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Articles taggés avec: Ayres Didier

Un poète du désir - à propos des Sonnets de Germont

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Janvier 2016. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Sonnets de Germont, éd. La coopérative, 2015, 9 €

 

Le premier livre de la jeune maison d’édition La coopérative, dirigée par Jean-Yves Masson et Philippe Giraudon, prête la voix à une poésie très écrite, très cadencée et presque classique, d’une certaine manière académique – dans le sens d’une application consciencieuse –, et cette dernière épithète ne me fait pas peur. Car ce livre, écrit par un jeune homme de vingt-et-un ans, au milieu des années 80, qui est resté inédit trente ans dans les cartons de Jean-Yves Masson, résiste à notre époque d’aujourd’hui justement parce qu’il est d’une facture simple et harmonieuse. Pour mon propre compte, j’ai d’ailleurs aimé cette « humeur » (le mot mood en anglais est peut-être plus juste), ce chuchotement des années 80, qui suggère un air du temps que j’ai connu au même âge que le poète Germont, un temps pour finir assez sombre et angoissant. Ce furent pour moi aussi, des années de désir, de ce désir de jeune personne éprise du jeu de hasard de la beauté, guidée par une étoile vers l’amour de l’autre, et sujet à cette angoisse de mourir.

La poésie autofictionnelle de Sanda Voïca

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 12 Janvier 2016. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

à propos de Epopopoèmémés, de Sanda Voïca, éd. Impeccables, 2015, 22 €

 

Avant d’en venir à ce qui fait le fond de ma lecture du recueil que Sanda Voïca publie aux éditions Impeccables, il faut parler de la forme que prend le livre. En effet, il est rédigé comme un journal intime qui, en 37 poèmes, couvre la période du 28 novembre 2011 dans l’après-midi, jusqu’au 15 mars 2012, lesquels franchissent le guet de l’année 2011/2012. Ces précisions ont leur importance, car ce journal qualifie cette traversée qu’entreprend Sanda Voïca avec ses lecteurs, dans la mesure où l’on lit ce qui a été écrit certains après-midis, ou durant des nuits d’insomnie, comme une confession personnelle et belle. Nous voilà ainsi pris par un univers autofictionnel qui nous permet d’observer la vie dans ses détails, accompagnés d’une poète, laquelle écrit ses poèmes sous la figure tutélaire d’Alain Jouffroy, qui ne quitte pas ces cinq mois d’écriture.

Un voyage en fragments - à propos de Hellade, de Bernard Grasset

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 04 Janvier 2016. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Hellade, Bernard Grasset, éd. Le Lavoir Saint-Martin, novembre 2015, 119 pages, 15 €

 

Socrate et Platon    Saint Paul

Morale et philosophie  Exégèse

 

Je connaissais Bernard Grasset pour ses traductions de l’hébreu et du grec, et j’ai déjà écrit quelques notes sur ses travaux. Aujourd’hui, je voudrais évoquer mon chemin de lecture avec Hellade, le dernier livre de l’auteur, dont la photographie de couverture – méditerranée, et îles grecques sans doute – évoque très vite de quoi il s’agit. Comme la photographie de couverture de l’ouvrage et le titre nous invitent au voyage, j’ai pensé assez vite au voyage en Italie de Montaigne, qui partait pour les eaux italiennes et allemandes avec son valet, valet d’ailleurs qui lui a donné du souci. Mais, même si ce livre prend la forme d’un journal, il est rapidement apparent que l’objet fini a été élaboré en plusieurs étapes car peu de notes brutes sont livrées au lecteur. Et puis, la quantité de citations grecques demandaient sûrement un séjour dans la bibliothèque de l’artiste. D’ailleurs, l’auteur indique à la première ligne le bureau où il écrit, non loin de son fils qui joue du piano-orgue.

Clore (7 et fin), par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 16 Décembre 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Plus avant dans la soirée.

 

19 h 41.

Pas le temps universel, mais l’écoulement du temps. Ça m’effraie.

Un peu de fromage ?

Suisse ?

Ça me ferait plaisir.

C’est le groupe, le groupe de suisses qui sont habillés avec de drôles de chemises.

Chagall ? Manessier.

Tu préfères Satie à Debussy ?

Pour la poésie, j’aime Debussy ; mais pour le théâtre, Satie.

La voix du silence - à propos de "Le visage secret", Alain Suied

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 15 Décembre 2015. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

à propos de Le visage secret, Alain Suied, éd. Arfuyen, 2015, 13 €

Dans les hautes profondeurs

de la mémoire, le silence

contient tous les chants du vivant.

 

Pour commencer cette chronique, il me faut parler de l’architecture générale de l’ouvrage qui s’organise selon deux parties inégales en volume. La première est composée d’une suite régulière ou presque de séries de dix poèmes numérotés et sans titres ; la seconde partie, beaucoup plus courte, s’agence autour de trois recueils de deux ou trois poèmes, numérotés eux aussi et sans titres. Cette dernière indication a son importance pour moi, car j’y vois quelque chose qui indique où le poète se situe. Il est une voix après la Shoah, le génocide d’un peuple dont il est issu – et ainsi, nommer par le langage est difficile. Car le poète porte avec lui comme tous les poètes d’après la Catastrophe, l’âpre question d’Adorno qui se demandait comment écrire de la poésie après Auschwitz. Voilà un livre qui est important à ce titre, sachant aussi qu’il s’agit d’une publication posthume de l’auteur, ce qui rend très dense son propos littéraire. Et aussi parce que ce recueil pose un problème vif au cœur des poètes.