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Nouvelles

Statue (partie 3)

Ecrit par Noémie Aulombard , le Vendredi, 12 Septembre 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

-IV-


Un brin de soleil tombe sur ma peau froide et immobile. Je le sens réchauffer toute ma chair de pierre. C’est une sensation agréable et reposante. Cette nuit, je n’ai pas dormi. Le sommeil d’une statue est parfois douloureux ; mes membres souffrent du silence qui leur est imposé. L’écho de mes pensées m’apaise, se dressant face à ce silence, qui me taraude de toutes parts.

Il est tôt le matin, et pourtant, je reçois de la visite. Un homme, jeune d’une vingtaine d’années, s’avance vers moi, parcourt du regard le chemin sinueux de ma chair et plonge ses yeux dans les miens, inspectant chaque parcelle de mon âme et de mon corps. Face à lui, je le vois et tout son être m’appartient. Mutuellement, nous nous emparons de nos images. Un dialogue muet s’installe alors entre lui et moi. Dans le miroir de nos regards, des reflets s’affichent et nous nous saisissons.

La Bienvenue

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 10 Septembre 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

J’avance dans la rue principale, au sol de terre ocre jaune séché par le soleil, limitée de part et d’autre par de vieilles maisons de bois d’égale hauteur. Le ciel est bleu, bleu ! J’ai l’impression de me regarder dans les yeux. N’étaient les inscriptions en français, on se croirait au Far-West. J’arrive devant le café, qui fait également teinturerie, à la façade écrasée par le soleil, dont l’auvent de toile installé à l’entrée plonge la salle dans la pénombre. À douze heures, il est encore trop tôt. Le café est désert. Je suis pris par la fraîcheur, dispensée par le ventilateur de plafond et peut-être par un climatiseur caché, qui me met immédiatement en sueur. Je m’essuie le front machinalement, avec le jean que je porte sur mon bras droit replié. L’odeur de tabac froid trouble mes narines. Dans le fond, est aménagé une sorte d’échoppe, d’annexe, qui tient lieu de teinturerie. Je remets le jean à la patronne, blonde d’une quarantaine d’années, au visage gonflé par l’alcool et l’insomnie, mais à l’œil goguenard. Ici, on paie d’avance. J’imagine que lorsqu’elle n’y trouve pas son compte, sa face doit se transformer en vision de cauchemar. Je dois repasser dans deux semaines, après le repassage.

Statue (partie 2)

Ecrit par Noémie Aulombard , le Samedi, 06 Septembre 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

-III-


J’aime l’odeur des orages d’été. Cette odeur fraîche et calme, plate et légère, qui arrive après une grande chaleur étouffante et apporte espoir et énergie après une longue journée d’enfermement et de suffocation, où l’on sent l’impression macabre de l’éternité.

Un peu lasse, dans mon immobilité de pierre, je fixe un point à l’horizon. Mes yeux ne clignent pas. Je tente de comprendre ce que peut ressentir un mort. Parfois, l’espace d’un instant, j’y parviens, mais c’est une impression fugace, que je ne peux saisir au vol, comme ces pensées fugitives et impalpables qui traversent en une seconde l’esprit et disparaissent aussitôt, ne laissant aucune trace que cette petite ornière, que l’oubli s’attache à combler sans tarder.

Soudain, je vois un jeune homme. Il doit avoir dans les dix-huit ans, vingt ans tout au plus. Il me regarde ; mon image lui appartient désormais. Il s’empare de moi. Mais dans le miroir de son regard et de son apparence, je me vois et me reconquiers. Je suis un autre malgré moi.

L’Assise

Ecrit par Clément G. Second , le Mercredi, 27 Août 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

Sa réputation de femme positive et même entreprenante n’était plus à faire. On vantait son opiniâtreté quotidienne jusqu’à se reposer sur elle par ce lâche alibi auquel se ramènent souvent les louanges, et personne ne s’étonnait d’inférer ou d’apprendre que de nouveau elle se levait bien avant le réveil des autres et se retirait très tard après l’extinction des voix et des menus bruits de l’avant-nuit.

Pourtant, si considérée et même implicitement remerciée qu’elle se sût, sa conscience intime lui rappelait, avec un effet de satisfaction presque amer, que cette reconnaissance resterait à la surface de celle qu’elle n’avait jamais cessé d’être.

Statue (1ère partie)

Ecrit par Noémie Aulombard , le Mardi, 26 Août 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Mais si l’on a manqué sa vie

On songe avec un peu d’envie

A tous ces bonheurs entrevus

Aux baisers qu’on n’osa pas prendre

Aux cœurs qui doivent vous attendre

Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude

Tout en peuplant sa solitude

Des fantômes du souvenir

On pleure les lèvres absentes

De toutes ces belles passantes

Que l’on n’a pas su retenir


Antoine Pol, Les passantes