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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Les Moments forts (32) Paul Lightfoot, Sol León et Hans van Manen au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 20 Novembre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Première œuvre : Sleight of Hand. Chorégraphie, décors et costumes : Sol León et Paul Lightfoot. Lumières : Tom Bevoort. Musique : Philip Glass (le 2e mouvement de la Symphonie n°2). Sol León et Paul Lightfoot s’attachent à répondre au désir de Philip Glass (cf. Paroles sans musique, Philharmonie de Paris, coll. La rue musicale, 2017) : « J’aspirais à une musique très conceptuelle, alignée sur un théâtre, un art, une danse et une peinture eux aussi très conceptuels. Ma génération – Terry Riley, Steve Reich, La Monte Young, Meredith Monk, Jon Gibson et une douzaine d’autres compositeurs – écrivait et jouait de la musique pour le théâtre et la danse. Il s’était constitué une scène musicale qui, pour la première fois, égalait les univers de la peinture, du théâtre et de la danse. Le monde de la musique pouvait désormais proclamer : “Voici une musique qui accompagne l’art” ».

Anonyme, Le Classique des Poèmes/Shijing en la Pléiade (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 18 Novembre 2019. , dans La Pléiade Gallimard, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Asie, Poésie

Edition: La Pléiade Gallimard

 

[poèmes extraits de l’Anthologie de la poésie chinoise – Bibliothèque de la Pléiade –, dans une traduction de Rémi Mathieu, revue pour cette édition], Gallimard, coll. Folio bilingue (n°221), octobre 2019, 160 pages, 6,20 €

 

La barbarie. Partout. Rilke, à la fin des Élégies, emploie cette expression : « les infiniment morts », pour nous désigner. Déjà, Hölderlin, dans Hypérion, écrivait : « Les hommes de douleur / Chancellent, tombent / Aveuglément d’une heure / À une autre heure / Comme l’eau de rocher / En rocher rejetée / Par les années dans le gouffre incertain ». « Que peut faire la littérature face à la barbarie ? », s’interroge Javier Cercas, avant de murmurer : « Absolument rien ou presque rien […] ». Écoutons, par la voix de Moeris, cette déploration présente dans la IXe églogue des Bucoliques de Virgile : « Mais nos vers, Lycidas, valent au bruit des armes / Ce que vaut devant l’aigle un essaim de colombes ». « Que peut faire la littérature face à la barbarie ? », s’interroge Javier Cercas, avant de murmurer (nous ne l’avons pas laissé finir) : « Absolument rien ou presque rien, mais elle devrait œuvrer comme si elle pouvait faire absolument tout ».

Une amie de la famille, Jean-Marie Laclavetine (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 15 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Gallimard

Une amie de la famille, Jean-Marie Laclavetine, Gallimard, coll. Blanche, mars 2019, 192 pages, 18 €

 

« Je suis né à quinze ans, confesse Jean-Marie Laclavetine dans Une amie de la famille. C’est un âge raisonnable pour expédier cette formalité : toutes les connexions sont établies, le cerveau fonctionne par à-coups violents, comme les muscles, alternant les surrégimes et les pannes techniques. L’esprit et le corps sont en alerte. À quinze ans l’aiguille du désir est en permanence dans la zone rouge du compteur, le pied appuie à fond sur la pédale d’accélération, aspirant dans la tuyauterie toutes sortes de liquides inflammables. Certains prétendent être nés bêtement dans une maternité, mais je n’y crois pas trop. Pour venir au monde, il faut tout de même autre chose que la dilatation d’un col et une paire de gants stériles dans un environnement vert d’eau éclairé par un scialytique, autre chose qu’une chambre fleurie peuplée d’adultes empotés, de peluches agréées bio, de gazouillis mièvres et de crèmes apaisantes. Il faut une bonne gifle, un coup de pied dans le ventre, une blessure bien sanglante, un événement irréfutable pour vous faire comprendre, soudain, que jusque-là vous n’avez pas vécu ».

Qui vive, Colin Lemoine (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 08 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Qui vive, Colin Lemoine, Gallimard, coll. Blanche, janvier 2019, 120 pages, 12,50 €

Écrire, c’est un mouvement sans cesse recommencé qui cherche à saisir ou à entourer, dans son avancée, dans son détour (nostos) sans cesse reconduit, cela même (celui-là même) qui s’est évanoui, qui s’est enfui, qui s’est enfoui, et qui, de facto, ne peut (plus) être saisi. C’est un mouvement de vie, de vivant, – un mouvement emporté par l’amour ; un mouvement que l’amour rend possible et même nécessaire.

« Je n’ai rien d’autre à te substituer, Alain, que ce livre », que ces poèmes en prose*, « que cette effigie, que ce portrait de toi, ce portrait, comme dit Pascal, qui “porte absence et présence, plaisir et déplaisir”. […] Il me faut venir à toi en ami, […] m’imposer une langue qui parle la tienne, une prosopopée qui te redonne la voix ».

Là est l’ambition avouable. Qui en cache une autre. Folle, celle-là. Belle comme tout. « [J]e veux par ce livre […] mettre ton corps », entier, – non comme une abstraction mais comme une chair et une âme mêlées, le cœur aurait-il cessé de battre, le sang de circuler –, « dans mon souvenir ». Et, ailleurs : « Je voudrais coaguler ta sève, ton sang, ton urine, ta sueur et ton sperme évaporés, minéraliser tes fluides constellés, toute cette fuite du temps. Je voudrais te fossiliser, te pétrifier. Ces pages sont une pierre et une prière, vers le ciel et dans la terre ».

Les moments forts (34) « Les noces de Figaro » à Prague (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 05 Novembre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Quel bonheur d’écouter Mozart dans le théâtre où a été donnée la première de Don Giovanni, le théâtre Nostitz (quand bien même le compositeur s’est plaint des retards apportés à la mise en scène, des difficultés rencontrées avec le personnel du théâtre de Prague, avec la troupe de Bondini « qui n’est pas aussi habile que celle de Vienne pour monter un tel opéra »).

Ce bonheur semble être partagé par tous, praguois ou touristes ! Et ce depuis le premier jour ; comme l’écrit André Tubeuf, « Prague […] va […] faire [à Mozart] la surprise bouleversante de raffoler de son Figaro, qu’on chante partout, et qu’on sifflote quand on ne le chante pas […]. Mozart a été fêté à Prague […] ».

À l’écoute de cette représentation des Noces de Figaro (bien que soient perfectibles les travaux vocal, instrumental – fausses notes d’un bassoniste à la fin de l’ouverture –, scénique), du fait de la jouissance des spectateurs, de celle des chanteurs (chacun s’amuse, à sa manière, chacun célèbre le hic et nunc), l’on ne peut que se remémorer ce passage du Mozart de Jean Blot :