Identification

Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Les moments forts (39) « Iolanta » et « Casse-Noisette » de Tchaïkovski au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 27 Janvier 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Plus que dans les émouvantes retrouvailles avec un geste originel – un geste qui date de 1892 –, et plus que du fait de l’idiosyncrasie d’un compositeur, présenter en diptyque Iolanta et Casse‑Noisette trouve sa cohérence.

L’opéra Iolanta, porté par le divin, dans son souffle, dans la modulation de celui-ci, semble, par son livret écrit d’après La Fille du roi René de Henrik Hertz, être en accord avec la conception modelée par Descartes et Malebranche de la vision, et rappelée par Michel Foucault dans Naissance de la clinique : « [V]oir, c’était percevoir […] ; mais il s’agissait, sans dépouiller la perception de son corps sensible, de la rendre transparente pour l’exercice de l’esprit : la lumière, antérieure à tout regard, était l’élément de l’idéalité, l’inassignable lieu d’origine où les choses étaient adéquates à leur essence et la forme selon laquelle elles la rejoignaient à travers la géométrie des corps ; parvenu à sa perfection, l’acte de voir se résorbait dans la figure sans courbe ni durée de la lumière ».

Sartre (1905-1980), Annie Cohen-Solal (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 24 Janvier 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Essais

Sartre (1905-1980), Annie Cohen-Solal, Folio avril 2019, nouvelle édition augmentée d’une préface de l’auteure [première parution en 1985], 992 pages + 24 p. hors texte, 56 ill., 14,20 €

 

Bienheureux Flaubert ! La grande œuvre de Jean-Paul Sartre restera L’idiot de la famille, en trois volumes (Gallimard, collection Tel, 1983). Mais Les Mots, ce n’est pas mal non plus. Quelques mois après la publication de ce récit autobiographique, en octobre de l’année 1964, prix Nobel. Pour « l’œuvre » de Sartre « qui, par l’esprit de liberté et la recherche de la vérité dont elle témoigne, a exercé une vaste influence sur notre époque », suivant les termes de l’annonce. Sartre est content ? Pensez-vous. « Coup double pour Jean-Paul Sartre, titre L’Aurore. 1) Il a le Nobel 2) Il le refuse ». Si ce refus est une grande première, pour ce qui est de l’Académie Nobel, l’on ne peut pas dire que Sartre ne soit pas coutumier du non (sans pour autant atteindre, dans ce domaine, la dextérité laconique et inébranlable qu’atteindra Michaux) : refus de la Légion d’honneur après la guerre, refus d’une chaire au Collège de France dans les années 50… Mais est-ce vraiment un coup double ? L’Aurore a tort. Sartre n’a pas recherché cette publicité (la plus grande, la plus « royale » qui puisse être). Il n’en voulait pas : ayant appris, par un article du Figaro littéraire, que le jury Nobel s’apprêtait à le couronner, Sartre « prit sa plus belle plume pour annoncer aux Suédois son intention irréversible de refuser le prix et les prier de renoncer à cette décision, de ne pas la rendre publique », écrit Annie Cohen-Solal.

Les moments forts (38) Le « Così fan tutte » de De Keersmaeker au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 23 Janvier 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

« Si une bulle de savon pouvait être de diamant, si un temple élevé à la fragilité pouvait être de marbre, ce seraient les images de cette œuvre magique », écrit Jean Blot à propos de cet opéra buffa en deux actes (1790).

Ce qu’on retient d’abord de ce Così fan tutte, qui s’ouvre sur, disposés en demi-cercle, les six couples de danseurs/chanteurs (chacun des protagonistes étant doublé par son avatar dansant), c’est le goût d’Anne Teresa De Keersmaeker pour la construction de circulations, pour les cercles, et les spirales, pour les figures géométriques, pour l’ordonnancement, pour la complémentarité, goût qui répond à la manière qu’avait Mozart de composer, et dont témoigne – par exemple – André Tubeuf dans Mozart, chemins et chants : « Les mathématiques […] lui furent jeu. À la maison il couvrait tableaux et murs de chiffres et de calculs.

Frankenstein ou Le Prométhée moderne, Mary Shelley (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 16 Janvier 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Frankenstein ou Le Prométhée moderne, Mary Shelley, Gallimard, Folio Science-fiction, 2015, trad. anglais Alain Morvan, 326 pages, 4,60 €

 

Lisant Frankenstein ou Le Prométhée moderne, l’on est saisi. Il semble qu’écrivant, Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851) ait, douée de prescience, répondu à l’adage édicté par Christian Dotremont : « Il faut voler le feu sans perdre les braises ni les cendres, ni le froid pour lequel on l’allume, ni le froid vers lequel il disparaît ».

Il faut voler le feu. Sans perdre les braises. Ni les cendres. Ni le froid pour lequel on l’allume. Ni le froid vers lequel il disparaît. Éteignez la lumière avant de lire cet article ou, s’il fait jour, arrangez-vous pour être plongé dans la nuit. Dans une nuit seulement fracturée par la lumière de votre ordinateur ou de votre smartphone. C’est fait ? Il nous faut maintenant faire un détour (Jane Austen vous offre le voyage), assez long, pour comprendre (car c’est bien de cela qu’il s’agit) Frankenstein. Il est un moment particulièrement délicieux, dans L’Abbaye de Northanger*, dont le mécanisme déceptif (eu égard à l’horizon d’attente d’un lecteur féru de romans gothiques) est huilé par l’humour :

Les moments forts (37) - Un opéra dansé de Pina Bausch au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 13 Janvier 2020. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Du fait de Stéphane Bullion et Maria Riccarda Wesseling en Orphée, du fait de Marie-Agnès Gillot et Yun Jung Choi en Eurydice, du fait de Muriel Zusperreguy et Chiara Skerath en Amour, « [l]e propre de ce spectacle est de tenir les esprits, les yeux et les oreilles dans un égal enchantement », pour reprendre la formulation de La Bruyère en 1691. Notre émotion devant Orphée et Eurydice, opéra de Christoph Willibald Gluck chorégraphié par Pina Bausch, est celle éprouvée par les sujets des deux tableaux de Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) que sont La Loge (1874) et La première sortie (1876-1877).

Est ontologique le lien entre musique et danse. Justin Peck affirme par exemple dans le documentaire de Jody Lee Lipes Ballet 422 : « Je veux juste dire que tout mon processus de chorégraphie est vraiment, vraiment basé sur la musique, et le but de tout ce que je fais, c’est de révéler les détails, les complexités et les tessitures de l’orchestre ». Révélant, dénudant la musique : la danse. Qui est l’expression – par excellence – des aspirations de l’âme. Car, comme l’écrit Jean-Baptiste Para dans « Vers l’au-delà du son », « [i]l s’attache à la musique une part d’utopie où s’éveillent nos luminosités latentes. Il se pourrait que l’émotion naisse de la consonance des énergies : celles des aspirations de l’âme et celles de l’expression musicale ».