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« Défends-toi, Beauté violente ! » précédé de Le plus réel est ce hasard, et ce feu, Jean-Paul Michel (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 26 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

« Défends-toi, Beauté violente ! » précédé de Le plus réel est ce hasard, et ce feu, Jean-Paul Michel, Poésie/Gallimard, mars 2019, 352 pages, 10,20 €

À Bataille articulant ces mots : « Impossible, pourtant là ! », Jean-Paul Michel répond par une question : « Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? Le précipité inconfondable d’un assaut d’impossible en face » (« Un à-pic, comme l’existence »).

Et si Bataille et Jean-Paul Michel peuvent être rapprochés, c’est à un point tel que les lignes suivantes, extraites de Georges Bataille, poète du réel, de Marie-Christine Lala, conviennent parfaitement à l’œuvre poétique – aujourd’hui bellement rééditée dans la collection Poésie/Galimard – et à la pensée de l’auteur du Dépeçage comme de l’un des Beaux-Arts : « La poétique du réel donne […] la mesure sans mesure d’une expérience de la temporalité où le présent demeure toujours actuel dans l’échéance de l’être et le jeu de la chance. Elle soutient le défi de la tension dramatique vers le futur pour mettre en réserve le sens du sacré au creux de l’instant présent. Et l’œuvre poétique ouvre un accès renouvelé au symbolique en favorisant la projection d’un espace de possibles, là où le réel impossible qu’elle fait advenir (dans l’outrance du désir […]) libère le mouvement de translation du monde en son exubérance infinie.

Lettre d’une inconnue, Stefan Zweig (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Élie Faure évoque dans L’homme et la danse le « tourbillon de flammes dansantes, qui tout d’un coup s’éteignent pour se figer en lisse et dense fût de bronze, bronze brûlant encore de ces flammes qui l’ont fondu ». La passion sont les flammes qui ont fondu chaque phrase de cette lettre d’une inconnue, encore brûlante à la lecture.

Grâce à Zweig, les mots de cette lettre – inépuisable, telle une vie non retenue dans son envol, tel un fleuve qui se sait fleuve – deviennent ainsi comme la ligne de crête d’un amour. Inépuisable comme l’est toute confession qui s’offre sans chercher à être la première mesure d’une symphonie à construire en tandem (car à deux, l’on peut retrouver tous les instruments d’un orchestre, tous les timbres). Comme l’est toute confession qui ne se donne que pour ce qu’elle est – une confession –, et non pour ce qu’elle n’est pas : un espoir, une supplique, voire une appréhension. Pur don ici. Qui bouleverse :

Enfin le royaume, Quatrains, François Cheng (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 13 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Enfin le royaume, Quatrains, François Cheng, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, n°542, février 2019, édition revue et augmentée, 224 pages, 7,40 €

 

« De l’eau naît la flamme, / De la flamme l’air / Mêlé au pur souffle / D’une biche endormie », reconnaît François Cheng. La psychanalyste Anne Dufourmantelle décrit ainsi la douceur, réveillée par le poète dans le quatrain que nous venons de citer : « Le ventre d’un animal. La palpitation d’une veine qui affleure sous la peau. Une peau très âgée comme un galet translucide. Une peau de très jeune enfant, sa joue encore couverte d’un imperceptible duvet. Calme de la respiration, de ce qui contient le vivant et le protège. Et qui s’offre au toucher ». Puis elle ajoute : « La douceur est une force de transformation secrète prodiguant la vie, reliée à ce que les anciens appelaient justement puissance. Sans elle, aucune possibilité que la vie s’augmente dans son devenir. Je crois que la puissance de métamorphose de la vie elle-même se soutient dans la douceur. Quand l’embryon devient un nouveau-né, quand la chrysalide laisse éclore le papillon, quand une simple pierre devient la stèle d’un espace sacré dans les jardins de Kyoto, il y a, au minimum, la douceur ».

d a n s e r (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 11 Septembre 2019. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

écrire pour seulement

tisser – fils bariolés

de l’écriture, matières

grossières, empêchées

– un Hommage.

danser, pour dé

velopper – l’on

reprend ici la

formulation de

rothko* – « l’

énergie imaginative » (évanescente-et-grandissante

beauté à couper le souffle),

Les Moments forts (27) Toutânkhamon en visite à Paris (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 05 Septembre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

« La période à laquelle appartient la tombe » de Toutânkhamon [1] est, reconnaît Howard Carter [2], « à bien des égards, la plus intéressante de toute l’histoire de l’art égyptien ». Carter s’attendait donc à trouver des merveilles, lors de sa découverte (Louxor, Vallée des Rois, KV62). Il était loin, cependant – ce fut une « véritable révélation » –, « d’imaginer la vitalité étourdissante », laquelle ne pouvait que « bouleverser toutes les idées reçues », qui caractérisait certains des objets qu’il découvrit.

Le mot qui revient le plus, dans la bouche des spectateurs, lorsqu’une fois dans l’espace de l’exposition, après avoir subi les deux files d’attente puis les quatre minutes de présentation filmée obligatoires, on écoute l’alentour, c’est : « finesse ». Comment du reste s’exclamer autrement, face aux objets qui constituent le trésor de Toutânkhamon, face à leur suprême délicatesse ? Ce raffinement – extrême – « coexiste avec la douceur », affirme Anne Dufourmantelle, qui ajoute aussitôt : « C’est la manière dont le bois est sculpté, travaillé, la subtilité d’une couleur, le déroulé d’une courbe […]. La douceur semble incrustée dans le geste, déposée avec lui dans la matière. […] Il est dit, dans les textes, que le toucher devait avoir la douceur de la pluie et la finesse d’un cheveu d’enfant ». En cela, les objets bellement (beau clair-obscur) mis en valeur à la Villette – chacun d’eux – nous font irrémédiablement songer à cette tradition suivant laquelle il fallait cinq mille couches de laque pour faire un meuble à la cour royale de Pékin.