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Bonnes feuilles

Défunt amour, par Nadia agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Lundi, 16 Mai 2016. , dans Bonnes feuilles, Ecriture, La Une CED

 

De : elle2000@yahoo.fr

A : man43@wanadoo.fr

05 mai 2009

3h56 mn

 

Défunt amour,

Mon sexe ne danse plus. Mes reins ne cambrent plus. Mes seins ne se dressent plus à l’évocation de l’image de toi. Et c’est dans le désert du désir de toi que je t’écris ce mail.

Mon dernier mail.

Voici venu le temps de tourner le dos à cette histoire folle qui m’a longtemps tenue en laisse.

La Toussaint, par Pierre Perrin

Ecrit par Pierre Perrin , le Jeudi, 22 Octobre 2015. , dans Bonnes feuilles, Ecriture, La Une CED

 

Pour ce jour sans couleur, sans espérance, on s’assemblait au village, propres, en habits du dimanche. Les cloches sonnaient le glas. On fêtait la mort. Bientôt, la solitude au coude à coude ébranlait le cortège.

Pour descendre au cimetière, un curé d’âge mûr, derrière la lourde croix que portait un enfant vêtu de blanc, psalmodiait du grégorien que les vieilles surtout, chevrotant le malheur, répétaient en chœur.

Passé les premiers rangs, on rêvait souvent. Certains osaient bavarder. La récolte bréhaigne, un veau crevé, les labours en retard, les bornes baladeuses... On s’était déjà tant démené dans la poussière de l’été.

Cependant près des portes, chacun se ressaisissait. Un silence incrédule envahissait la foule ; le sable seul, pioché de frais, crissait ; les branches des pins attiraient des corbeaux. Chaque famille fixait sa tombe.

Extrait de Histoire très horrificque, effroyable et espouvantable d’un entonnoir en plastique

Ecrit par Jakob Adrian Vogelsang , le Mercredi, 28 Janvier 2015. , dans Bonnes feuilles, Ecriture, La Une CED

 

C’était un cauchemar ! Jamais je n’avais fait pareil cauchemar, aussi puissant et délusoire qu’un film où deux années de vie intense auraient été distillées en une histoire torrentielle d’une durée de deux heures à peine. Un cauchemar, ce vieillard aux chairs pendantes et néanmoins lubrique, un cauchemar, cette vierge folle obsédée par les boyaux culiers chers à Villon, un cauchemar, ce petit singe immonde tout droit sorti d’un tableau de Goya.

Encore tout perturbé par les émotions éprouvées en rêve, je me levai, j’allai à la cuisine pour boire un peu d’eau. Je mangeai le reste d’un grand gâteau au chocolat, puis tous les biscuits que je pus trouver, et encore du pain et du fromage, des radis crus et des navets bouillis, enfin tout ce qui était mangeable à cent mètres à la ronde.

Gavé et abruti de nourriture, je pus m’endormir du sommeil des bienheureux.

Le lendemain matin, par curiosité, j’ouvris le tiroir où je rangeais l’entonnoir. Il n’y était plus. Je ne me laissai pas aller à des délires angoissés sur la réalité de mon rêve, de rigueur dans un scénario de film fantastique : je devais l’avoir jeté par mégarde dans les ordures, je m’en étais aperçu sans m’en apercevoir, et j’avais fabriqué ce rêve pour expliquer sa perte.

La douleur des bêtes, la polémique sur la vivisection au XIXe siècle en France, Jean-Yves Bory

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 16 Mai 2014. , dans Bonnes feuilles, La Une CED

 

« La vivisection, résume Jean-Yves Bory, s’est constituée au XIXe siècle en pratique professionnelle. Suscitant un véritable engouement, elle n’a cessé de se développer jusqu’à devenir un paradigme institutionnalisé en 1880 ».

 

En quoi consistait la vivisection au XIXe siècle ?

 

Gluge

Professeur à Bruxelles

Enfonçait des aiguilles

Dans la tête de

Lapins

Journal - 2006 (extrait)

Ecrit par Philippe Derivière , le Vendredi, 04 Avril 2014. , dans Bonnes feuilles, Ecriture, La Une CED

Aujourd’hui, acheté un livre de Stifter que je glisse au fond de mon sac et emporte en promenade pour une halte dans un parc ou à la terrasse d’un café. Je me retrouve finalement au Nemour devant une petite table qui fait face à une glace où je me vois. Avant j’avais horreur de me voir, mais je constate que ce n’est plus le cas, à vrai dire mon image me plaît ou, mieux encore, elle me plaît comme elle est. J’ouvre le livre – il s’agit des Deux-Sœurs – et tombe aussitôt sous le charme. Stifter est un petit maître mais la simplicité et l’équilibre de son style me ravissent. Ecrire de cette manière – ou vivre de cette manière – est ce qui me convient le mieux. Un moment plus tard, arrivent deux hommes que je ne tarde pas à reconnaître, du moins l’un d’eux. Il s’agit de L.M., conseiller littéraire de la Comédie Française. Nous avons été amants pendant une brève période mais il feint de l’ignorer après avoir été remercié. On ne chasse pas un conseiller de ce rang. Je l’observe dans le miroir, ses cheveux sont gris, ses joues mal rasées mais son apparence demeure malgré tout élégante. Un peu confus, je ferme mon livre, quitte le Nemour et poursuit ma route sous un soleil encore très beau. Je ne voudrais pas donner un ton désinvolte à cette note. En vérité, la fin de la journée a été gâchée par je ne sais quel remords au souvenir de cette relation manquée, comme tant d’autres l’ont été par ma faute ou plus exactement mon aveuglement. De retour chez moi, je crois comprendre pourquoi je me retrouve seul encore maintenant.