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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Cadence, Essai autobiographique, Jacques Drillon (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 28 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Biographie, Essais

Cadence, Essai autobiographique, Jacques Drillon, Gallimard, coll. Blanche, novembre 2018, 400 pages, 23,50 €

 

Vivre, c’est sentir. Mais si vivre, c’est sentir, c’est, d’autant plus, avoir senti et s’attendre à sentir. La vie s’élargit, par cette distentio animi, des souvenirs. Et des aspirations. La durée augustinienne est ce qui déborde en avant et en arrière le présent [1]. L’homme est souvenir et désir : la mémoire et l’attente sont, depuis la fin du XVIIIe, son lieu ontologique… La mémoire serait-elle le lieu de souvenirs non pas endimanchés mais enguenillés. Car il est toujours l’humour, pour nous rendre appréciable aux autres. Et à nous-même. Quelles que soient nos tares. Oui, quelles qu’elles soient. Quels que soient les vacillements qui ont préludé à notre chant… Jugez plutôt.

« Certains êtres sont plus sujets que d’autres à l’addiction. [Mon père] l’était au plus haut degré, et nous avons hérité de lui cette inutile prédisposition. Il avait beaucoup fréquenté les casinos, joueur accroché et féroce. Jusqu’au jour où il perdit tout ce qu’il possédait. Terrorisé par ce qu’il venait de faire, il prit la décision de ne plus jouer un centime. Il s’y tint : la résolution avait dû être aisée à tenir.

Les Moments forts (24) Bresson à la Cinémathèque (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 26 Juin 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Blanchot écrit dans « L’expérience-limite », à propos de la rue et du déferlement de visages – souvent décrit par le poète Stéphane Bouquet – qui s’y produit : « La rue n’est pas ostentatrice, les passants y passent inconnus, visibles-invisibles, ne représentant que la “beauté” anonyme des visages et la “vérité” anonyme des hommes essentiellement destinés à passer, sans vérité propre et sans traits distinctifs (dans la rue, lorsqu’on se rencontre, c’est toujours avec surprise et comme par erreur ; c’est qu’on ne s’y reconnaît pas ; il faut, pour aller au-devant l’un de l’autre, s’arracher d’abord à une existence sans identité) ». Le sociologue David Le Breton, quant à lui, confie à Joseph J. Lévy : « J’ai […] toujours éprouvé un émerveillement à regarder les visages. […]. Je suis alors porté par le sentiment de participer à l’écoulement du monde, d’être l’une des pulsations de la vie errante ». Et ailleurs, au sujet de ses nombreux voyages : « Ce qui me touchait dans ces voyages, c’était de marcher des heures dans les villes et d’essayer de saisir l’énigme des passants que je croisais. Il me semblait que tous avaient trouvé une réponse et que je ne cessais de cogner à une porte fermée dont je voyais pourtant qu’elle m’était destinée ».

Casse-Gueule, Clarisse Gorokhoff (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 21 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Casse-Gueule, Clarisse Gorokhoff, Gallimard, coll. Blanche, mai 2018, 240 pages, 18,50 €

 

Comme l’écrit le sociologue David Le Breton dans Des Visages, « [l]e visage est le lieu et le temps d’un langage, d’un ordre symbolique. Au fil de la vie quotidienne, la ritualité de ses mises en jeu prolonge celle des postures, des gestuelles ou des proxémies ». « Le visage est un terrain de métamorphoses spectaculaires qui n’engagent pourtant qu’un changement infime de son ordonnance. D’un instant à l’autre, il peut connaître des expressions différentes. Les affects viennent s’y modeler dans le prisme de la symbolique qu’il incarne. Par l’étendue de son expressivité et sa position éminente au sein du corps, sa conformation, notamment la présence des yeux, le visage est le foyer par excellence du sens, c’est à travers lui que l’[individu] se met en situation, se donne à comprendre dans le face-à-face des communications qui trament la vie quotidienne ». Si le visage est le foyer du sens, c’est, ainsi que le précise Le Breton dans Anthropologie du corps et modernité, parce qu’il est « la partie du corps la plus individualisée, la plus singularisée ». Et comme « [v]ivre c’est réduire continuellement le monde à son corps, à travers la symbolique qu’il incarne » (cf. La sociologie du corps), on comprend tout de suite quelle est l’importance du visage. C’est la « [v]érité unique d’un homme » ou d’une femme « unique », l’« épiphanie du sujet ». « Le visage est le chiffre de la personne ».

