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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Œuvres complètes, I et II. Nouvelles et récits, Romans, Franz Kafka en la Pléiade (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 25 Janvier 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Œuvres complètesI et II. Nouvelles et récits, RomansFranz Kafka, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, novembre 2018, trad. allemand (Autriche) Isabelle Kalinowski, Jean-Pierre Lefebvre, Bernard Lortholary, Stéphane Pesnel, édition publiée sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre avec la collaboration d’Isabelle Kalinowski, Bernard Lortholary et Stéphane Pesnel, 1408 et 1088 pages, 60 € et 55 € (prix de lancement jusqu’au 31 mars 2019)

 

« Le Voyageur du tramway » (traduction précédemment parue dans la Pléiade) :« Je suis debout sur la plate-forme du tramway et je suis dans une complète incertitude en ce qui concerne ma position dans ce monde, dans cette ville, envers ma famille. Je serais incapable de dire, même de la façon la plus vague, quels droits je pourrais revendiquer à quelque propos ce soir. Je ne suis aucunement justifié de me trouver ici sur cette plate-forme, la main passée dans cette poignée, entraîné par ce tramway, ou que d’autres gens descendent de voiture et s’attardent devant des étalages. Personne, il est vrai, n’exige rien de tel de moi, mais peu importe ».

Encore cent ans pour Melville, Claude Minière (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 18 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Gallimard

Encore cent ans pour Melville, juin 2018, 112 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Claude Minière Edition: Gallimard

 

Le cœur de ce vivifiant petit essai, qui s’attache à « revenir sans cesse, par de multiples touches, sous des angles variés, des “éclairages” », à la vie et à l’œuvre de Herman Melville, se trouve à la page 20 : « Herman Melville, écrit Claude Minière, est un Américain nourri de Shakespeare et de la Bible ».

Quid de la Bible ?

« Moby Dick est ponctué, “piqué”, du mot God autant si ce n’est plus que de celui du nom de la Baleine démoniaque, mais elle est “blanche”. Le navire est féminin (she), le monstre pourchassé est a sperm fish, l’Océan a masculine sea. Ce que dit un mot…

“C’est un livre bien méchant que je viens d’écrire et, tel l’agneau pascal, je me sens blanc comme neige”, écrivait Melville à son ami Nathaniel, le 17 novembre 1851.

L’histoire contée dans ce livre méchant (la chasse d’une baleine blanche) avale – avale et avalise – une autre histoire, la légende de Jonas.

Bas la place y’a personne, Dolores Prato (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 11 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Verdier

Bas la place y’a personne, septembre 2018 trad. italien et postface Laurent Lombard, Jean-Paul Manganaro, 896 pages, 35 € . Ecrivain(s): Dolores Prato Edition: Verdier

 

 

Bas la place y’a personne n’est pas à proprement parler un roman. C’est « un long ruban narratif qui essaie de nouer pour les enchaîner les uns aux autres les lambeaux de ce que fut une enfance », qui emprunte ses modulations à la fable, et qui donne à voir, d’envoûtante manière, les tableaux d’un monde disparu, en l’occurrence l’Italie rurale à la charnière du XIXeet du XXesiècle.

« J’ai plus désiré voyager qu’être aimée ; naturellement jamais je n’ai voyagé ; s’il y eut quelque apparence de voyage, ce fut une dérision : je suis allée à Vienne, juste une heure ». « À l’écart et seule, je l’étais toujours […]. Jamais je n’eus ne serait-ce qu’un baiser […]. Tante n’avait pas le temps de me caresser, elle avait trop à faire à l’intérieur d’elle-même […] ».

Solal et les Solal, Albert Cohen (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 20 Décembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Solal et les Solal, Albert Cohen, Gallimard, coll. Quarto, octobre 2018, édition de Philippe Zard, 1664 pages, 34 ill., 32 €

 

Soit Belle du Seigneur :

Ô aigu bonheur du secret. Avant la représentation, elle lui avait dit qu’au premier acte lorsqu’elle descendrait les marches, sa main se poserait près de l’aine, pour prendre de l’étoffe et soulever un peu la robe, une robe d’un bleu profond, un bleu si beau, et ainsi par ce geste il saurait qu’en cet instant, étrangère et lointaine, c’était à lui qu’elle pensait, à leurs nuits.

Elle allait, nue sous la robe voilière qui claquait au vent de la marche, marche enthousiaste, marche de l’amour, et le bruit de sa robe était exaltant le vent sur son visage était exaltant le vent sur son visage haut tenu, son jeune visage en amour.

Les Moments forts : Schiele à la fondation Vuitton (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 17 Décembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Arts

 

Les nus de Schiele sont passionnants. Pourquoi ? Parce qu’ils défient toutes les conventions (qu’ils soient entièrement ou à demi dévêtus) qui définissent historiquement un genre « destiné à flatter les sens du public masculin ». Selon Jane Kallir*, il s’agit pour Schiele de « saper l’autorité du regard masculin » et d’« affirmer la sexualité de la femme dans son autonomie et sa puissance ». Et Kallir d’ajouter : « On trouve là quelques-unes des premières femmes modernes de l’histoire de l’art : les premières à disposer de leur corps et de leur sexualité ».

Et si les nus de Schiele gardent toujours en eux, sauve, une souffrance, c’est, peut-on penser, du fait de cette étonnante confession du peintre** : « Les adultes ont-ils oublié comment dans leur enfance ils étaient poussés et soulevés par l’impulsion sexuelle ? Ont-ils oublié quelle terrible passion brûlait en eux et les torturait lorsqu’ils étaient encore enfants ? Je n’ai pas oublié cela, car j’en ai terriblement souffert ».