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Nouvelles

Le voleur de bicyclettes

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mardi, 14 Mai 2013. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Je ne parlerai pas du héros de Vittorio De Sica, car il ne s’agit pas ici d’un unique et dramatique vol de vélo commis en raison du chômage et de la pauvreté, mais d’une série de vols de bicyclettes, d’un genre particulier, puisqu’elle concernait des bicyclettes de facteur. De plus le voleur n’agissait pas seul, et semble-t-il sans appât du gain, en fait c’était ce qu’il prétendait pour atténuer sans doute la sévérité de la justice au cas où il serait pris, le courrier étant réexpédié, d’une boîte à lettres quelconque, quelques jours après avoir été déclaré volé. En instance aurait été plus exact. Les bicyclettes, elles, restaient plus longtemps en instance. Elles étaient restituées, en état de marche, plusieurs mois après pour les premières, puis un à deux mois pour les suivantes. Les délais étaient ensuite réduits à une ou deux semaines. Cette différence de traitement, entre courrier et vélo, n’a pas été élucidée, préoccupant considérablement la Poste et un peu moins la Police. A juste titre, car la notion de délai est différente d’une institution à l’autre. La Police agit sans délai, autant dire sans obligation de délai. La Poste, elle, met un point d’honneur, et on le lui reconnaît, à respecter les délais. Elle doit savoir aussi que des billets de banque, protégés par l’épaisse banalité des correspondances, peuvent être glissés dans les enveloppes, et s’y trouver à l’abri.

Une soirée avec le Doge

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 07 Mai 2013. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

Ce soir-là, mon ami Antoine avait fait une halte dans une quinzaine des meilleurs bars à vin de la ville. Je le qualifie généreusement de « mon ami » mais c’était plutôt un excellent copain qui somnolait sur les bancs de la faculté où je ne manifestais moi-même une propension à l’exubérance que lorsqu’un beau jeune homme passait. J’avais une prédilection pour ceux qui se prénommaient Thomas, cela semblera stupide mais c’est une réalité indéniable : j’ai eu plus d’aventures avec des Thomas qu’avec tous les autres prénoms réunis.

Nous ne nous étions pas vus depuis cinq ou six ans lorsque je l’avais croisé en fin d’après-midi non loin du pont de l’Accademia, à l’intersection de la calle del Pistor et de je ne sais plus quel fondamenta. Nous retrouver ainsi nez à nez dans Venise relevait du hasard le plus incroyable. Même s’il s’agit de l’une des villes qui accueillent le plus grand nombre de touristes, son dédale de rues, de chemins, de canaux et de ponts ne la prédispose pas aux rencontres fortuites. S’y retrouver quand on s’est donné un rendez-vous est parfois une épreuve. Alors sans rencart, cela tient du miracle !

La résine de Joyce ou le bâton de la tendresse

Ecrit par Jacques Girard , le Mardi, 16 Avril 2013. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

À Hélène

« L’enfance est une boule de sensualité »

Robert Lalonde dans Le vaste monde.

 

Ce dimanche après-midi-là, la Tabagie Harvey est déserte. Normal. Le soleil de juillet terrasse la chaleur. Madame Sourire sourit derrière le comptoir. La doyenne des serveuses affiche toujours une expression rieuse et ironique par un léger mouvement de la bouche et des yeux. On en oublie son prénom. Ainsi, le patron Roger écrit madame Sourire sur l’enveloppe de sa paie. Sa femme, la belle Paula, agit pareillement. Madame Sourire porte avec éclat une jolie cinquantaine. Plusieurs clients savoureraient ses lèvres ourlées. Même la présente canicule n’a pas raison de sa bonne humeur. La serveuse rêve de patauger dans « son lac hors terre ». Le ménage est fait, et la petite dame égrène les minutes de la dernière heure avant la fermeture en montant les tables pour le déjeuner, toujours aussi populaire.

La maison de Salvatore

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 09 Avril 2013. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

A Venise, toutes les maisons sont numérotées. Comme les Vénitiens ambitionnent, à juste titre, de se distinguer du monde entier, la numérotation qu’ils ont adoptée est incompréhensible pour les non-initiés. Et pas seulement pour eux, les autochtones s’y perdent aussi, il paraît que même les facteurs ne s’y retrouvent pas.

Toutes sont numérotées, sauf une qui s’élève dans la Calle del Forno (1).

C’est une petite rue qui doit son nom au four à pain qui s’y trouvait jadis ; elle est située dans le Sestier Dorsoduro, celui qui est au sud de Venise, au-delà du Grand Canal, et qui englobe l’île de la Giudecca. La Calle del Forno débouche sur le Campo San Margherita (2). Quant à l’unique maison vénitienne dont la façade est demeurée vierge de tout numéro, elle est très ancienne, inhabitée et sa décoration intérieure n’a jamais été achevée. Pourquoi ? C’est une vieille histoire qui remonte au 16è siècle.

Au coeur de la pomme (Nouvelle)

Ecrit par Christine Balbo , le Mercredi, 20 Mars 2013. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

Un ordinateur portable n’a de portable que le nom, pensa Sophie Cerisier en débouchant du métro, l’épaule endolorie par la bandoulière de sa sacoche Lancel. Elle était partie de sa banlieue excentrée – en bordure du département de l’Isère – et avait roulé une petite demi-heure avant de rallier la ville et de garer sa Micra au parc-relais du Sytral, près de la station de métro Mermoz-Pinel. Ensuite, elle avait attrapé au vol la rame de la ligne D, était descendue à Saxe-Gambetta pour la correspondance, avait patienté trois minutes avant l’arrivée de la rame de la ligne B. Deux stations plus tard, elle débouchait dans le centre commercial de la Part-Dieu. Le niveau 0 était une sorte de no man’s land dont les murs et le sol étaient uniformément blancs. On n’y trouvait qu’un salon de thé à peu près désert, un estanco de clés-minutes et l’entrée d’un multiplex qui projetait des films de seconde zone. Les blockbusters étatsuniens et les comédies françaises se donnaient au 4ème étage, près du restaurant gastronomique.