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Nouvelles

La burqa m’a tuer

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

Je souffrais d’un trouble qui s’appelait VISA. Ni la religion, ni la science, ne pouvaient y remédier. Sans travail et sans amour, je passais mon temps dans les cafés, à jouer au domino avec les vieux, à adosser mon dos contre les murs humides. Dans la rue, je trébuchais à cause de la fatigue de la masturbation, le seul don que j’avais. Pour quitter mes vêtements et ma terre, je fumais des joints de haschich offerts par mes amis et commençais à tracer dans ma tête une nouvelle carte géographique du monde. Nombreux étaient les gens qui jouaient le même personnage que moi. Ils se multipliaient au fur et à mesure et le théâtre ne suffit plus. De temps en temps, un personnage tombait de l’estrade dans le sol de la folie. Sur les nuages du haschich, je rêvais d’être un animal pouvant faire l’amour quand bon lui semblait, un oiseau capable de sillonner les continents sans perdre son plumage ; je rêvais d’un séisme qui nous collerait, de par sa force, à la France, où à un autre pays marchant de gauche à droite.

Les périphrases magiques

Ecrit par Jacques Girard , le Jeudi, 19 Février 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« On n’échappe pas à son enfance », Pierre O. Gagnon, La mort de mes vingt ans

La grippe rage. On parle de fermer les écoles. Dans l’établissement scolaire où nous nous retrouvons, les locaux sont à moitié vides. Les rangées sont décimées.

Dans une classe de troisième année, les écoliers attendent.

Leur enseignante s’en vient avec des papiers-mouchoirs.

Entre temps, on jase de cette fameuse grippe. Impossible d’y échapper à moins de pouvoir compter sur un médicament miracle qui combat toux, éternuements, fièvre, maux de gorge.

– Ma mère me donne des pastilles jaunes, c’est super, prétend un petit rouquin.

– Chez nous, les pastilles sont rouges, renchérit sa voisine qui sourit des lèvres, gênée par sa dentition en brèche.

La part ductile de l’être

Ecrit par Jean-Claude Goiri , le Vendredi, 13 Février 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ce n’est pas demain la veille que je me donnerai la mort !

Parce qu’il faut voir comment ça vit ici !

Il y en a des pages et des pages, de la vie : plus vous les tournerez, plus il y en aura. Et si vous tournez dans le bon sens, vous pourrez même y comprendre quelque chose. Comprendre, par exemple, comment ça déborde quand on pense trop fort. Quand on est debout, ça déborde par la bouche. Et ça déborde par les mains quand on est assis. Ça laisse même des traces. Au bout d’un moment, il y en a même partout, des traces. Certains s’acharnent même à les effacer. Mais rassurez-vous, ils font le ménage par pure faiblesse. Ceux-là, ils lavent même leurs rideaux. Moi, je n’ai pas de rideaux. Ainsi, tout le monde me voit. Vous savez comme moi la difficulté d’avoir une marche naturelle quand on sait que tout le monde nous regarde.

Il, Elle

Ecrit par Catherine Cipolat , le Mardi, 10 Février 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Il l’avait toujours trahie avec joie. Ou mieux avec une certaine distraction, l’oubliant presque complètement quand il attrapait par derrière l’ouvrière, la secrétaire, la femme de ménage du moment, penchée sur le bureau de la direction. Il retroussait les jupes ou descendait le pantalon et les slips en murmurant : « Putain, baisse-toi ! ». Il gardait les yeux ouverts parce que ça l’excitait de ne pas les voir en face, ça l’excitait ce mouvement perpendiculaire de la bite par rapport au soulèvement du cul. Il s’accrochait aux hanches, il plantait les ongles dans le gras, s’y enfonçait en pliant le cou en arrière quand l’orgasme le secouait. La vraie joie venait après.

Il fermait la porte du bureau et saluait le gardien de nuit qui répondait en touchant du doigt sa casquette avec un coup d’œil complice. Avant de monter en voiture, il jetait un dernier regard à l’usine qui brillait dans l’obscurité. Il démarrait en souriant, il frottait ses mains sur ses cuisses pour sentir la tension des muscles ainsi que la satisfaction d’être un de ceux auxquels les femmes ne refusaient rien.

Maudite soit ma mère

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 03 Février 2015. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

Je suis entré en Espagne le jour de la chute du mur de Berlin. C’était le jour où le mur existentiel s’était écroulé en moi aussi. J’avais toujours rêvé de mettre les pieds en Espagne : j’en avais fait un mythe. Chaque soir j’allais m’asseoir face à la Méditerranée. Je me posais cette question : comment quelques kilomètres d’eau douce et calme pouvaient séparer deux vies, deux états d’âme, contradictoires ? Face à l’étendue bleue pleine de richesses, je m’approchais de l’eau comme un néo-Narcisse. Elle reflétait mes tristesses enfouies, ma vanité, et l’hypocrisie des miens qui ont transformé la terre en caserne et l’islam en masque. Je fumais des joints de haschich l’un après l’autre. Et comme si je possédais la lampe d’Aladin, je me voyais léger, blond, heureux sur la terre espagnole ; un bavard dans un monde calme. Avec le temps, la mer avait marre d’intérioriser ma catharsis et commença à refléter sa mélancolie dans mes yeux couleur d’angoisse.