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Nouvelles

Ce jour où il vola mon innocence, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Lundi, 26 Mars 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ce matin. Sang de mes menstrues mélangé au sang de mon hymen déchiré. A l’aube. Déchiqueté. Pendant que tout le monde dormait. Défloration ! J’ai crié. Au viol ! J’ai hurlé.

Le deuxième crime de la saison venait d’être commis. Sur mon corps, à l’aube. Entre obscurité et lumière. J’ai pleuré. Rapt !

Il m’a surprise dans mon lit. Il est venu dans ma chambre à pas de loup. J’ai crié, mais aucun son n’est sorti de ma bouche. Il se jeta sur moi, bâillonna ma bouche et banda mes yeux. J’ai appelé au secours mais mes mots se sont tus. Je ne l’ai pas vu car son visage était noir. Je ne l’ai pas reconnu car à la place de son visage, il y avait un sexe, long, rouge, dur qui saignait ; du sang blanc. Bizarre ! Le sang des hommes n’a-t-il pas la même couleur que celui des femmes ?

A little bit more, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 21 Mars 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Le train entre en gare de Clermont-Ferrand, son terminus. Il ouvre les yeux, ne sait pas d’abord où il est. Il voit le compartiment désert, son livre tombé à ses pieds. Il réalise qu’il s’était assoupi. Il sent son visage, son cou, ses épaules, détendus, comme après une séance de yoga ou de relaxation. Il empoigne son cartable de cuir marron qui l’accompagne depuis les premières heures de l’Université, un cadeau de son oncle, lorsqu’il avait réussi en candidat libre son baccalauréat que la famille n’attendait plus. Il traverse le couloir, dans le sens le plus proche de la sortie de la Gare. Au moment où il arrive vers la porte, il devine une personne devant lui, qui a quelque peine à descendre sa valise sur le quai, bloquée à l’entrée par le volume de celle-ci. Il lui propose son aide, sans même la regarder. Ou plutôt si, il la regarde au moment où il termine sa phrase. Il voit une jeune femme brune aux cheveux courts, petit nez, yeux clairs, encore joufflue, qui lui sourit avec timidité. Il a tout de suite envie d’elle. Il lui propose de porter sa valise jusqu’à la station de taxis, entame la conversation. Elle a vingt-deux ans, est stagiaire dans un club de vacances, rentre passer quelques jours chez ses parents. Il lui dit qu’il vient pour une expertise judiciaire. Il est descendu à l’hôtel de la Gare, sur la place de la Poste, qu’il aime beaucoup pour son calme et son excellente table.

La vie est un vaste jardin de roses, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 13 Mars 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

– Hé Ô, faut pas avoir peur ! souffla-t-elle dans le creux de mes oreilles pendant que je dormais à poings fermés, après une journée de dur labeur.

L’aube des jours heureux fait son entrée dans la légende primitive. Pendant ce temps, je m’agrippe au sommeil qui m’entraîne jusqu’aux confins de mes origines lointaines. Je dors profondément !

Le tumulte des mots susurrés par la quiétude aurorale qui tremble de tendresse, à l’aube de la brume fuyante, a cessé, tandis que la vie continue à moissonner la terre belle et généreuse.

Là-bas, loin de nos aveuglements, des êtres de chair, des hommes, des femmes et des enfants, esseulés, les corps enveloppés dans le coffin de l’au-delà, offrent leur âme en libation. Au seuil de l’éternité or-rougeoyante, une salve de rires déchire la terre d’un mouvement hystérique. Etonnement rédempteur !

Elle, par Nasser

Ecrit par Nasser , le Mardi, 06 Mars 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Elle est belle mais tout le monde la veut riche et, pourquoi pas, idéale. On la qualifie d’unique, d’imprévisible et d’étonnante, même. Elle fuit au moment où on pensait l’avoir apprivoisée. Quand on la croit proche et intime, quand on pense la comprendre, voilà qu’elle nous fait des caprices. Et peut aussi nous faire souffrir. Puis, à l’improviste, elle se la ramène avec les plus belles surprises et nous fait entrevoir les plus belles promesses. C’est un mystère, un plaisir, un rêve, une ivresse, un roman, une joie, un bonheur, une passion. Douce ou dure, tranquille ou perturbée, nonchalante ou surprenante, généreuse ou ingrate, comment (et comment ne pas) l’aimer ?

Et, malgré ça, certains la trouvent insupportable car elle leur a fait du mal et causé du chagrin. D’autres lui attribuent une incompréhensible injustice, car elle les a(urait) rendus malheureux. Ils savaient bien pourtant qu’ils n’en seraient jamais sortis vivants. En fait, la meilleure manière d’être déçu est sans doute d’attendre quelque chose d’elle. Les plus malins et les opportunistes, qui l’ont vite compris, ont su la courtiser. Ils en ont bien usé et abusé, à outrance, pour ainsi dire, jusqu’au dernier souffle.

Sensuelle, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Jeudi, 08 Février 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

J’avance à pas rapides, dans le hall de ce centre commercial immense, pareil à celui d’un aéroport ultra-moderne, de structure toute métallique.

J’emprunte l’un des escaliers roulants descendant. Une personne, une femme, est à sept ou huit marches devant moi. Je me positionne sur la gauche pour la doubler, me rapprochant petit à petit. Elle se tient à la rampe, lascive. Elle a tout son temps, en fait elle est disponible. Je ressens cette détente qui émane d’elle avant même de l’avoir observée. Je suis près d’elle, à deux marches derrière et la contemple de demi-profil. Je vois ses cheveux châtains noués en un chignon léger sur un port de reine. Je devine ces formes de profil sous son pull de coton marron tricoté, assorti au ton sombre de sa chevelure, ses seins remplis, sa taille fine, la ligne de ses cuisses longues et musclées. Je ressens toute sa féminité, aussi bien par ce que j’observe que par ce qu’elle dégage.

Je dois l’aborder, faire sa connaissance. Mais, je sais que ma gorge déjà gonflée de désir, ne pourra laisser échapper de son qu’inharmonieux, que mon esprit déréglé par mes sens ne saura me venir en aide.

L’escalier roulant toujours descend, accompagnant l’incarnation parfaite de la volupté jusqu’au niveau inférieur.