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Spirales vagabondes Et autres parallèles inédites en labyrinthe, Joyce Mansour (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 19 Avril 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Spirales vagabondes Et autres parallèles inédites en labyrinthe, Nouvelles Éditions Place, novembre 2018, 339 pages, 27 € . Ecrivain(s): Joyce Mansour

 

Joyce Mansour et le rire du soleil

Joyce Mansour demeure la poète de débordement, de la fragmentation, pour éprouver ce qui passe et se passe dans le corps et dans le souffle. De la tradition juive d’où elle vient ne reste sans doute que le corps de la lettre, son ossature de l’alphabet consonantique afin que le verbe accouche du corps.

Pour Mansour il s’agit de tout casser sous « un talon d’acier », « éventrer les acteurs, déraciner les morts, avaler, cracher, mastiquer, éjaculer ». Chez elle la mort tambourine mais dans un désert chauffé à blanc le martèlement des verbes ponctue hors conjugaison.

La poétesse renverse son angoisse de la mort par la force de l’éros, de l’ironie et de l’autodérision. L’érotisme est chez elle retour à la violence, la transgression et un processus lié à l’action.

Sollers en peinture, Olivier Rachet (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 03 Avril 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Tinbad

Sollers en peinture, mars 2019, 220 pages, 21 € . Ecrivain(s): Olivier Rachet Edition: Tinbad

Olivier Rachet : « dialogue » avec Sollers.

Olivier Rachet donne au Sollers, critique d’art, esthète, écrivain (forcément) et homme de « goût » (mot clé pour le sujet et pour l’auteur de Paradis lui-même), le premier essai consacré à la peinture dans son œuvre.

L’analyste ne s’est pas contenté des multiples articles en revue (les siennes, Tel Quel, L’infini, ou celles des autres, et dans la presse dont Le Monde entre autres) : il s’est frotté tout autant aux textes de « fiction » dans un texte où tout est dit des partis-pris jouissifs comme des « crucifixions » de Sollers qui au besoin pourrait se déguiser en soldat roman face à certains crétins.

Par ailleurs, il propose parfois une forme de dialogue à la fois critique et autocritique dans lequel il s’amuse. L’auteur et son modèle s’interpellent : page 184, par exemple, l’un reproche à l’autre d’être allé « baiser la mule du pape Jean-Paul II ». Et l’accusé de répondre de manière apocryphe : « que l’on puisse sortir indemne de l’enfer et de la damnation en rayonnant en peinture, vous agacez terriblement ».

Le Nouveau, Philippe Sollers (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 26 Mars 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Le Nouveau, mars 2019, 144 pages, 14 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers Edition: Gallimard

 

Qui donc sinon Sollers ?

Qu’on le veuille ou non la littérature française ne serait pas ce qu’elle est sans Philippe Sollers. Rares sont de la part d’un écrivain des œuvres aussi diverses : de Paradis (un chef d’œuvre) à Femmes (un best-seller), des œuvres de fiction à celles de philosophe (même s’il ne s’est jamais pris pour tel).

Passant désormais à la fiction courte comme si – avec l’âge – il fallait au créateur ramasser son propos afin de lui donner plus de force, Sollers crée du nouveau avec Le Nouveau. Ce titre est le nom du bateau de l’arrière grand-père de l’auteur. Il fut aussi galopin que lui et son bateau lui servit à retrouver une belle étrangère du côté de l’Irlande. Et qu’importait la force des vents.

A partir de là « nous sommes dans le sud-ouest de la France, vers Bordeaux et ses grands environs, d’où l’ensemble de l’Histoire, peu à peu, se dévoile ». Et les bords sont grands dans cette révision générale de l’histoire au moment où elle claudique (euphémisme) devant les catastrophes annoncées : climatique d’une part et économique de l’autre sous la pression de la féodalité capitaliste mondialisée.

Les nouvelles révélations de l’être, Antonin Artaud (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 18 Mars 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Théâtre, Fata Morgana

Les nouvelles révélations de l’être, février 2019, 48 pages, 12 € . Ecrivain(s): Antonin Artaud Edition: Fata Morgana

 

L’introduction au néant

Dès 1937 – date de l’écriture de ce texte – Artaud inscrit de facto sa schize : « je ne suis pas mort, je suis séparé ». Ce « mort au monde » se trouve déjà incapable de parler en son nom et va commencer le cycle des rétentions en asiles psychiatriques.

S’inscrit déjà ici ce que les Cahiers terminaux finiront dans cette tentative de se débarrasser de la matrice de la tache de naissance, des vices de la chair et de l’esclavage qu’elle enclenche.

S’inscrivent les premières scènes (tragiques et fulgurantes) du « théâtre généralisé » de l’auteur. Elles sont la véritable introduction au néant. La mort n’est plus tenue à distance.

Se sent déjà comment la terre aspire l’être dont elle se nourrit jusqu’aux « crachats ». Artaud rentre directement en rapport avec les semences immondes qui sont les restes et les cendres. Comme plus tard dans les Lettres relatives aux Tarahumaras, il vit – ou subit – là mais sous un registre totalement opposé une « expérience organique ».

Les Paradoxes de la postérité, Benjamin Hoffmann (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 11 Mars 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Les éditions de Minuit

Les Paradoxes de la postérité, janvier 2019, 243 pages, 29 € . Ecrivain(s): Benjamin Hoffmann Edition: Les éditions de Minuit

 

Les postérités, de l’illusion à l’immortalité artistique.

Nul ne peut se démettre de la « maladie de la mort » (Duras). Elle est là de toujours. Hoffmann rappelle que puisque « au commencement est la mort » chacun se débrouille avec cette idée quasi immédiate de la conscience. Dès trois ans nous saurions déjà à quoi nous sommes voués ou réduits. Cette révélation est pour tout être humain un scandale. Dès lors chacun lutte comme il peut selon ses armes et ses appétits. Certains – les plus sensés – se contentent de peu en assurant la survie de l’espèce par la procréation (assistée ou non).

D’autres plus insatisfaits et impécunieux cherchent d’autres solutions personnelles au problème de la mortalité. Les plus riches laissent leur fortune pour ravir leurs enfants et – au delà – le monde. D’autres espèrent l’héroïsme et d’autres encore – moins matérialistes et plus démunis ou faibles – estiment que seule la partie spirituelle de notre personne nous survivra. Ils font de la littérature la grande affaire de leur vie.