Les Moments forts (23) Cézanne au Grand Palais (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 18 Juin 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Tout a été écrit (et parfois à tort) au sujet de cet explorateur intrépide de ce qui se dit mezza voce au sein des ruptures qui nous fondent.

Picasso a été l’un des premiers à saisir (à le saisir en actes, peignant, dessinant, explorant) combien Cézanne joue avec nos topoï, nos schèmes, dès lors qu’il s’agit de regard (et ne s’agit-il pas toujours de regard ?) : « Quand on regarde les pommes de Cézanne, on voit qu’il a peint merveilleusement le poids de l’espace sur cette forme circulaire. La forme elle-même est un volume creux, sur lequel la pression extérieure est telle qu’elle produit l’apparence d’une pomme, même si celle-ci n’existe pas vraiment. C’est la poussée rythmique de l’espace sur cette forme qui compte » [1].

Il faut rester stationnaire de longues minutes devant un tableau de Cézanne – par exemple le bouleversant Pommes et biscuits [2] –, il faut y entrer, il faut sentir son ipséité bouillir et la vapeur qui s’en dégage rejoindre les verts du tableau, pour se rendre compte que Cézanne est un poète. Va à la « figuration » d’un réel plutôt qu’à sa présentation ou à sa représentation la préférence d’un poète. Et ce sera – continûment – la préférence de Cézanne.

Conversations, Francis Bacon (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 14 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Arts, Les Livres

Conversations, Francis Bacon, L’Atelier Contemporain, coll. Écrits d’artistes, février 2019, préface Yannick Haenel, photographies Marc Trivier, 208 pages, 20 €

Les entretiens menés avec Bacon sont passionnants, lorsqu’on s’intéresse à la peinture. Ils éclairent sa création. L’une des plus fortes du XXe siècle.

Retrouvez (voulez-vous ?) les supports suivants : Cambridge Opinion, n°37, janvier 1964 ; Chroniques de L’Art vivant, n°26, décembre 1971-janvier 1972 ; Le Monde, 3 novembre 1971 ; L’Express, 15 novembre 1971 ; Jardin des Arts, n°204, novembre 1971 ; La Quinzaine littéraire, 16-30 novembre 1971 ; The Listener, 16 mars 1972 ; La peinture britannique de Gainsborough à Bacon, Bordeaux, Galerie des Beaux-Arts, 9 mai-1er septembre 1977 ; Newsweek, 24 janvier 1977 ; L’Express, 7-13 février 1977 ; Le Matin, 19 janvier 1984 ; Le Monde, 26 janvier 1984 ; Beaux-Arts Magazine, n°10, février 1984 ; Libération, 29 septembre 1987 ; Art International, automne 1987 et automne 1989 ; Le Figaro, 29 avril 1992 ; Catalogue Francis Bacon, Marlborough Gallery, Madrid, 1992 ; Catalogue Corps crucifiés, Musée Picasso, Paris, 17 novembre 1992-1er mars 1993. Vous n’avez pas le temps ? Pas le courage ? Eh bien procurez-vous l’ouvrage publié par L’Atelier Contemporain, qui réunit – quelle belle idée ! – l’ensemble de ces publications, en en retirant tout ce qui ne concerne pas Bacon, et plus précisément tout ce qui ne concerne pas sa parole.