Identification

Nouvelles

Hommage à Baudelaire XIII (2) - Les Aventures de… Edgar et Charles (2), par Alain Cuzon

Ecrit par Alain Cuzon , le Mercredi, 26 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Edgar et Charles

Andy Cosquer, ancien marin, ancien bagnard également, est arrivé à Baltimore pour se faire oublier après s’être évadé de Cayenne, l’enfer tropical des exilés de France. De son vrai nom Auguste Cosquérant, il n’a gardé que les signes invisibles, pensant mémoriser des souvenirs refoulés au plus profond d’un passé, sans doute terrible et peu reluisant.

Andy coule désormais des jours heureux sur la baie de Chesapeake, avec son petit bateau qui le conduit à la pêche chaque jour, puis au port de Baltimore pour y vendre son butin. Il le bichonne son petit voilier, le peint et le repeint constamment aux couleurs de son pays natal, comme un témoin indélébile de sa présence aux Amériques ; Andy est serviable et fidèle, toujours disponible et peu bavard, un véritable aide de camp.

Le sourire de l’Ange (1), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 25 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Il est étrange de vouloir redéfinir les limites d’un connu qui se donna à nous dès l’instant où notre respiration quittait les parois du ventre intérieur pour s’ouvrir aux déchirures du monde. Pourquoi écrire sur ce que l’on ne cesse de voir dès lors que le vivant nous tient en alerte, de tous nos sens, même à contre-courant ? Pourquoi vouloir transcrire l’immédiat présent en chacune de nos expériences ? Encore plus curieux cette nécessité – vitale – de vouloir en écrire les traces, les jets de lumière, les déchirures, les transes d’un monde opaque dont seule peut-être l’immanente présence devrait nous suffire.

Nés des forceps du dedans au dehors, nous resterons vigilants pourtant, opiniâtres à assurer la vigie des mots à la hauteur des événements qui les enclenchent, les fabriquent. Sans corne d’amertume mais d’alerte, seul ensemble dans l’appel du Large vers toujours plus d’Ailleurs, escortés de paysages toujours à conquérir, étonnements nouveaux. Paysages neufs dans leur sillage ancré à une terre burinée océane, dont les strates ont pris la profondeur des rides d’une humanité en quête permanente de sa propre réalité.

A côté du miroir, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Samedi, 22 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Je me souviens que nous étions sortis ensemble, il y a longtemps. Puis la vie sans heurts nous a séparés. Je ne sais pourquoi, je la rencontre toujours ou presque, lorsque je ne vais pas bien. Nous ne nous disons pas grand-chose ; il n’est pas nécessaire de parler pour que le courant passe. Nous sommes assis côte-à-côte sur le banc d’un jardin public. Elle ne dit rien ; je suis bien. Ou, je la rencontre à la sortie de l’école, où elle a vraisemblablement déposé un enfant. Nous marchons de concert, sans parler et je suis bien. Je sens quelque chose de doux qui circule entre nous. J’ai l’impression que ce serait moins bien si nous parlions. Je crois toujours que nous allons continuer à nous revoir. Puis, je me réveille, m’aperçois que j’ai rêvé, que tout cela est loin, mais ce doux rêve me laisse serein pendant plusieurs jours.

Pourquoi il pleut des chats et des chiens, suite et fin, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 18 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Lorsque l’imam de la mosquée jouxtant notre maison entendit parler de mes questions, il m’envoya un message par le biais de sa femme et m’invita à aller le retrouver à la mosquée. Je fus très étonné par cette demande. Si ce n’est ma mère qui m’encouragea à aller le voir, je n’aurais jamais répondu à sa requête. Ce qu’il me dit me laissa sans voix.

- «Dis donc, fiston, c'est toi le petit garçon qui cherche à savoir pourquoi il pleut constamment sur notre ville ? Lorsqu'on m'a parlé d'un enfant qui pose des questions sur la pluie qui ravage notre ville, je me suis dit, en voilà un qui pose les bonnes questions ! Je suis ravi que tu sois venu me voir. Je ne sais comment te remercier mais t'inquiète, Dieu te le revaudra, mon fils. Il te réservera une place dans son vaste paradis. Ecoute-moi bien ya wlidi et grave bien mes paroles dans ta petite tête. Le diable est fatigué de pisser dans les oreilles des infidèles qui demeurent sourds et indifférents à l'appel de la prière de l'aube. Tous les matins, je le vois lever les bras au ciel en guise d'impuissance ; je l'entends crier, exploser et se métamorphoser en bombe assassine. Sais-tu, petit, que Salat Al Fajr est une obligation ?

Hommage à Baudelaire XI - Fleurs enfumées, par Selma Guettaf

, le Samedi, 01 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Je rendis les clés à Hélène pour m’installer dans le deux-pièces de Florent. J’avais trouvé familier cet appartement très vaste dans le quartier des Lilas, avec ses placards pleins de livres, ses lattes de parquet poussiéreux craquant sous nos pieds, ses marques d’auréoles d’eau au pied du radiateur, son humidité perceptible sur le plafond, sa cheminée usée qui n’était plus fonctionnelle, ses plinthes qui n’étaient pas repeintes, sa peinture qui s’écaillait, sa baignoire légèrement tartrée comportant des éclats de peinture, ses brèches et ses fissures qui se fendaient de manière presque inquiétante, un tas de choses cassées et puis son chien qui traînait dans nos pattes. Je me sentais tout à fait chez-moi. Je m’étais sentie chez-moi dès le premier soir. Comme si j’avais toujours été là, comme si je rentrais enfin véritablement chez-moi. Florent se livrait à moi par bribes, surtout les soirs où l’on décidait inopinément de sortir, où on marchait dans les rues les plus désolées, dans les lieux les plus silencieux, légèrement éméchés. La fatigue, la confusion brouillaient notre regard, notre perception n’était plus la même… de sorte qu’on ne partageait jamais le même souvenir de la même nuit.