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Nouvelles

MTS (Nouvelle)

Ecrit par Jacques Girard , le Samedi, 21 Juin 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

La plaie d’une blessure en sait des choses, Henri Michaux

 

Son mari la trompe. Aux accusations répétées, le jongleur des mots (Victor Hugo) s’amuse, plaisante.

– C’est vrai. Avec ma prof préférée, une certaine Béatrice. Une femme superbe, avec une tache de beauté sur son ventre fantastique. Tu sais, elle a des jambes à la Julia Roberts, une poitrine…

Béatrice coupe là sa sempiternelle tirade qui exploite les mêmes attributs.

– Ne tombe pas dans la comédie romantique, mon Don Juan, je t’ai dans la peau, ne l’oublie pas. On ne badine pas avec l’amour, soupirait Musset.

– Oui, ma belle Béa d’amour. Je suis ton Lorenzaccio, tu le sais.

Pour le thé

Ecrit par Marcel Alalof , le Vendredi, 06 Juin 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Au fur et à mesure que le temps passe, on se fait une raison. Ce qui ne devait jamais être oublié ne l’est pas certes, mais finit au bout par revêtir son identité de passé.

« Les mimosas de la théière sont un vivant reflet de la camisole de l’oubli ! »

Cette phrase, au premier sens, n’en avait aucun, je le savais. Et pourtant, parce que je voulais ce jour-là que tout ait un sens, ou parce que je voulais passer le temps, peut-être ces deux raisons n’en forment-elles qu’une seule, je décidai de lui donner une signification telle qu’il suffirait que, de nouveau je la prononce, pour qu’une succession d’images ordonnées, un film, passent dans mon esprit et provoquent en lui, non seulement une impression de déjà-ouï mais aussi, surtout, évoquent une période marquante de vie.

La pièce était vaste, de forme rectangulaire. Deux larges fenêtres trouaient l’un des murs tout de chaux blanchi et, par ses ouvertures, une lumière, jaune et vive, pénétrait pareille au rayon d’un projecteur pour venir éclairer la table de bois verni devant laquelle j’étais assis. Je n’osai y croire ! Line m’avait invité à prendre le thé chez elle.

Ecrire, c’est tuant !

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 05 Juin 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ecrire. Comme des milliers d’autres, ils en rêvent. Ecrire et pouvoir ne faire que ça. Pouvoir répondre à la question du pourquoi on écrit par cette réponse lapidaire de Beckett, « bon qu’à ça ». Ecrire. Oui mais quoi ? Et à quoi bon ? Des milliers de livres publiés chaque année. Et pour un publié, combien de recalés, de refusés… Et dans ceux qui arrivent dans les librairies, combien oubliés, inaperçus qui partent au pilon avant peu ?

Certains tentent aujourd’hui leur chance sur internet. Leur chance ! Pour mettre leurs phrases et leurs lignes en ligne, c’est d’une facilité ! Et puis… Et puis rien.

Rien parce qu’au delà de la pulsion il y a la chute. Parce qu’au delà du mirage il y a le sable, jusqu’au bout des horizons les plus improbables.

Les souliers de André Gandhi

Ecrit par Jacques Girard , le Mardi, 20 Mai 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Sous une table adjacente à mon bureau de travail, là où respirent mes chaussures d’ouvrage, se trouve une paire de souliers en toile légère, toute poussiéreuse. Ces loafers y font le pied de grue depuis plusieurs années.

Ce sont les souliers à Gandhi. Je donnai ce surnom à un professeur de français, André G., qui vint remplacer ma collègue. Sa ressemblance avec le grand homme hindou frappait – surtout en cette année 1982 – marquée par le succès du film sur la vie de cette « grande âme ». Ce remplaçant aurait pu se substituer à l’acteur principal, Ben Kingsley, sans maquillage.

Même visage, même teint foncé, même petite moustache, même crâne dégarni, même bouche charnue, même petites lunettes françaises. Aussi chétif que l’original. Ses manières étaient très délicates. Je l’aurais facilement imaginé vêtu d’un kadi, le costume traditionnel de toile légère blanche dont Gandhi avait recommandé le port dans la lutte pour l’autonomie de son pays. L’enseignant ne portait que des vêtements légers d’été, conséquence d’une haine viscérale de l’hiver. Il l’exorcisait en s’habillant de chemises en soie aux couleurs vives, très échancrées sur une poitrine brune et velue. Les pantalons étaient en tissus légers et de couleurs claires. Les chaussures se mariaient avec cette garde-robe. De l’entendre traîner de petites sandales d’ascète ne m’aurait pas surpris outre mesure. On aurait dit Gandhi réincarné dans un Club Med.

Aicha au bois dormant

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Samedi, 10 Mai 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Quand j’étais élève au lycée, j’étais follement amoureuse de Hocine. Nous nous aimions l’un l’autre d’un amour platonique, transcendental. Et quand j’étais en terminale, notre amour était à son apogée. Tous mes collègues, garçons et filles, avaient peur de l’examen décisif du bac, hormis ceux et celles qui, comme moi, baignaient dans l’amour. Ce dernier ne laissait aucun sentiment perturbateur s’insinuer dans ma vie.

Je réussis facilement l’examen du bac et j’étais quelques mois après à la faculté des sciences humaines à Oran où j’étais orientée. Hocine, mon amoureux, était là aussi : il eut son bac la même année que moi, mais il choisit de suivre des études en médecine. Nous nous rencontrions presque tous les jours. Les weekends étaient aussi merveilleux que les autres jours : nous nous promenions dans la ville, et surtout au bord de la mer. Tout comme au lycée, j’étais une étudiante brillante ; conscients de ma gentillesse et de mon charisme, mes enseignants m’encourageaient davantage, me prêtant même leurs livres.