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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Les Moments forts (19) : Matisse à Beaubourg (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 05 Avril 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques, Arts

La peinture de Matisse (et singulièrement les grands formats) est, pour notre vie, semblable au sommeil tel que décrit par Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra : « Silence ! Silence ! Le monde ne vient-il pas de s’accomplir ? Que m’arrive-t-il donc ? Comme un vent délicieux danse invisiblement sur les scintillantes paillettes de la mer, léger, léger comme une plume : ainsi – le sommeil danse sur moi. Il ne me ferme pas les yeux, il laisse mon âme en éveil. Il est léger, en vérité, léger comme une plume. Il me persuade, je ne sais comment ? il me touche intérieurement d’une main caressante, il me fait violence. Oui, il me fait violence, en sorte que mon âme s’élargit […] ».

Faisant bouger, suivant le même rythme lent et rapide et concerté et sauvage, la couleur autour d’une seule réalité (celle du bonheur), Matisse fait se mouvoir doucement l’âme de celui-ci. Dans le sens musical du terme. Comme le rappelle Max Dorra dans Quelle petite phrase bouleversante au cœur d’un être ?, l’âme, « coincée entre le fond de la caisse et la table [de l’instrument à cordes], permet à celle-ci de résister à la pression du chevalet », lequel est posé sur la table de l’instrument, tenant « uniquement par la pression des cordes dont il transmet à la table les vibrations ». « L’âme transmet à la caisse de résonance les vibrations produites par l’archet sur les cordes. La déplacer de façon infime transforme totalement la sonorité ».

Vathek, William Beckford (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 03 Avril 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Libretto

Vathek, William Beckford (1760-1844), Libretto, postface Stéphane Mallarmé, 144 pages, 7,70 €

 

Est publiée probablement au début du mois de décembre 1786, chez Isaac Hignou, à Lausanne, la première édition française de Vathek ; cinq cents exemplaires sont imprimés. Paraît à Paris, chez le libraire Poinçot, en juin 1787, une deuxième édition ; le roman est alors sous-titré : Conte arabe. « [C]onte arabe qui scelle l’alliance du cauchemar gothique et du rêve oriental », résume Jean Raimond dans La Littérature anglaise (PUF, coll. Que sais-je ? 1986, p.55). Conte – écrirons-nous – qui est la cérémonie, fastueuse, précisément démesurée, au cours de laquelle est célébré le mariage du jour et de la nuit.

Le jour : « On descendit pourtant heureusement dans la vallée par de grands escaliers que l’émir avait fait pratiquer dans le roc ; et déjà on commençait à entendre le murmure des ruisseaux et le frémissement des feuilles. Le cortège enfila bientôt un sentier bordé d’arbustes fleuris, qui aboutissait à un grand bois de palmier, dont les branches ombrageaient un vaste bâtiment de pierre de taille. Cet édifice était couronné de neuf dômes, et orné d’autant de portails de bronze, sur lesquels les mots suivants étaient gravés en émail :

Les Moments forts (18) : Hopper au Grand Palais (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 26 Mars 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Hopper est le peintre de nos solitudes – le pluriel s’impose –, en plein jour (la nuit peut être un jour cru), même à plusieurs. Mais. C’est surtout le peintre de nos insomnies (même en plein jour). En cela, visiter cette exposition une nuit, c’est particulièrement bien vu (cela a été possible, mais ne vous figurez pas que c’était facile, les gens sont venus, sont venus, sont venus, elle a duré des heures, l’attente*).

Cioran note dans un Cahier : « Cet après-midi, comme j’avais très mal dormi la nuit dernière, j’ai fait la sieste. Plus d’une heure de sommeil lourd, si lourd, qu’en m’éveillant, j’ai eu nettement la sensation d’avoir coïncidé pendant des siècles, des millénaires, avec la matière brute. La nostalgie de la mort n’est peut-être pas autre chose que ce désir de coïncidence, de retour définitif à l’état de non-conscience et d’irréflexion. J’aime l’effondrement dans le sommeil, la sensation d’y être englouti, comme s’il s’agissait d’un abîme maternel, de l’enveloppant univers d’avant la naissance ». Comme le constate Olivier Abel, « [d]ans le sommeil, je romps avec le principe d’individuation, et je fais moins de différence entre moi et un autre qu’entre moi et moi-même ».

Les Moments forts (17) : Bleu et rose, Picasso à Orsay (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 19 Mars 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

L’Étreinte (Paris, automne 1900 ; pastel sur papier ; Museu Picasso). Une nouvelle Étreinte (Barcelone, printemps 1903 ; pastel sur papier ; musée de l’Orangerie). La Vie (Barcelone, 1903 ; huile sur toile ; The Cleveland Museum of Art). Famille d’acrobates avec un singe (Paris, début 1905 ; gouache, aquarelle, encre sur carton ; Gothenburg Museum of Art)…

On observe que les « petites revues » naissent par dizaines aux alentours de 1885 (mourant souvent après quelques numéros). Gourmont dans son « essai de bibliographie » sur Les Petites revues qu’il publie en 1900 tente de dresser un tableau de cette source authentique de notre histoire littéraire ; elles sont « le tableau animé de la vie littéraire » : « [o]n y surprend la disparition des modes, l’évolution des esprits, le courant des idées, les groupements d’individualités et leur dispersion. Les Revues sont le tableau animé de la vie littéraire » [1].

Saisir, Quatre aventures galloises, Jean-Christophe Bailly (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 14 Mars 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Saisir, Quatre aventures galloises, Jean-Christophe Bailly, Seuil, coll. Fiction et Cie, septembre 2018, 256 pages, 20 €

 

Le dernier essai de Jean-Christophe Bailly témoigne d’une volonté d’aborder « de l’intérieur » l’« ouest absolu » qu’est le Pays de Galles. Et ce en s’intéressant de près à l’histoire de Thomas Jones, peintre qui, à Naples, en 1782, « inventa l’art moderne avant de se retirer incompris dans sa ferme du Radnorshire » ; en identifiant le « geste poétique que formèrent l’œuvre et la vie de Dylan Thomas », l’enfant de Swansea, le « Rimbaud de Cwmdonkin Drive » ; en se penchant sur W.G. Sebald, dont le livre Austerlitz comprend un pan gallois « sur lequel se projettent, au sein même de l’exil qu’il raconte, les images d’un séjour transfiguré » ; en convoquant les vallées du sud, parmi les vestiges d’un monde qui fut celui des mineurs de charbon et que des images dues à Robert Frank ou Eugene W. Smith fixèrent.

Si sont convoqués la peinture, la poésie, le récit et la photographie, au travers d’eux, c’est la beauté (iconoclaste ?) qui apparaît*. La beauté et – à sa suite, à moins que ce ne soit l’inverse ? – la musique. Musique du monde : du pluriel.