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Nouvelles

Heureuse celle qui pleure l’amant perdu, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 21 Septembre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Alors qu’elle avance lentement dans les ruelles étroites et enchevêtrées à peine animées de la haute Casbah, une voix masculine sur fond de musique douce et lente s’échappe d’une demeure construite sur le point culminant de ce lieu qui, malgré son état de délabrement, ne se lasse pas de charmer et d’enchanter les âmes fuyantes. A l’heure du crépuscule maudit.

Soudain, elle a la vague impression d’entendre des chuchotements. Là… Derrière elle. Non… Non… Juste là… Devant son visage ébahi. Dans le creux de ses oreilles qui bourdonnent de peur. Des Bouts de récits. Des fragments de révélations à peine audibles. Susurrés… Vécus sur le chemin de jadis. Peuplé de secrets engloutis par les terres du couchant.

Là… Là… Sur les murs de cette grande maison ancestrale hantée par la malédiction. Oui ! Oui ! Sur la façade lézardée de cette  demeure qui abrite des êtres fatigués de vivre une existence en proie au désordre et à la déperdition. Et tout à coup, sur son corps assiégé par l’étonnement, une foultitude de mots. Qui tournent le dos à l’échec de cette tentative désespérée de donner un sens à cette vie en éclats. Des mots… des mots… des mots… Oui. Oui. Des mots. Ô malheur ! Les voilà qu’ils parlent une langue désarticulée. Son sens échappe à sa compréhension.

Apocalypse time, par Malgorzata Kobialka

Ecrit par Malgorzata Kobialka , le Vendredi, 09 Septembre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« – Ecoute, me dit la Vieille, ce n’est pas possible, tu ne peux pas vivre de deux côtés à la fois, du côté du rêve et du côté de la réalité, cela provoque des hallucinations, tu es comme un somnambule qui traverse le pays les bras tendus et tout ce que tu touches commence à faire partie de ton rêve… »

Obscure, sobre, orageux, dernier dimanche de juillet. Je suis en train de lire Requiem d’Antonio Tabucchi, un récit ou plutôt une hallucination à douze heures, 180 degrés du cadran à douze portes. Il ne s’agit pas d’un requiem pompeux mais d’un requiem sorti dans la rue, chantonné en accompagnement d’un petit harmonica, ou bien, d’un orgue de barbarie. Le récit se déroule… le dernier dimanche de juillet à Lisbonne…

L’après-midi, Jo et moi, nous flânons dans un Paris sobre et ténébreux, quelques musiciens à Paris-Plage « violonent » quelques misérables chansonnettes. Nous nous dirigeons vers un petit bar improvisé sur une plage artificielle en plein cœur de la ville aujourd’hui à moitié vide. Les gens se promènent d’un pas légèrement hésitant comme s’ils voulaient convaincre eux-mêmes que c’est vraiment l’été, et que le petit café de la « plage » déserte n’est pas tellement abandonné, que cet été n’est pas différent de tous les autres étés pétillants et ensoleillés. La serveuse arrive avec les bières : « Vous n’avez pas froid ? » demande-t-elle. « Si, mais quoi faire, je crains bien que l’on ne puisse pas vous demander de mettre le chauffage ».

Crossroads, Chapitre cinquième, par Benjamin Hoffmann

Ecrit par Benjamin Hoffmann , le Mercredi, 31 Août 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

VOTEZ pour choisir la direction narrative du prochain épisode !

 

Julien, Français installé à Tokyo, a de plus en plus de difficultés à distinguer la réalité de la réalité virtuelle. Inspiré par Jacques le Fataliste et Person of Interest, par l’affaire Snowden et The Social Network, ce roman en cours d’écriture attend votre participation : avec Crossroads, le récit prend la direction que vous lui donnez.

 

Où l’on revient au commencement parce qu’on va s’y perdre à la fin

De la structure, lecteur, de la structure avant toute chose. C’est qu’il faut organiser le récit, se recentrer sur ses enjeux principaux et son personnage central ou bien, à force de digressions, de perspectives ouvertes et jamais parcourues jusqu’à leur terme, ce roman va perdre tous ses repères aussi bien que la vie elle-même et la vie, hélàs, nous ne savons que trop ce que c’est : c’est de la littérature sans finalité. « Mais vous écriviez la fois dernière que le roman a pour mission de, je cite, “tisser toujours davantage son réseau exponentiel de destins”. Il faudrait savoir ce que vous voulez ! ».

Le secret de Jeanne, par Francis Denis

Ecrit par Francis Denis , le Vendredi, 26 Août 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

L’air est chaud.

Il pleut des cordes. Il tombe des hallebardes. Il pleut assaut, à seaux, ou encore à sots…

Par un temps pareil, il n’y a que les sots pour oser pointer le bout de leur nez dehors.

Il paraît que les escargots aiment ça.

Après la pluie ; l’invasion…

Toute une armada de coquilles lentes et curieuses, dressant leurs antennes vers l’inaccessible manne nuageuse qui vient d’irriguer à outrance leur chemin de terre, au risque d’en noyer plus d’un !

Le jardin se remet peu à peu du bouleversement.

Il y a des odeurs fugaces et d’autres plus tenaces, des cris d’insectes encore suspendus aux cathédrales épeires.

Au-delà des apparences, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mardi, 23 Août 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

J’ai rendez-vous avec une jeune femme que je ne connais pas. Elle arrivera, en principe, vers 6:00 du soir. Il est presque l’heure.

Je commence à mettre un peu d’ordre dans le bureau. Je range les Kleenex qui trônent au milieu du meuble, fais disparaître la tasse de café vide, écarte toute trace de ce qui pourrait paraître saugrenu, car il s’agit d’une réunion de travail. Je ne repeins pas les murs, mais j’aimerais bien.

Le réveil sonne. Il est 18:00. Au même moment, le carillon de la porte annonce une visite. Je me lève pour aller ouvrir. Mais, la porte n’était pas fermée.

Entre, non pas une femme, mais la femme, le zéro défaut, ou peu s’en faut. En tout cas je n’en vois pas. Au-delà des traits réguliers, de la stature, émane d’elle une incroyable chaleur. Elle n’est pourtant pas en représentation, mais en retrait, réservée. Je la fais entrer dans mon bureau où la discussion s’instaure.