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Nouvelles

La vieille dame et le danseur, par Marie Larrey

Ecrit par Larrey Marie , le Lundi, 15 Octobre 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

De beaux yeux, malgré l’âge. Des yeux bleus, profonds qui regardent au bord de s’étonner, qui découvrent, qui pensent. Ses yeux seront au cœur de la scène, les scènes. Il y en aura plusieurs. Pièce de théâtre en un acte, elle passe à la télévision. Mais ce n’est pas les caméras qui l’intéressent, pas plus elle que les autres d’ailleurs ; s’il y a eu surprise elle est passée très vite. La télévision pour eux ce n’est rien, ils ne la regardent plus, une fenêtre sur du vide.

Ils sont pour la plupart en fauteuil roulant. Elle, elle marche en s’appuyant sur une canne. Certains sont recroquevillés, enroulés, tordus, la tête sur la poitrine ou sur l’épaule ; les jambes crispées repliées, remontées, soudées ou dispersées, de droite, de gauche ; les vieilles mains ne s’ouvrent plus. Elle, elle se tient droite autant qu’elle peut, fine, frêle dans sa robe trop large. Elle serait un peu tordue aussi parfois, mais elle se déplie vite, les jambes minces et fragiles bougent, elle a encore de la souplesse. Une souplesse intérieure.

Lorgnons (des), par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Jeudi, 04 Octobre 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Si l’une des façons de lire suppose la définition du roman comme quête d’authenticité de divers personnages, une autre présuppose le lecteur s’accaparant de ces récits, pour les faisant siens s’octroyer diverses possibilités d’embrayage, de rebondissements… Attablé dans l’arrière-salle d’un bistrot, y réfléchissant s’il lui serait bénéfique d’analyser la faune circulant dans ses travées – notre humanité y offre une multitude de sujets, leur recensement déjà établi par des écrivains de renom –, ce romancier se félicitait d’avoir répondu à l’invitation d’un ami cabaretier qui, l’ayant trouvé dépressif, donc en panne d’inspiration, l’avait incité à se ressourcer dans son établissement… « Tu verras, une véritable auberge espagnole, un microcosme, une caisse de résonance de nos complexions et caractères. Tu trouveras divers matériaux à ta disposition. Il s’agit d’observer sans être voyeur, d’être curieux sans être indiscret, étant donné qu’ici, les rapports humains jamais ne s’organisent selon les normes requises à l’extérieur ! ». Ayant sous ses yeux l’enfilade des salles et le zinc, il se sentit capable de pratiquer une électrolyse des sentiments de ses semblables sous l’aspect du simulacre y délivrant leurs philosophies de comptoir ; au demeurant non dénuées de sagesse, de pragmatisme… Faisant suite un examen attentif, au scalpel disséquerait les passions, les attachements, les inclinations des habitués, ceci jusqu’à l’arrivée d’extravagantes vieilles, qui le faisant passer du rôle d’observateur à celui d’observé, le déstabiliseraient, tant il est rare que nous voyions autrui dans le même miroir que nous-mêmes…

Pauline Dubuisson, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Vendredi, 28 Septembre 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« Seuls les livres me permettaient de respirer à nouveau normalement, et je me suis jetée dans la lecture pour m’échapper de cette obscurité qui me compressait le cœur jusqu’à l’âme »,

Pauline Dubuisson

 

Dire qu’il y a des livres à lire… dire qu’il reste des livres à écrire : c’est une promesse d’avenir. Quand je suis entré dans l’Armée, j’avais juré de ne plus lire et de faire corps avec le monde viril des hommes, des armes. Effectivement, pendant trois ans et demi, je ne lis plus – hormis les titres du Figaro et les reportages de Col Bleu.

Dire aussi qu’il y a des livres qui ne sont pas à lire et d’autres, à jamais non-écrits… Dire aussi qu’il y a une industrie du livre comme il y a une industrie de l’armement et une industrie du film grivois.

Le Pacte, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Lundi, 03 Septembre 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

… « Mais mon cher ami, il me semble reconnaître cette œuvre, n’est-ce pas, son, son “train d’artillerie” ? Une pièce de canon tirée par quatre boulonnais ou percherons, actuellement accrochée à la Neue Pinatkothek de Munich ? Ça t’en bouche un coin, non ? Tu étais loin de te douter qu’un esprit dit mauvais, puisse prétendre sur le champ culturel en remontrer à quiconque se prétend artiste ? D’autre part, permets-moi de m’interroger, comment puisses-tu demeurer fidèle à cette vocation derrière laquelle tu te retranches, restant à savoir si réellement tu maîtrises ce destin que tu t’appropries, car ça sent le faussaire, pour ne pas dire le plagiaire et cela me désole, moi qui te croyais un insigne, digne créateur ! »…

Le dactylographe, le courrier et les Voyages, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 30 Août 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« Pourquoi gémir, ô mon âme ? », extrait du Psaume 42… Pourquoi écrire mes plaintes, mes ressentiments, mes regrets ? Alors, aujourd’hui, cela semble se calmer… Le voyage vers La Réunion et ma chère sœur – mon âme sœur –, accompagné par maman, m’attend et m’apaise.

Ecrire est un dérivatif aux voyages, aux rencontres humaines. Et le grand voyage, celui annoncé par le facteur par « Nos condoléances », est inscrit dans mon stylet, dans cette page.

J’ai posé une goutte de café sur une feuille blanche : elle imprime sur les deux faces de la feuille son auréole brun-marron. L’écriture à lire dans les deux faces : recto et verso ?

Le droit et l’avers, pas sur la tranche. L’écriture est « imminemment » plane et physique. Longtemps, j’ai cherché et trouvé dans la polysémie du droit des raisons d’exister.

Ce jour, je réalise, je rends compte qu’il y a l’avers des choses… la face cachée de la Lune, le côté obscur de la force, la dépression et le Grand Mal. Ce n’est pas trop tôt ! A quarante-huit ans !