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Articles taggés avec: Gavard-Perret Jean-Paul

Marion Dessaules, MJW Editions, février 2020 (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 28 Mai 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Le devoir de se dire : Marion Dessaules

A travers le roman, les nouvelles et ses mémoires de jeunesse, Marion Dessaules – qui a connu sous plusieurs registres l’expérience de la folie – finit par exprimer la souffrance et divers enfermements grâce à la lecture et la pratique de la littérature et son devoir de casser le silence.

L’œuvre sous toutes ses formes est forte, puissante. D’une certaine manière implacable même si l’humour et la distance évitent tout pathos. Il y a là « juste une voix » mais surtout une voix juste.

Marion Dessaules lance à la cantonade des intimités défaites ou reconstruites. Un chant sourd renaît, il entrecroise les choses douloureuses aux paroles de relance. Se dessinent des intimités d’égarés, des pertes, des fragments du passé et parfois un ciel de marguerites envolées.

La Bête, son corps de forêt, Perrine Le Querrec (par Jean-Paul Gavard-Perret))

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 18 Mai 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

La Bête, son corps de forêt, Editions Les Inaperçus, juin 2020, 48 pages, 7 € . Ecrivain(s): Perrine Le Querrec

 

 

Les mots de Perrine Le Querrec lorsqu’ils parlent des femmes sont souvent chargés d’ombre. Solidaire de celles qui furent des victimes à diverses époques (femmes tondues à la libération par exemple), elle écrit dans la faille du temps comme dans les espaces d’enfermements en renversant les données de l’asile – il est fait chez elle non pour protéger le dehors de leur dedans, mais leur dedans du dehors.

Pour autant, dans un second volet de son travail, l’auteure quitte les moments de désolation et de dégradation pour oser une écriture de l’éros. Les corps sont là sans fard. Et si Beckett a écrit « Il faut dire des mots », Perrine Le Querrec ramène à la surface de la page non les vestiges mais les vertiges d’un corps qui écrit, et tout tremble.

Les après-midi d’hiver, Anna Zerbib (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 13 Mai 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Les après-midi d’hiver, Anna Zerbib, mars 2020, 176 pages, 16,50 € Edition: Gallimard

 

L’hiver et après

Et si dans une vie ce qui comptait était plus le trajet que le but ? Après tout, les grands romans, du Rouge et le Noir à L’Etranger, le prouvent. Et Anna Zerbib le souligne presque naturellement par sa fiction.

Pour la présenter, elle écrit : « C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens ». Et d’ajouter une peu plus loin : « Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans ».

Mais il s’agit pour l’héroïne de réapprendre à vivre, sans rester prisonnière de la saumure de la mort de la mère, et de rallumer l’existence de diverses flammèches.

Le Chant du poulet sous vide, Lucie Rico (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 04 Mai 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Contes, P.O.L

Le Chant du poulet sous vide, Lucie Rico, mars 2020, 252 pages, 18,90 € Edition: P.O.L

 

Des poulets et des hommes : Lucie Rico

Dans la fable écologique de Lucie Rico, la révolte sourde gronde. Sous les cerisiers parés de blanc, le rouge est mis, comme si le temps de leurs fruits ils allaient se gonfler de sang. Si bien que l’histoire tourne au conte fantastique et horrifique. Il n’est pas sans rappeler le Truismes de Marie Darrieussecq, paru naguère chez le même éditeur.

Au cochon, fait place la poulette. Paule a pour mission de les élever pour les tuer au moment où l’héroïne doit reprendre l’élevage maternel. Tentant de sauver ce qui peut l’être, elle est embrigadée en une aventure que l’auteure construit (dit-elle) « de la même manière que le marketing fabrique des contes, jusqu’à nous faire croire que les animaux que nous mangeons sont d’adorables bêtes, saines et dévouées, avec lesquelles nous avons une relation ».

Aby Warburg, Der Bilderatlas Mnemosyne (The Original), Roberto Ohrt, Axel Heil (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 27 Avril 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Langue allemande

Aby Warburg, Der Bilderatlas Mnemosyne (The Original), Roberto Ohrt, Axel Heil, éd. Hatje Cantz, Berlin, 2020, 184 pages, 200 €

 

Aby Warburg : La Science de l’image

I

Depuis Platon on affirme que l’image est mauvaise. Elle séparerait de l’être. Ne donnerait de lui qu’une apparence et non un apparaître. Or toute image est apparition. Néanmoins beaucoup d’historiens de l’art restent des platoniciens : Jacques Lanzmann en est l’exemple parfait. Il est l’envers du plus grand penseur du XXème siècle de l’image : le nietzschéen Aby Warburg.

Face aux philosophes il a posé les questions essentielles : le vrai témoin est-ce l’image ? L’image est-ce le seul témoin ? Tout le reste est spéculation. Warburg a donc introduit un speculum dans le mental des fornicateurs des icônes. Son atlas – Mnémosine – est la balustrade qui surplombe l’histoire de l’art.