Identification

Articles taggés avec: Ayres Didier

Échos d’étreintes sauvages, Nasser-Edine Boucheqif (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 10 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Échos d’étreintes sauvages, Nasser-Edine Boucheqif, éditions Polyglotte, 2018, 20 €

 

Hic et nunc

Pour aborder ce gros recueil de poésie de l’écrivain et éditeur Nasser-Edine Boucheqif, il faut tout de suite évoquer la morphologie de l’ouvrage. Car, sans savoir avec précision si le livre a été écrit tous les jours d’une année bissextile, à chaque poème correspond une date du calendrier, un poème chaque jour sans exception, ce qui laisse entrevoir une remarquable ténacité – sachant qu’écrire un poème journellement durant une année civile est un tour de force. D’autre part, le cours de ces poèmes est agencé selon quatre chapitres – dépeints sous le nom de « géopoétique » – qui renvoient à chaque trimestre, et plus concrètement aux quatre saisons qui jouent sur les couleurs et les impressions du poète, ce qui me permet de considérer comme avérée mon idée d’un poème quotidien. Donc, cette poésie saisit la Loire et la nature environnante, marquées bel et bien par les éléments climatiques du pays angevin.

Rimbaud et la Rédemption, Fabienne Bader, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 04 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Rimbaud et la Rédemption, Fabienne Bader, éditions Polyglotte, 2018, 10 €

 

Mort et rédemption

J’ai connu les éditions Polyglotte à travers les réseaux sociaux, et j’ai été attiré d’abord par le titre du livre de Fabienne Bader, sans rien connaître de l’auteure. Je cherchais Rimbaud. Quel était ce Rimbaud ? le mien ? celui des amours violentes avec Verlaine ? celui d’Aden ? le Rimbaud voyant ? le Rimbaud escorté par un appareil critique, comme l’est le Rimbaud de Bonnefoy ? Toujours est-il que j’étais prêt à suivre la démarche d’une quête, notamment celle du poète de Charleville. Ce recueil très sobrement présenté, prend donc Rimbaud pour compagnon d’écriture. Et avec le langage, la grave question de la mort et de la rédemption. Cette poésie, que l’éditeur Nasser-Edine Boucheqif publie dans sa collection Féminin Pluriel, cache une femme complexe et douloureuse. Hantée par l’insomnie, et travaillée par la pratique de la poésie, l’auteure questionne la banalité de notre séjour ici-bas, avec en vue la fin de toutes choses et la vie d’un au-delà.

Poétique magique - Ce lieu sera notre feu, Pascal Mora, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 20 Août 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Ce lieu sera notre feu, Pascal Mora, éditions Unicité, mai 2018, 128 pages, 14 €

Une foule de choses se présente à moi à la lecture de Ce Lieu sera notre feu, ce beau livre de Pascal Mora que publient les éditions Unicité. Si j’ai parcouru lentement, chapitre après chapitre, comme un lecteur essayant de suivre, en emmagasinant la véritable magie de cette écriture, la trame forte de ces poèmes plus ou moins longs, mais toujours substantiels, je me retrouvais sans cesse pluriel devant cette poésie. Et même si le sujet pourrait paraître monocorde, la litanie va de poème en poème toujours ou presque dans la haute tenue d’un langage sur la ville. Et que tout soit plus ou moins explicite, cela n’a pas d’importance. Ce qui subsiste, c’est l’état du lecteur qui se lit lui-même au miroir du poème, comme en une pluralité d’énigmes.

Poétique magique donc, car cette ville de pierre et de métal n’est autre qu’habitée par une puissance spirituelle, par des dieux anciens et comme assoupis. Peut-être du reste, pourrait-on se souvenir de Paul quand il écrit : « Notre Dieu est un feu dévorant » ; et à partir de là, réécrire le titre du livre comme retourné par un lecteur double : Ce feu sera notre lieu. On voit nettement la combustion où se tient Pascal Mora, faisant appel à la fois à toutes les grandes villes de notre monde, mais aussi à des métaphores animales, végétales ou anthropomorphiques.

Trajectoire déroutée, Sanda Voïca, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 11 Juillet 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Trajectoire déroutée, Sanda Voïca, éditions Lanskine, juin 2018, 80 pages, 14 €

 

Sobriété profonde

Le dernier livre de Sanda Voïca vient de paraître. Il est à la fois utile et inutile de connaître la biographie de l’auteure, et d’être renseigné sur le grand deuil où elle est plongée. Inutile, car le livre se suffit à lui-même et à mon sens, est très réussi. Car l’ouvrage ne nous rend pas prisonnier d’un pathos, d’un sentiment de perte lyrique, et se rapprocherait plus du Livre de Job que des Psaumes ou du Cantique des cantiques. Donc il ne faut pas lire cette poésie avec le cœur sec ni avec une angoisse impitoyable. Il est nécessaire simplement de se mettre à l’unisson de cette poésie de la douleur, de ce texte abstrait et énigmatique à certains égards, pour partager cette poésie témoignage de la perte. Car c’est une voix authentique je crois. Lire ce travail non lyrique, pour moi qui aime les chansons du langage, se partager soi-même dans cette poésie froide, quand en ce qui me concerne j’aime le chatoyant et l’esthétique baroque, se laisser aller à la netteté acérée de ce regard de la poétesse, pour un lecteur qui à mon instar aime le sfumato et les impressions gazeuses, est cependant important. J’ai beaucoup aimé Trajectoire déroutée, nonobstant les différences de sensibilités, et peut-être à cause de cela.

La Salle de jour, Don DeLillo

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 03 Juillet 2018. , dans La Une Livres, Actes Sud/Papiers, Les Livres, Critiques, USA, Théâtre

La Salle de jour, traduit de l’américain par Adélaïde Pralon, juin 2018, trad. Adélaïde Pralon, 88 pages, 15 € . Ecrivain(s): Don DeLillo Edition: Actes Sud/Papiers

 

Il faut pour entrer dans la pièce de théâtre de Don DeLillo, La Salle de jour, une perspective convexe, car il s’agit d’opérer un retournement des points de vue et d’adopter le régime du « comme si ». Il faut faire avec les personnages – et évidemment avec les acteurs d’ailleurs – comme si la salle de jour était à la fois une chambre d’hôtel, une salle de jeu ou une cellule d’asile psychiatrique. Et encore, comme si les personnages vaquaient à des tâches normales, pleines de signification raisonnable. C’est à la fois une mise en abyme de notre raison raisonnante au milieu du monde incertain et infini du langage, et une forme de mise en crise du statut social, de la règle sociale, et en ce sens des conventions sociales, qui peuvent seulement se dire sous le masque, derrière une mimique. Car il s’agit bien là de faire comme si. Et là, on distingue un bout de la vérité, et cette salle de jour, qui pourrait être notre propre salon, nous invite à une sorte d’éloge de la folie, laquelle montre et défait la comédie sociale, recadre les aspects coercitifs de la société, et nous conduit à regarder cette farce avec des yeux clairs et perçants. La folie, le pouvoir. Oui, pouvoir de déduction des énigmes, pouvoir de mettre en valeur la folie de notre existence. Oui, ce qui en rend incohérente la vanité, la vanité des vanités. Et notre petite personne narcissique gigote dans un monde social codé et mortifère.