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Nouvelles

Toute fin nous garde vivants

Ecrit par Virginie Simona , le Mardi, 07 Juillet 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« C’est la dernière fois que l’on me quitte. La dernière fois que je regarde l’autre reprendre ses bras nus, ses jambes lestes et ses affaires. Ses vêtements propres et sales. Son nez, sa bouche, son cou. Tout, dans l’ordre et sans rien oublier, avec la rigueur du comptable sûr de lui, capable de pousser l’injure jusqu’à demander un règlement pour la prestation de ménage… ».

Si j’avais eu les os, la chair et le cœur, si j’avais eu la foi du combattant et la sagesse du chanoine, ce sont précisément ces mots que j’aurais jetés à la figure du Très-Haut qui voit tout :

« Cher Dieu, j’espère que tu passes de bonnes vacances. Permets-moi de te précéder (afin de t’éviter une bévue dans la programmation des trente prochaines années) : c’est la dernière fois que l’on me quitte. Et même s’il faut rester là des heures, poings fermés sous l’ennuagé du ciel, regard enfoncé dans la mer grise, ils ne m’auront plus. Ni la peine, ni la rancœur, ni la peur de rester seule dans un monde plein. Pas même la haine que je vois de loin s’approcher comme une chienne enragée. Dégage le meurtre, je n’ai rien de la criminelle évadée. De toute façon, le sang m’effraie.

Recueil - Les Pays Imaginaires Épisode 4

Ecrit par Ahlem B. , le Mercredi, 01 Juillet 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Le Photographe - Les Pays Imaginaires

 

Il était une fois, dans un lointain lointain royaume, nichée dans une vieille vieille vallée, une paisible médina.

Ah, qu’il y faisait bon vivre ! C’est que l’on venait de loin pour en admirer les allées aux doux reflets opalins, ses mille nuances de bleus qui faisaient paraître la lumière dans toute sa splendeur, et ruisselaient sur les murs tantôt aigue-marine tantôt ciel, tantôt cyan tantôt roi.

Ici, les maisonnettes s’alignaient sur les ruelles étroites, bordées de vignes suspendues et de géraniums ; l’aube irisait les murets tandis que le soleil, une fois levé, dévalait gaiement les chemins escarpés.

Les portes en bois bigarrées étaient grand-ouvertes, elles réunissaient sur le seuil les enfants espiègles et rieurs, et l’on pouvait entrevoir les artisans travailler leurs ouvrages, tapant du pied au rythme des aiguilles et des rouets.

Golden Life

Ecrit par Thomas Chaline , le Mardi, 30 Juin 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Les oiseaux sifflaient plus haut au crépuscule et les fougères étaient humides. La veille, la brise avait frappé fort sur la forêt paisible. Cela devait être une de ces putains d’alertes orange organisées par le gouffre d’État Météo France.

Souillé par les remords, Herbert avait le sommeil léger depuis son retrait de la vie des autres.

Cette vie bordélique, coincé dans un système monochrome allant dans le sens « échec » qui devait n’avoir que pour unique ambition : l’appât du gain. Ce gain névrosé dans lequel les hommes de chaque société s’étaient promis une guerre sans merci. Prêts à jouer des coudes, distribuer les baffes, faire chialer son prochain comme une madeleine, sans ménager les chèvres et les choux de Bruxelles. Terrasser le concurrent direct à la place de petit « Nobel » qui aura la faveur du patron qui, lui, ne connaît que le numéro qu’il porte sur son dossier à la DRH.

Recueil Les Pays Imaginaires, Épisode 3

Ecrit par Ahlem B. , le Samedi, 20 Juin 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Le gai pinceau - Les Pays Imaginaires

 

Bansky

Il était une fois, dans un lointain lointain royaume, une blanche blanche ville.

Blanche ? Ah bah ! il y avait longtemps qu’elle ne l’était plus vraiment : il y avait maintenant tant de maisons et de monde et de bruits, que tout paraissait étroit, comme si la ville se resserrait à mesure qu’elle grandissait. Ses murs étaient étriqués, mal bâtis, ses bâtiments s’empilaient, gris et enfumés, et les maisons, laides, étaient plantées au milieu de tas d’ordures et de détritus.

Les habitants vivaient à l’étroit, on les voyait errer dans la grisaille, de plus en plus sales, coléreux ou taciturnes : ils avaient fini par se traiter avec le même mépris que leur ville.

C’était dans cette contrée morose que se déroula l’aventure que je vais vous conter.

Recueil Les Pays Imaginaires, Épisode 2

Ecrit par Ahlem B. , le Mardi, 09 Juin 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Le Magicien d’Ô - Les Pays Imaginaires

 

Il était une fois, dans un lointain lointain royaume, un vieux vieux métier, qui se transmettait de père en fils : le métier de Guerrab*.

Ah, le Guerrab ! Quelle fière mine il avait ! Toujours un large chapeau multicolore sur la tête et vêtu d’une longue tunique rouge tombant jusqu’aux genoux, l’homme superbement apprêté parcourait les douars, traversait les villages, arpentait les villes, à pied et dans une cadence entraînante : Ding Ding les cuivres percutaient, Ting Ting les tasses tintaient, Drin Drin la cloche sonnait, El Maâ Lillah, W’lli Ata chi, Fi sabil Allah, la voix claironnait.

À son passage, les passants assoiffés criaient « Ya Guerrab ! » et l’homme s’arrêtait, détachait de sa ceinture l’outre en peau de chèvre, puis l’air cérémonieux, il versait l’eau précieuse et parfumée dans une tasse en cuivre. Une fois désaltérés, ils le remerciaient avec un sourire reconnaissant et lui tendaient quelques piécettes. Quant aux enfants, lorsqu’ils le voyaient défiler ainsi paré, ils le regardaient passer comme un rêve. Et alors l’homme reprenait sa marche sous le soleil de plomb, le pas lascif et la mine paisible.