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Spirales vagabondes Et autres parallèles inédites en labyrinthe, Joyce Mansour (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret 19.04.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Spirales vagabondes Et autres parallèles inédites en labyrinthe, Nouvelles Éditions Place, novembre 2018, 339 pages, 27 €

Ecrivain(s): Joyce Mansour

Spirales vagabondes Et autres parallèles inédites en labyrinthe, Joyce Mansour (par Jean-Paul Gavard-Perret)

 

Joyce Mansour et le rire du soleil

Joyce Mansour demeure la poète de débordement, de la fragmentation, pour éprouver ce qui passe et se passe dans le corps et dans le souffle. De la tradition juive d’où elle vient ne reste sans doute que le corps de la lettre, son ossature de l’alphabet consonantique afin que le verbe accouche du corps.

Pour Mansour il s’agit de tout casser sous « un talon d’acier », « éventrer les acteurs, déraciner les morts, avaler, cracher, mastiquer, éjaculer ». Chez elle la mort tambourine mais dans un désert chauffé à blanc le martèlement des verbes ponctue hors conjugaison.

La poétesse renverse son angoisse de la mort par la force de l’éros, de l’ironie et de l’autodérision. L’érotisme est chez elle retour à la violence, la transgression et un processus lié à l’action.

Il est donc déroutant car la langue décloisonne les repères : « même morte je reviendrai forniquer dans le monde », dit avec humour celle qui crée une autobiographie « entre lit et rêve » mais loin de « l’enlisement du sommeil », et ce d’un mot à l’autre, dans « une route parallèle à celle qui n’existe pas ».

Celle que Breton érigea comme « La femme poète » et qui organisa des soirées mémorables avec Bourgeade, Cortázar et bien d’autres, fut une praticienne d’un surréalisme post-historique baroque là où il arrive que pour elle « les cercles d’arbres entourent mon vagin noir ». Ils mêlent densité et énergie là où le texte se génère lui-même d’images en images.

De son premier Cris (1953) au dernier Trou noir, on croyait tout connaître, mais dans Spirales Vagabondes, grâce au travail de Laurie Missir, l’« Etrange Demoiselle » apparaît à travers des textes en vrac et hirsutes écrits n’importe où et n’importe comment. Se voit comment elle travaille et se prend hors cloisonnement dans une telle mosaïque de spirales, de parallèles, en une fabrique toujours en mouvement.

A l’articulation du jour, l’ange noir arrache une page de garde humide à l’écume. Elle lance ses appels sans que les ogres s’emparent d’elle. D’autres à sa place auraient perdu le fil ou pris la poudre d’escampette. Mais la nouvelle Médée en elle portait le glaive. Tourne toupie dans la maison. Moins close que de l’être même si dans la première elle s’amusa à rejoindre les Edwarda.

Elle fit partie du chœur de leurs lallations orgasmiques de sultane. Et des revenants la réclamaient. Platon aurait aimé parler et être témoin de celle qui faisait jouer de la flûte dans ses « arbres » avant de foncer vers la mer où la queue des sirènes s’agite. Sa peau fit partie de leur corps.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 


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A propos de l'écrivain

Joyce Mansour

 

Joyce Mansour, née Joyce Patricia Adès, à Bowden, Angleterre le 25 juillet 1928 et morte à Paris le 27 août 1986, est une poétesse égyptienne d'expression française liée au surréalisme.

 

A propos du rédacteur

Jean-Paul Gavard-Perret

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Domaines de prédilection : littérature française, poésie

Genres : poésie

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Fata Morgana, Unes, Editions de Minuit, P.O.L


Jean-Paul Gavard-Perret, critique de littérature et art contemporains et écrivain. Professeur honoraire Université de Savoie. Né en 1947 à Chambéry.