi implicitement à un auteur comme Michelet, à qui Eugène Noël avouera aimer l’œuvre « surtout parce qu’[elle] est une grande école de pitié ». C’est dans Aurore [1] que Nietzsche explicite son analyse de la pitié : « Compatir, dans la mesure où cela fait véritablement pâtir – et ce doit être ici notre unique point de vue – est une faiblesse comme tout abandon à un affect nocif. Cela accroît la souffrance dans le monde : même si indirectement, ici ou là, une souffrance peut être atténuée ou supprimée grâce à la compassion, il n’est pas permis d’exploiter ces conséquences occasionnelles et dans l’ensemble insignifiantes pour justifier son essence qui est, nous venons de le dire, nocive. Supposons qu’elle règne un seul jour en maîtresse : elle entraînerait aussitôt l’anéantissement de l’humanité ».