Identification

Nouvelles

L’Assise

Ecrit par Clément G. Second , le Mercredi, 27 Août 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

Sa réputation de femme positive et même entreprenante n’était plus à faire. On vantait son opiniâtreté quotidienne jusqu’à se reposer sur elle par ce lâche alibi auquel se ramènent souvent les louanges, et personne ne s’étonnait d’inférer ou d’apprendre que de nouveau elle se levait bien avant le réveil des autres et se retirait très tard après l’extinction des voix et des menus bruits de l’avant-nuit.

Pourtant, si considérée et même implicitement remerciée qu’elle se sût, sa conscience intime lui rappelait, avec un effet de satisfaction presque amer, que cette reconnaissance resterait à la surface de celle qu’elle n’avait jamais cessé d’être.

Statue (1ère partie)

Ecrit par Noémie Aulombard , le Mardi, 26 Août 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Mais si l’on a manqué sa vie

On songe avec un peu d’envie

A tous ces bonheurs entrevus

Aux baisers qu’on n’osa pas prendre

Aux cœurs qui doivent vous attendre

Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude

Tout en peuplant sa solitude

Des fantômes du souvenir

On pleure les lèvres absentes

De toutes ces belles passantes

Que l’on n’a pas su retenir


Antoine Pol, Les passantes

Deux nouvelles en une : Saisons à l’avenue de Saint-Ouen

Ecrit par Mbarek Housni , le Samedi, 23 Août 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

Il y avait un air de saison hivernale en ce mois d’aout.

La matinée était pluvieuse et froide, et je n’avais pas de parapluie en sortant de l’hôtel Etap1. Je ne croyais pas en avoir besoin, ce qui ne me dérangeait en aucune façon. Au contraire, pour moi, la journée paraissait merveilleuse et belle ! J’étais heureux comme un papillon voletant gracieusement de fleur en fleur. J’ai longé l’avenue de Saint-Ouen, enchanté par cette pluie et emporté par cette joie. Je saluais les façades des vieux immeubles, les fenêtres aux rideaux blancs froufroutant qui couvaient le secret, les pots de fleurs qu’on arrosait en silence. J’admirais les vieilles portes aux poignées en cuivre ancien, ces témoins des siècles révolus qui ont confectionné les vies de ses habitants. J’avais l’impression de danser et me demandais si j’étais réellement dans ce quartier, vraiment dans le 18ème arrondissement.

MTS (Nouvelle)

Ecrit par Jacques Girard , le Samedi, 21 Juin 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

La plaie d’une blessure en sait des choses, Henri Michaux

 

Son mari la trompe. Aux accusations répétées, le jongleur des mots (Victor Hugo) s’amuse, plaisante.

– C’est vrai. Avec ma prof préférée, une certaine Béatrice. Une femme superbe, avec une tache de beauté sur son ventre fantastique. Tu sais, elle a des jambes à la Julia Roberts, une poitrine…

Béatrice coupe là sa sempiternelle tirade qui exploite les mêmes attributs.

– Ne tombe pas dans la comédie romantique, mon Don Juan, je t’ai dans la peau, ne l’oublie pas. On ne badine pas avec l’amour, soupirait Musset.

– Oui, ma belle Béa d’amour. Je suis ton Lorenzaccio, tu le sais.

Pour le thé

Ecrit par Marcel Alalof , le Vendredi, 06 Juin 2014. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Au fur et à mesure que le temps passe, on se fait une raison. Ce qui ne devait jamais être oublié ne l’est pas certes, mais finit au bout par revêtir son identité de passé.

« Les mimosas de la théière sont un vivant reflet de la camisole de l’oubli ! »

Cette phrase, au premier sens, n’en avait aucun, je le savais. Et pourtant, parce que je voulais ce jour-là que tout ait un sens, ou parce que je voulais passer le temps, peut-être ces deux raisons n’en forment-elles qu’une seule, je décidai de lui donner une signification telle qu’il suffirait que, de nouveau je la prononce, pour qu’une succession d’images ordonnées, un film, passent dans mon esprit et provoquent en lui, non seulement une impression de déjà-ouï mais aussi, surtout, évoquent une période marquante de vie.

La pièce était vaste, de forme rectangulaire. Deux larges fenêtres trouaient l’un des murs tout de chaux blanchi et, par ses ouvertures, une lumière, jaune et vive, pénétrait pareille au rayon d’un projecteur pour venir éclairer la table de bois verni devant laquelle j’étais assis. Je n’osai y croire ! Line m’avait invité à prendre le thé chez elle.