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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Les Moments forts (26) Le Lac des Cygnes à l’Opéra Bastille (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La grâce.

La nécessité d’écrire un compte-rendu de ce spectacle (Le Lac des cygnes dans la version chorégraphiée en 1984 par Rudolf Noureev) ne peut que provoquer le sentiment d’un déchirement. Voire d’une impossibilité. Comment les mots de la tribu (cf. Mallarmé) pourraient-ils rendre compte de ce qui, par essence, transcende toute réalité et donc, bien évidemment, les possibilités du langage (ainsi l’inoubliable finale) ? Dans ces conditions, pourquoi ne pas préférer le silence, pourquoi ne pas se référer au silence, le silence bruissant d’une indicible présence ? Et pourtant, dans le désir de faire partager ce qui me paraît une grâce, je tente de communiquer mon expérience malgré la conscience du caractère dérisoire – par définition – de ma tentative.

Le souci de la terre, Virgile (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie, Gallimard

Le souci de la terre, Virgile, Gallimard, mars 2019, trad. nouvelle du latin par Frédéric Boyer des Géorgiques, 264 pages, 21 €

 

Qui fut Virgile ? Qui fut réellement Virgile ? Frédéric Boyer le présente magnifiquement, dans Faire Virgile : « Passer de Mantoue à Naples. Chassé du toit paternel et des bords sinueux du Mincio, exproprié un temps de ses terres, garder toujours le souvenir de Mantoue et de ses prairies. Poète né paysan, quitter sa naissance obscure et se faire réapparaître dans un poème en berger chanteur. Avoir lu Hésiode, Théocrite, Caton, Varron. S’intéresser avec eux à la res rustica (la matière agricole) dont on parle beaucoup à présent que l’on prétend occuper aux champs les vétérans désœuvrés des guerres civiles qui ont déchiré la République. Et après que ces guerres ont probablement causé ravages, rapines, famines, destructions des récoltes et des domaines agraires. Être contemporain de Tite-Live et d’Horace. N’avoir que vingt et un ans quand éclate la guerre civile qui conduit à la fin de la République romaine. Apprendre que César est assassiné. Avoir connu ainsi les dernières convulsions de la République romaine et développé son œuvre pendant l’âge augustéen, période de paix et de création, diront les chroniqueurs.

« Défends-toi, Beauté violente ! » précédé de Le plus réel est ce hasard, et ce feu, Jean-Paul Michel (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 26 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

« Défends-toi, Beauté violente ! » précédé de Le plus réel est ce hasard, et ce feu, Jean-Paul Michel, Poésie/Gallimard, mars 2019, 352 pages, 10,20 €

À Bataille articulant ces mots : « Impossible, pourtant là ! », Jean-Paul Michel répond par une question : « Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? Le précipité inconfondable d’un assaut d’impossible en face » (« Un à-pic, comme l’existence »).

Et si Bataille et Jean-Paul Michel peuvent être rapprochés, c’est à un point tel que les lignes suivantes, extraites de Georges Bataille, poète du réel, de Marie-Christine Lala, conviennent parfaitement à l’œuvre poétique – aujourd’hui bellement rééditée dans la collection Poésie/Galimard – et à la pensée de l’auteur du Dépeçage comme de l’un des Beaux-Arts : « La poétique du réel donne […] la mesure sans mesure d’une expérience de la temporalité où le présent demeure toujours actuel dans l’échéance de l’être et le jeu de la chance. Elle soutient le défi de la tension dramatique vers le futur pour mettre en réserve le sens du sacré au creux de l’instant présent. Et l’œuvre poétique ouvre un accès renouvelé au symbolique en favorisant la projection d’un espace de possibles, là où le réel impossible qu’elle fait advenir (dans l’outrance du désir […]) libère le mouvement de translation du monde en son exubérance infinie.

Lettre d’une inconnue, Stefan Zweig (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Élie Faure évoque dans L’homme et la danse le « tourbillon de flammes dansantes, qui tout d’un coup s’éteignent pour se figer en lisse et dense fût de bronze, bronze brûlant encore de ces flammes qui l’ont fondu ». La passion sont les flammes qui ont fondu chaque phrase de cette lettre d’une inconnue, encore brûlante à la lecture.

Grâce à Zweig, les mots de cette lettre – inépuisable, telle une vie non retenue dans son envol, tel un fleuve qui se sait fleuve – deviennent ainsi comme la ligne de crête d’un amour. Inépuisable comme l’est toute confession qui s’offre sans chercher à être la première mesure d’une symphonie à construire en tandem (car à deux, l’on peut retrouver tous les instruments d’un orchestre, tous les timbres). Comme l’est toute confession qui ne se donne que pour ce qu’elle est – une confession –, et non pour ce qu’elle n’est pas : un espoir, une supplique, voire une appréhension. Pur don ici. Qui bouleverse :

Enfin le royaume, Quatrains, François Cheng (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 13 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Enfin le royaume, Quatrains, François Cheng, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, n°542, février 2019, édition revue et augmentée, 224 pages, 7,40 €

 

« De l’eau naît la flamme, / De la flamme l’air / Mêlé au pur souffle / D’une biche endormie », reconnaît François Cheng. La psychanalyste Anne Dufourmantelle décrit ainsi la douceur, réveillée par le poète dans le quatrain que nous venons de citer : « Le ventre d’un animal. La palpitation d’une veine qui affleure sous la peau. Une peau très âgée comme un galet translucide. Une peau de très jeune enfant, sa joue encore couverte d’un imperceptible duvet. Calme de la respiration, de ce qui contient le vivant et le protège. Et qui s’offre au toucher ». Puis elle ajoute : « La douceur est une force de transformation secrète prodiguant la vie, reliée à ce que les anciens appelaient justement puissance. Sans elle, aucune possibilité que la vie s’augmente dans son devenir. Je crois que la puissance de métamorphose de la vie elle-même se soutient dans la douceur. Quand l’embryon devient un nouveau-né, quand la chrysalide laisse éclore le papillon, quand une simple pierre devient la stèle d’un espace sacré dans les jardins de Kyoto, il y a, au minimum, la douceur ».