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Nouvelles

L’anniversaire (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mardi, 01 Septembre 2020. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Daniel avançait, parce qu’elle était petite et nonchalante, du même pas que sa mère, triomphal comme un homme promenant à son bras une femme attirante. Le halo inhabituel de son parfum lui rappelait les grandes occasions. Le manteau de printemps bleu ciel qu’elle étrennait, presque superflu tant l’air était doux, l’avait ébloui. Que maman était belle !

– « Voilà les garçons, je vous laisse » annonça-t-elle en observant alentour sans lâcher la main de son cadet.

À cette heure-ci, les enfants du quartier rivalisaient pour accéder aux balançoires ou au bac à sable, les amoureux à un banc discret. Un groupe de lycéennes riait de confidences murmurées ; peut-être se moquaient-elles du quadragénaire dont l’attention, faussement accaparée par les courtes plaques fixées au socle des statues, louchait sans cesse vers elles.

– « Vous allez pouvoir profiter du beau temps, mes chéris. Christian, fais très attention à ton frère, s’il te plaît, même si tu rencontres tes camarades ».

Les LeLe ou Bashilele du Kasaï en RDC et le Pangolin (par Joseph-Hubert Makutu)

, le Mercredi, 19 Août 2020. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Un clin d’œil anthropologique qui nous invite à revisiter le passé d’une société initiatique traditionnelle : Les Lele du Kasaï en RDC (ex-Zaïre) # s’inspirer du passé et tendre vers l’avenir !

 

1. Les Lele du Kasaï en RDC

Chez les Lele du Kasaï, une société bantoue de l’actuelle République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), les relations rituelles des hommes avec les esprits de la nature se font par l’intermédiaire des animaux sauvages. Puisque les esprits, chez les Lele, habitent les profondeurs des forêts. Ces esprits contrôlent la fertilité des femmes et la prospérité de la chasse, laquelle reste exclusivement masculine. Les esprits sont ainsi capables de retenir le gibier et faire dévier la flèche du chasseur. On trouve, ici, posé le statut des animaux sauvages en termes symboliques puisqu’ils sont associés étroitement à des esprits. Cette vision permet de comprendre aussi bien les interdits rituels de ce peuple que ses rites positifs dont la fonction principale et évidente est de maintenir de bonnes relations dans le Village, espace où vivent les humains, et la Forêt, domaine réservé aux esprits.

Sur un poème de Bernard Delvaille, Histoire portuaire (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 02 Juillet 2020. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« Il avait le regard à la fois ébloui et inquiet de ceux qui voient tout – et au-delà – et sont incapables de transmettre. Rien ne lui échappait ».

 

Le Vague à l’âme de la Royal Navy est un poème de Bernard Delvaille (éd. La Répétition, 1978). C’est un assez court texte d’une douzaine de pages construit sur les notes en vers du personnage principal, Mark. B. Thompson, « enseigne de vaisseau au service de Sa Majesté », et sur les commentaires en italique et en prose d’un exégète anonyme. Il faudrait d’ailleurs plutôt parler d’un poème-récit comme pour Un jour à Durban de Claude Michel Cluny (La Différence, 1991), dont Delvaille est proche à plus d’un titre, puisqu’une mince trame narrative s’y développe, suffisamment précise et lacunaire pour susciter la rêverie.

Sur une phrase de Stendhal - Histoire fugitive (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 10 Juin 2020. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Je suis un lecteur minutieux, voire maniaque, souvent négligent aussi ou aveugle devant des évidences communes. Une phrase de la Vie de Henry Brulard a retenu mon attention, il y a un an environ. On la trouvera à la page 153 de l’édition Folio : « Quel abîme de bassesse et de lâcheté morales que les Pairs qui viennent de condamner le sous-officier Thomas à une prison perpétuelle, sous le soleil de Pondichéry pour une faute méritant à peine six mois de prison ! ». Le narrateur évoque la répression d’une conspiration républicaine en 1834. Cette phrase a troublé mon sommeil. M’a d’abord interloqué le fait que Pondichéry, à l’inverse de l’Algérie et de la Guyane, ne fut jamais un lieu de relégation ou de déportation : le professeur Malangin, du CNRS, me l’a confirmé. Il faudrait donc supposer une petite erreur de Stendhal. J’ai enquêté. « Thomas » se nommait en vérité Jacques Léonard Clément-Thomas et connut une destinée tumultueuse, sinon édifiante. Je tire ces renseignements d’une note de Jean Bourcart dans sa thèse Lunéville : une garnison de cavalerie dans l’espace frontalier lorrain. Représentation et évolution d’une division de cavalerie aux avant-postes (Université de Lorraine, mars 2018).

Le Poète de Pondichéry – Histoire spectrale (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Vendredi, 15 Mai 2020. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« – Vieux, pauvre et mauvais poète, ah ! monsieur, quel rôle ! – Je le conçois, mais je suis entraîné malgré moi… ».

Diderot, Jacques le Fataliste

 

Le Poète de Pondichéry, après sa deuxième déconvenue, puisqu’il est suffisamment riche maintenant et qu’il n’a l’intention ni de renoncer à écrire ni de vivre au milieu de barbouilleurs dont les succès et les prétentions l’humilient (il n’a en réalité presque rien lu de Diderot et ne lui a témoigné de l’admiration, lors de ses visites, à douze ans d’intervalle, que par tactique), décide de retourner dans ce comptoir indien où, somme toute, s’il s’est ennuyé en édifiant sa fortune, il ne s’est pas trop déplu. Il n’emporte aucune pacotille dans ce second voyage.