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Ici suivi de Éloge du vent, Max Alhau

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 17 Avril 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Editions La Porte

Ici suivi de Éloge du vent, 2017 . Ecrivain(s): Max Alhau Edition: Editions La Porte

 

Se tenant face au vent, à sa douce immensité (souvent)en caresse, Max Alhau est à « l’écoute de ces paroles qui furent [s]iennes et qui ne sont plus qu’un écho à travers le temps ». Il a fait choix de « prendre la terre telle qu’elle se donne », et de regarder « au plus épais des forêts quelles étoiles les éclairent ». Marchant, marchant, marchant, il cherche à être entraîné « au plus loin d’une vie sans frontière ».

Au plus loin ? Ici.

Ce qui est une manière belle de cheminer au-dedans de soi.

Dans une douceur tremblée qui ne renie rien de la profondeur du noir de fumée, Max Alhau dit la beauté qu’il y a à être là, comme un chuchotis, face aux sources, aux arbres, aux fontaines, à être là pour – déjà – disparaître, pour être – sans nulle douleur – ce frisson de source sur de la mousse, dans une forêt enchantée prenant le temps de venir saluer, de sa main peuplée d’oiseaux et de papillons de nuit (plus particulièrement le Manteau à tête jaune et la Phalène rustique), le mouvant des nuages.

Les Moments forts (8) : Banksy à Amsterdam, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 11 Avril 2018. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Dans le désordre ? Une peuplade primitive s’attaquant, avec des sagaies, à des chariots de supermarché. Deux grands-mères dans leurs fauteuils, finissant de tricoter, à la lueur d’une lampe vieillotte, des pulls mangés sur toute leur hauteur par les mots « PUNK’S NOT DEAD » [le punk n’est pas mort] et « THUG FOR LIFE » [voyou pour la vie]. Dans une salle de vente (on se croirait chez Christie’s), les enchères s’envolant pour un tableau, monochrome blanc recouvert des lettres « I CAN’T BELIEVE YOU MORONS ACTUALLY BUY THIS SHIT » [j’ai du mal à croire que vous, gros nazes, achetiez cette merde]. Des punks et marginaux faisant la queue pour se procurer un tee-shirt orange de mauvaise qualité à 30 dollars, portant l’inscription « DESTROY CAPITALISM » [détruisez le capitalisme]. Des pleureuses en habits liturgiques levant les bras, joignant les mains devant une affiche proclamant « SALE ENDS TODAY » [les soldes se terminent aujourd’hui]. Crucifié, un christ traditionnel, avec, dans chacune de ses mains, une multitude de sacs témoignant d’achats (compulsifs ?) multiples, qui ont trait au plaisir, aux loisirs (champagne, peluche…).

Les Moments forts (6) : Modigliani à Londres, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 28 Mars 2018. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Les paupières abaissées mettent dans certains visages peints par Modigliani cette continuité parfaite que les yeux n’interrompent pas. Le sommeil, splendeur vécue. Peint comme une fleur ouverte, odoriférante. Le sommeil qui, plume, danse de nietzschéenne façon sur un corps, dénudé. Un corps entré (niché) dans son abandon.

Le demi-abandon, comme Female nude (1916) [salle 9 titrée « Heading South »]. Ou l’abandon vrai, bouleversant, comme Nude (1917) [salle 9]. Alors se lèvent et dansent quelques phrases proustiennes : « [S]entant que son sommeil était dans son plein, que je ne me heurterais pas à des écueils de conscience recouverts maintenant par la pleine mer du sommeil profond, délibérément, je sautais sans bruit sur le lit, je me couchais au long d’elle, je prenais sa taille d’un de mes bras, je posais mes lèvres sur sa joue et sur son cœur ; puis, sur toutes les parties de son corps, posais ma seule main restée libre et qui était soulevée aussi, comme les perles, par la respiration d’Albertine ; moi-même, j’étais déplacé légèrement par son mouvement régulier : je m’étais embarqué sur le sommeil d’Albertine ».

Les Moments forts (7) : Evgeny Kissin au Théâtre des Champs-Élysées, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 20 Mars 2018. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Accueilli avec l’enthousiasme que l’on réserve aux moments hors du temps qui nous semblent possession du petit dieu ailé Kairos, ce second Concerto pour piano et orchestre de Béla Bartók. Interprété par Kissin le jeudi 28 septembre 2017 avec une précise frénésie, une soif inextinguible, une verdeur, un sens de l’invention et de l’écoute qui font songer au 21 janvier 1943, au Carnegie Hall, à New York. Fermons les yeux et revivons ce lieu, cet instant. Dans quelques minutes, ce sera la première audition américaine du Concerto pour deux pianos et percussion de Bartók. Dans quelques minutes, Fritz Reiner dirigera l’Orchestre de la New York Philharmonic-Symphony Society, et Bartók sera au piano ; ce sera son dernier concert. Ce qu’il se passe, pendant cette représentation, c’est ce que raconte le fils du compositeur, Péter : « À un certain moment, dans l’exécution [du concerto], les autres [musiciens] commencèrent à prendre conscience que mon père était en train de s’éloigner du texte écrit, ce qui les embrouilla ; heureusement, ils parvinrent à garder le cap, continuèrent de jouer leurs parties jusqu’à ce que mon père finisse par retourner à ce qui était dans la partition.

Mathieu Terence : prononcer « ce Oui à la vie, ce Oui de la vie », Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 08 Mars 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Quand tout est fiançaille…

 

À quoi tiennent joie et bonheur ?

 

Le bonheur n’a que peu à voir avec les aspirations de notre époque. Aspirations au confort matériel et physique. Aux sentiments majuscules. À la progéniture standard de 1,5 enfant par couple. À la consommation comme exutoire. Aux plaisirs stéréotypés. Au loisir permanent. À la culture comestible. À l’absence totale de souffrance.