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Bonnes feuilles

La douleur des bêtes, la polémique sur la vivisection au XIXe siècle en France, Jean-Yves Bory

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 16 Mai 2014. , dans Bonnes feuilles, La Une CED

 

« La vivisection, résume Jean-Yves Bory, s’est constituée au XIXe siècle en pratique professionnelle. Suscitant un véritable engouement, elle n’a cessé de se développer jusqu’à devenir un paradigme institutionnalisé en 1880 ».

 

En quoi consistait la vivisection au XIXe siècle ?

 

Gluge

Professeur à Bruxelles

Enfonçait des aiguilles

Dans la tête de

Lapins

Journal - 2006 (extrait)

Ecrit par Philippe Derivière , le Vendredi, 04 Avril 2014. , dans Bonnes feuilles, Ecriture, La Une CED

Aujourd’hui, acheté un livre de Stifter que je glisse au fond de mon sac et emporte en promenade pour une halte dans un parc ou à la terrasse d’un café. Je me retrouve finalement au Nemour devant une petite table qui fait face à une glace où je me vois. Avant j’avais horreur de me voir, mais je constate que ce n’est plus le cas, à vrai dire mon image me plaît ou, mieux encore, elle me plaît comme elle est. J’ouvre le livre – il s’agit des Deux-Sœurs – et tombe aussitôt sous le charme. Stifter est un petit maître mais la simplicité et l’équilibre de son style me ravissent. Ecrire de cette manière – ou vivre de cette manière – est ce qui me convient le mieux. Un moment plus tard, arrivent deux hommes que je ne tarde pas à reconnaître, du moins l’un d’eux. Il s’agit de L.M., conseiller littéraire de la Comédie Française. Nous avons été amants pendant une brève période mais il feint de l’ignorer après avoir été remercié. On ne chasse pas un conseiller de ce rang. Je l’observe dans le miroir, ses cheveux sont gris, ses joues mal rasées mais son apparence demeure malgré tout élégante. Un peu confus, je ferme mon livre, quitte le Nemour et poursuit ma route sous un soleil encore très beau. Je ne voudrais pas donner un ton désinvolte à cette note. En vérité, la fin de la journée a été gâchée par je ne sais quel remords au souvenir de cette relation manquée, comme tant d’autres l’ont été par ma faute ou plus exactement mon aveuglement. De retour chez moi, je crois comprendre pourquoi je me retrouve seul encore maintenant.

L'Arabe et le vaste pays de Ô (Chapitre 10)

, le Dimanche, 08 Avril 2012. , dans Bonnes feuilles, Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Je vis le premier l'Amérique mais je doute qu'elle ne m'ait jamais aperçu dans la foule des gens qui tombaient sans cesse du ciel. Je ne pouvais croire, lorsque je vis New York pour la première fois de ma vie, qu’une ville puisse être plus grande que la planète elle-même et brasser des univers entiers comme s’il s’agissait de petits quartiers chinois. Vue d’en haut, cette planète renvoyait mes angoisses religieuses à la taille des moeurs de quelques insectes ignorés. New York nous fit disparaître, moi, mon Allah, mes minarets, la foule de mes ancêtres qui pouvait tenir dans un seul bus et mes turpitudes supposées en un seul instant, et replaça mon épopée sur l’échelle de ses gratte-ciels pour mieux m’aider à comprendre ma bulle de savon. Nous allions atterrir mais la peur que j'avais des Américains était si grande et mes appréhensions si terribles, que je ne voulais ni ralentir, ni aller vers la terre, ni laisser tomber l'ancre, ni retourner chez moi les mains vides.

Ce fut à ce moment-là que commença ma chute loin de mon propre Dieu tel qu’il me fut transmis par les miens. Lorsque je lâchai la corde, la profondeur du désespoir de notre condition à tous me coupa le souffle : ma seule ressource était de retenir ma respiration et de voguer vers l'espoir d'une côte et sa trace espérée au bout de cette histoire. La vague qui revint sur moi m’ensevelit tout d’un coup, dans sa propre masse, à la profondeur de vingt ou trente pieds, je me sentais emporté avec une violence et une rapidité extrêmes à une grande distance du côté de la terre.

L'Arabe et le vaste pays de Ô (Chapitre 9)

Ecrit par Kamel Daoud , le Dimanche, 25 Mars 2012. , dans Bonnes feuilles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED


Coincé dans le vaste pays de Ô où je fais semblant de prier parmi la foule en ouvrant et fermant la bouche sans produire un seul son, je reste donc invisible pour vous. On imagine difficilement un Arabe seul dans une île : d'abord les îles n'ont jamais appartenu aux Arabes et cela parce qu'un Arabe est toujours avec son Dieu autour du cou, avec son verset favori au bout de la langue, sa cuvette d'ablutions. Les îles n'ont jamais intéressé les Arabes car elles étaient peut-être trop petites pour leur Dieu et n'offraient rien à leurs chevaux qui avaient besoin d'espace pour éclore comme le vent. Pourtant je suis bien un Arabe et je suis bien perdu dans une île inconnue, tracée à la main comme un Mandala pour me protéger du basculement majeur de ma race vers l’enfouissement et les charlatanismes faciles. Le voyage vers l’Amérique fut une épreuve pour ma nouvelle condition de paria : j’y connus une affreuse tempête tout comme un Robinson arabe parti voir le monde à partir de ses racines. De persistantes turbulences faisaient tanguer l’avion et chacun priait le Dieu de son enfance et retombait lourdement à genoux face à son totem. Moi, devant un Allah scrupuleux, et eux, face à des forces plus proches de leur raison ou de leurs satellites. Reste que la peur de l'Occidental, sa débandade, me firent encore plus peur que le tangage de l'avion et je me vis, un moment, coincé comme un traître entre ce que j'avais renié la veille et le courage que je ne pouvais avoir aujourd'hui.

L'Arabe et le vaste pays de Ô (chapitre 8)

, le Dimanche, 11 Mars 2012. , dans Bonnes feuilles, Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED

 

Quitter Dieu, en tombant d’un avion, est aussi difficile que de quitter une femme aimée mais avec la panique en plus et la rêverie en moins. Le jour, je regardais le monde en face comme on regarde un père qui vous a menti, mais la nuit, j’avais peur et je revenais prudemment vers mes croyances pour ne pas céder à la panique. Même aux heures les plus audacieuses de mon insoumission, je récitais mes prières avant de m’endormir dans le noir. Je le faisais au seuil des W.C, dans les maisons vides et aux premiers pas de la journée en allant vers mon travail. C’était ainsi : j’avais beau avoir raison, je n’en avais pas le courage final. J’étais cependant bel et bien piégé : sans issue, ni vers les miens, ni vers Le vaste pays de l’Occident. J’étais sur une île dessinée patiemment à la main mais presque jamais foulée du pied. Le comble ? Vous ne pouvez rien pour moi. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. Sur l’île de sa cavale, le pauvre Vendredi ne devra son destin qu’au besoin insolent de son maître d’avoir autre chose à fréquenter que son propre écho. Robinson, dans ce cas-là, a été sincère : sa première histoire commence par une désobéissance parentale, la seconde par un naufrage et la dernière par son besoin de remplacer son perroquet sinistre, avant de nous servir son récit sur l’âme d’un Vendredi en attente du Salut et du pantalon.