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Nouvelles

Verres progressifs (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Mardi, 28 Avril 2026. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

J’ai dû faire refaire mes lunettes.

Un problème de vue qui baisse, c’est moi qui décline. Lire en réduisant ou augmentant l’espace entre l’objet et mon visage, c’est éprouvant, c’est embarrassant en public. Trop longs ou trop courts, comment savoir, mes deux yeux focalisent la lumière avant ou après, jamais tamisée directement sur la rétine. De loin, de près, sur les côtés. Je vois de moins en moins net. Cent-soixante-quinze dollars sans les taxes pour une nouvelle prescription. Nouvelle paire de lunettes et aux États-Unis, ça coûte un bras.

Choisir ladite monture, je prends toujours celle en noir, quitte à porter des lunettes, autant que ça se voit. Deux semaines de délai. Et la déception à la réception. Comme lorsque tu sors de chez le coiffeur. Mes précédentes lunettes me garantissaient, à défaut d’une correction adaptée, la pénombre. Des verres légèrement ambrés en intérieur comme en extérieur. C’est terminé. Le flou. Désormais le verre sera clair inside, foncé outside, pas d’entre-deux. Je vois mieux, c’est merveilleux, les autres aussi, ils voient mes cernes. Le violet comme couleur.

Raphaël (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Lundi, 08 Juillet 2024. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Amis Français d’ici ou d’ailleurs, good morning ! je ne commence pas ce texte, je le continue. Elle, elle était assise à l’extérieur du seul restaurant, en front de mer, à Miami Beach. Un verre rouge devant elle. Le rouge dans les yeux. Mon chien s’est approché d’elle, l’image a glissé du livre, mon chien s’est agenouillé à ses pieds et il n’a plus voulu bouger. Elle a souri. Je me suis excusé. Elle a fait un geste, quelque chose pour occuper le vide, en face d’elle. J’ai commandé un bol d’eau, sans glaçons, pour mon chien. La même chose qu’elle. Je me suis assis.

Raphaël. J’avais baptisé mon chien comme le peintre et ça lui a plu. Les chiens savent cela. Ils mettent leur tête sur les pieds de la personne qui a pleuré. Le chagrin. Ils meurent inconsolables. Ils succombent à l’isolement. Ou ils détruisent l’appartement de leur maître. Elle aimait trop les chiens pour en adopter un. Trop sujette à la mélancolie. Elle avait peur de les contaminer. Comme avec les hommes. Elle refusait toute relation amoureuse. De peur d’être empoisonnée.

La compétition, Mário Araújo traduit du portugais (Brésil) par Stéphane Chao

, le Jeudi, 10 Novembre 2022. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED, Langue portugaise

 

C’est son père qui donna le départ, imitant avec sa voix la détonation d’un révolver. D’entrée, le petit fut distancé, alors qu’elle et son père, au coude à coude, propulsaient en avant leurs jambes, elle moulinant à un rythme incroyablement rapide pour compenser les foulées beaucoup plus longues de son père. Le petit avait été distancé avant tout parce que, mi-anxieux, mi-distrait, il était resté sur place quelques secondes de plus avant de réagir au signal de départ.

Sa tête à elle arrivait juste au-dessus de la taille de son père, mais la vérité est qu’à cet instant, elle le voyait à peine, tant elle était concentrée sur sa propre course. Elle sentait seulement sa présence à ses côtés, une forme sombre et compacte, de haute taille, revêtue d’un pantalon, qu’il n’enlevait jamais. Elle était un peu agacée par le fait que son père n’avait pas besoin d’accomplir autant de mouvements qu’elle. Il avait l’air d’être en suspens dans les airs et malgré tout, il paraissait imbattable. On aurait dit qu’il était entraîné dans son sillage par les moulinets que faisaient ses jambes, deux véritables hélices qui attiraient tout ce qu’il y avait autour d’elle, tels des aimants.

Good morning ! (par Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Mardi, 11 Octobre 2022. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Amis Français d’ici ou d’ailleurs, good morning ! nous allons faire un petit jeu. Imaginez que vous vivez aux États-Unis, par exemple à Mayami. Vous avez un avion à prendre pour des raisons professionnelles, imaginez que vous avez ce type de travail, dématérialisé, vous zoomez du matin au soir, Teams ou Face time selon la marque de votre ordinateur, bref, vous avez un avion à prendre et vous travaillez à distance. Pour la ville de votre déplacement, vous choisissez. Cinq jours sur place, des rendez-vous, des déjeuners au restaurant, une petite sortie culturelle, deux soirées inavouables dans deux bars à la mode, un petit mal aux cheveux le lendemain matin, vous repartez dans l’autre sens, vous rentrez chez vous, rappelez-vous, vous vivez à Mayami. L’aéroport donc, le hall d’arrivée, vous commandez depuis votre téléphone (autant de technologie embarquée que dans une fusée), un Uber, non un Lyft, c’est moins cher. En attendant, vous jouez aux petites voitures sur votre écran, bien sûr tout ça n’est pas gratuit, trente-deux dollars et ça, c’est juste pour rentrer chez vous.

Sweet homme in Florida (par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 18 Août 2022. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Amis Français d’ici ou d’ailleurs, good morning ! Pourquoi, selon vous, deux nanas de quarante ans passeraient trente heures dans une voiture ?

Je vais vous raconter le road trip de Mary-Lee et Cassandra. Quatre jours sur la route avec un couteau, deux mangues encore vertes, un pack d’eau minérale gazeuse, elles préfèrent dire, pétillante. La voiture, elle s’appelle Sue, c’est écrit sur la plaque à l’arrière. Et la fleur qu’elles ont volée aux plates-bandes de la résidence, c’est pour décorer le pare-brise, elles l’ont baptisée Holly et avec deux ales. Mary-Lee est brune, Cassandra est blonde. L’une est native de Destin, en Floride. L’autre de Naples, en Floride également. Deux amies qui le sont devenues parce qu’elles boivent leur Ice latte tous les matins, au même endroit, chez Panther’s, à Mayami Beach. Trente heures ou quatre jours pour aller à un mariage qui va durer douze heures, le mariage du cousin de Mary-Lee, le cousin dont elle était amoureuse jusqu’à ses vingt ans. Cassandra espère y rencontrer l’amour. Les deux y vont pour se persuader du contraire.