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À propos de Mythologie personnelle, Christophe Esnault, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 14 Septembre 2017. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Mythologie personnelle, Christophe Esnault, Tinbad, 2016, 13,50 €

Un monde en noir

J’ai reçu ce livre il y a déjà un certain temps, et il est arrivé chez moi comme une sorte de point d’orgue à une suite de lectures qui m’ont occupé longuement. Et cet ouvrage, très désenchanté, plein de noirceur et de morbidité, a été un moment fort. J’avais à l’esprit, au fur et à mesure que je poursuivais ce livre, de le rapprocher du Soleil et l’acier de Mishima. En effet, le propos de cet essai sur l’art d’écrire, prend pour principe la puissance solaire, et jette l’opprobre sur le caractère volontairement lunaire et passif des images du background de l’écrivain. Cependant, on sait comment Mishima a terminé sa vie, et comment le seppuku final est resté dans les mémoires. Il y a donc dans cet « acier et ce soleil » une force noire et désespérée.

Mythologie personnelle s’appuie sur quatre grandes questions, dont la plus réussie, à mon goût, est celle qui traite du suicide. Car on y voit Christophe Esnault aux prises avec un monde dont la seule issue possible est le désespoir, comme forme de sentiment vital. On sait que l’angoisse est une espèce de poison autant qu’une émotion intérieure qui transmet des états d’âme, et en ce sens est un recours pour l’homme.

à propos de L’Immobilité battante, entretiens avec Jean-Pascal Léger, Pierre Tal Coat

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 05 Septembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

L’Immobilité battante, entretiens avec Jean-Pascal Léger, Pierre Tal Coat, L’Atelier contemporain, juin 2017, photographies Michel Dieuzaide, 120 pages, 20 €

 

Une peinture ouverte

 

Ce qui est le plus apparent, à la lecture des entretiens qu’a donnés Pierre Tal Coat à Jean-Pascal Léger, c’est le caractère spécifique de la peinture qui reste rétive à la réification par le langage. On est convaincu qu’être peintre c’est d’abord se débattre avec la porosité des sujets, peiner à circonscrire l’espace final du tableau, saisir le temps. Par exemple, le colza – à quoi Tal Coat fait beaucoup allusion – peut se peindre, mais par quel bout : en tant que champ, que fleur, que couleur ou qu’essence de graine d’oléagineux ? ce qui reste au regardeur, c’est l’importance de la tension de la lumière qui s’accroche, qui bifurque sur le colza. Le reste n’est que dissertation – sachant que la peinture existe justement pour disserter…

De la vie - À propos de La Somnambule dans une Traînée de Soufre, Catherine Gil Alcala

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 16 Août 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques, Poésie

La Somnambule dans une Traînée de Soufre, Catherine Gil Alcala, éd. La maison brûlée, juin 2017, 13 €

 

On commence à connaître la voix de Catherine Gil Alcala, surtout en relation avec son travail de dramaturge, mais un peu moins en regard de sa poésie. D’ailleurs, les deux exercices lui procurent une originalité qui ne dément pas de livre en livre. Ce recueil, La Somnambule dans une Traînée de Soufre, qui pourrait peut-être être sous-titré par : une élégie des animaux ou une érotique du vocabulaire, est surtout un texte hybride et complexe, à la fois matière vivante et organisation de signes.

Il faudrait pour une étude scientifique (dont ces lignes d’aujourd’hui ne sont pas l’objet) se pencher sur les occurrences des noms d’animaux, et souligner en cela le caractère matériel des métaphores de la poétesse. Car c’est bien ici le secret de cette poésie où sa valeur vitale dépasse l’écriture et lui fait un climax. Cependant, en réfléchissant avant d’écrire cette note, il est apparu impérieux de rapprocher ce recueil des belles pages de Jean à Patmos, et souligner l’écho de ce texte dans le background de C. Gil Alcala, avec les figures de l’Apocalypse. Figures sexuelles aussi, dynamisantes et vives.

Deux, Philippe Jaffeux (2ème critique)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 10 Juillet 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Théâtre, Tinbad

Deux, juin 2017, 236 pages, 21 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux Edition: Tinbad

 

 

Théâtre abstrait


Deux est un livre complexe à plusieurs égards. Tout d’abord parce que c’est un livre de théâtre – une sorte de pièce de chambre. Et puis, parce que cette pièce se présente sous forme expérimentale. Deux est constitué d’un dialogue entre N°1 et N°2, écrit sous forme de paragraphes à peu près égaux, mais qui ne se répondent pas. L’auteur explique qu’il est possible de faire jouer 1 et 2 chacun par treize acteurs, et cela dans le désordre, sans souci de répliques ni de continuité dramaturgique (ou plutôt, continuité à concevoir dans l’espace même de la scène).

À propos de Refrain de Bernard Grasset, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 05 Juillet 2017. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Refrain de Bernard Grasset, Jacques André éditeur, février 2017, 11 €

 

Poésie du croisement

C’est avec bonheur que j’ai lu le dernier livre de Bernard Grasset, car il vient à la fois s’ajouter à ce que je sais du travail du poète, en même temps qu’il me permet de me distancier de lectures difficiles parfois, qui demandent elles aussi des soins et beaucoup d’énergie. Or, ce livre-là donne de l’énergie et n’en prend pas. J’ai donc aimé cette qualité, disons, du « peu », d’une littérature aérienne, fluide, transparente et essentielle. Oui, une poésie ductile et belle, dans de simples habits de mots, qui se voue à la contemplation ou à l’écoute méditative. D’ailleurs, le sujet du livre tourne autour de la question de l’œuvre d’art en général, et sans nul doute, permet à la poésie de remplir son vœu mimétique (si je peux tirer vers moi la pensée de Walter Benjamin).