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Nouvelles

Deux femmes à Dresde (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Jeudi, 04 Juillet 2019. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« On ne se console pas des chagrins, on s’en distrait » (Stendhal, Armance)

 

Elle était dans cette ville pour quelques jours. On lui avait dit « Change un peu d’horizon, cela te fera du bien, il faut oublier. Visite l’Italie ou l’Europe Centrale, tu y trouveras des trésors cachés ». Des proches lui avaient offert un coffret-voyage pour un week-end. Elle pouvait choisir parmi de nombreuses destinations. Et elle avait opté pour Dresde, une amie l’accompagnait. La destination n’est guère prisée des touristes, en tout cas des Français. Son amie et elle pourraient couper avec la routine dans cette cité pour ce court moment. Le temps du séjour, elles entendraient autour d’elles d’autres sonorités, du germanique, du tchèque, du russe. Ne serait-ce que par cette musique des mots, elles connaîtraient un vague dépaysement.

Lettre à Rachid, Histoire tunisoise (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Lundi, 01 Juillet 2019. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

1- Mon cher Ami P.,

J’espère que tu vas bien moi j’y vais bien ! Ici à Tunis-capitale il fait froid car c’est l’hiver. Je travaille beaucoup dans mon restaurant qui marche très bien. Je fais le serveur et je reçois beaucoup de bakchichs. Pas des Tunisiens qui sont trop radins mais des Français ou des Allemands qui m’aiment beaucoup. Je m’ennuie aussi beaucoup de toi toujours et je voudrais te revoir vite. Je t’aime beaucoup et je sais que toi aussi tu m’aimes beaucoup toujours. Alors tu vois. S’il te plaît, reviens vite en Tunisie. On ira à Metlaoui et à Tozeur voir Fawzi et Bilal et après on rentrera en France avec toi. Ici à Tunis-capitale j’ai pas trop d’amis. Comme tu le sais tous mes amis ils sont à Tozeur et à Metlaoui. La mentalité de Tunis-capitale est pas bonne pour moi. Ils courent toujours comme s’ils allaient jamais mourir. Moi je trouve ça con ! En plus on peut jamais savoir si, avec qui on parle, on va pas avoir des problèmes. A Tozeur et à Metlaoui, tous les flics je les connais et ils me connaissent moi, donc pas de problèmes. Ici déjà j’ai eu des problèmes. Alors tu vois. Tu me manques trop et depuis que tu es parti j’ai jamais fait l’amour avec.

Conversation dans un parc sur Constantin Cavafy (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 05 Juin 2019. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

« J’aime Cavafy, me dit-il en s’asseyant sur un banc du jardim da Estrela, ce soir venteux d’avril, j’aime Cavafy car je ne me sens jamais autant chez moi quand je le lis et jamais autant, pour mon bonheur, détaché de moi. J’aime Cavafy car il a incarné par excellence ce que j’entends par modernité, ou ce qu’on m’a appris qu’elle était : la banalité minutieuse du quotidien frôlée par l’aile de l’Intemporel. J’aime Cavafy car il a été moderne sans l’avoir vraiment cherché, à rebours de modernités plus voyantes ou plus ostentatoires, n’ayant jamais voulu posséder d’autres moyens que ceux qu’il s’est choisis et qu’il a maitrisés, en vérité, à la perfection. Qu’il m’a procuré de riches rêveries ! Quelle Grèce lumineuse même dans sa chute s’exprime dans ses vers, si différente pourtant de la Grèce académique où mon adolescence (j’ai trente ans de plus que toi, ne l’oublie pas !) s’est ennuyée. Peut-être lui fallait-il cette distance alexandrine, ce provincialisme africain (il a à peine mis les pieds à Athènes, tu le sais) pour s’approprier cette Grèce-là, décentrée et désolennisée, et nous en offrir le profil. Que ses marins et ses sculpteurs, ses garçons de boutique aux poches vides, ses amoureux sans espoir mais sans renoncement à l’espoir, ses éphèbes promis au tombeau, ses monarques menacés et ses empereurs apostats, ses philosophes et ses déclassés (Pierre Herbart est l’autre écrivain majeur du déclassement, comme tu me l’as prouvé) me sont proches !

Cartographie Psychologique d’Hamlet (par Marcia Tiburi)

, le Mercredi, 29 Mai 2019. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Le projet que nous désignons sous le sigle CPH est organisé par une association internationale sans fin lucrative. Le projet « Cartographie Psychologique d’Hamlet » ne peut en aucun cas avoir de visée capitaliste. Même si les gens croient que son unique objectif est financier, nous devons faire en sorte de dissiper cette impression afin que les résultats obtenus se rapprochent le plus possible de la finalité véritable.

La procédure à laquelle sont assujettis les candidats vise l’amélioration de la race humaine. La puce électronique, qui est implantée à la fin de l’expérimentation, n’a pas d’autre finalité. Toute anomalie mentale doit être éliminée, tout défaut physique doit disparaître graduellement. Le caractère esthétique de la procédure ne doit pas être mis en avant, mais tout le monde sait que, in fine, les bénéfices du point de vue de l’apparence seront remarquables et apporteront le confort à tous les membres de la société, ainsi esthétiquement améliorés.

Repose en paix, Aleilton Fonseca

, le Vendredi, 03 Mai 2019. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Et voici cette vieille pierre tombale, devant laquelle je me signe. Je viens seul pour cet ultime pèlerinage. Je suis de retour, après être parti si loin. J’étais las de cette longue fuite. Je me souviens encore de la tombe toute neuve, des inscriptions gravées dans le marbre, des bordures trahissant le travail de l’émeri. La pierre polie avec une méticulosité d’artisan portait une épitaphe sobre inscrite en creux.

À présent la pierre tombale est recouverte par la moisissure, la saleté délimite les formes ciselées d’un nom. Les lettres érodées m’émeuvent.

Ci-gît Clément, ce fut un adorable enfant.

Qu’il repose en paix.

1935-1950