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Ecrits suivis

Le Jardin de derrière (23) Où la Chaussas prend les choses en main

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 19 Mai 2015. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

En surface, Louis rejoignait Kevin et Julien. Il jeta un bref coup d’œil à la trappe, puis se dirigea vers l’église, suivi des deux amis rouges de dépit et de colère.

De leur côté, Louise et Camille parvenaient, tout essoufflées, à la grange, se glissaient dans l’appentis et, de là, par le tunnel, arrivaient jusqu’à l’abri anti-aérien du moulin du bas.

Georges avait pensé attendre là que les choses se tassent. Il s’avéra aussitôt qu’il ne serait pas assez grand pour eux sept. Il hésitait devant la porte ouverte lorsqu’il perçut une sorte de grincement. Il crut d’abord avoir mal entendu. Il fit taire Pierre qui commençait déjà à grommeler, et il tendit l’oreille. Le grincement se renouvela. Il lui sembla percevoir un souffle d’air frais sur son visage. Il eut une bouffée d’angoisse. En hâte, il poussa Noé et Isabelle dans l’abri, avec Louise et Camille, et leur ordonna de s’enfermer. Il entraîna les deux autres dans la salle de commande et commença à tourner fébrilement les manettes sous les yeux d’abord éberlués de Pierre et de Tristan. Ils entendirent alors des pas dans le tunnel, des chuchotements. Ils devinrent pâles. Georges actionnait des leviers, tournait des roues dentées, sans parvenir à fermer la porte séparant les vieux tunnels de la zone du moulin. Un instant, il vit même avec effroi la porte de l’abri s’ouvrir.

Kafka tefka 23

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 18 Mai 2015. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

« J’ai horreur de cette littérature de touristes, ces auteurs qui reviennent d’une ville pour nous la décrire. J’ai horreur de toute littérature traitant du gigantisme urbain, agissant sur les choses. Des gribouilleurs à petite sensibilité, des fanfaronnades infondées. Avec leur carapace d’artiste sans la contenance qui va avec ».

Je m’arrache d’un bus plein d’humanité, et j’atterris tout essoufflé dans une place publique noircie de cette même humanité qui porte son honneur entre les cuisses.

Tous bichonnés comme des mannequins prêts à envahir les trottoirs, tous portent des prénoms de prophètes : Moussa, Aissa, Mohamed, Brahim, Ayoub, Youcef… tous rêvent de se trouver ailleurs pour pouvoir apprécier ce « ICI ». Ils ont cette prédisposition à la nostalgie. Ils fantasment sur le fait d’aller défendre leur Algérie à Paris en arrachant les plaques de signalisation et en sautant sur les toits des voitures dans des parkings… Mais tous les rêves finissent au cimetière quand on tire le mauvais prénom de l’urne.

Le Jardin de derrière (22) Où ça tourne au vinaigre

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 07 Mai 2015. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Sur un chemin de terre, dissimulé depuis la route par les arbres du verger, trois voitures à l’arrêt, bientôt rejointes par la camionnette de Louis, qui descend en personne du siège conducteur. Il est aussitôt entouré par une dizaine de jeunes rouges d’excitation. Parmi eux, Jeanne et une autre fille amenées par Kevin et Julien. Elles veulent venir. Elles resteront dans les voitures. Louis refuse tout net, lance un regard désapprobateur aux deux amis, qui, confus, se glissent au dernier rang du groupe. Les deux filles boudeuses s’éloignent de quelques pas, s’asseyent dans le champ. Louis commence son discours. Le ton est militaire, les yeux des jeunes brillent. Sur un geste de Louis, un des garçons ouvre les portes à l’arrière de la camionnette et en sort une caisse pleine de bombes lacrymogènes, que le groupe se répartit. Il y a aussi quelques coups de poing américains et deux pistolets. Julien exhibe soudain une carabine, une arme de chasse, assez légère, qui fait ricaner quelques-uns des garçons. Julien tâche de manier la gâchette d’un air menaçant. Louis caresse négligemment un fusil à canon scié, qu’il repose ensuite sur le sol de la camionnette. Tout le monde commence à s’exciter vraiment, on se dirige vers les voitures.

Kafka tefka (22)

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mercredi, 06 Mai 2015. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

On ne peut pas dévêtir une femme faite de peinture. Ce n’est pas une affaire de volonté. Quoi qu’il en soit, il est improbable qu’un peintre puisse esquisser la nudité d’une femelle humaine pour ensuite la couvrir d’un linge gluant multicolore. Voilà pourquoi il est important de ne peindre que le nu, et se contenter. Yasmine, elle, elle ne peut pas être nue, elle n’a pas de nu, ça lui manque comme quand il manque un membre à quelqu’un. On ne demande pas à un édenté de montrer ses dents.

Je me raconte en silence mon présent-passé écrit par Big-Deal :

« Dehors, la peuplade s’épaissit vainement dans les yeux hallucinés de Saïd qui s’appliquait loyalement et sincèrement à décrasser les artères boueuses de la sinistre et minuscule ville, dont il était propriétaire de tout ce qui restait public, inutile et immuable. – Pas grand espace pour dire vrai. Le trottoir rouge sang, quelques bennes à ordures vertes toujours débordantes, et l’unique abribus blanc tagué par ses propres mains d’ébauches de ses réflexions nocturnes –. Tandis que nous deux, mère et fils, sous le dôme de cette harde et sous les jacassements des poutres abîmées, on s’attendait mutuellement.

Kafka tefka (21)

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mardi, 28 Avril 2015. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

« La voici, la voici ma liberté diluée dans la foule de choix qui s’infligent. La voici chargée, pesante, voûtée. Et me voici suffoquant… La revoilà toxique.

Je suis infecté, planté dans mes chaussures.

Les voilà mes compagnons taisant la différence, les voici rampants, les voici choses, débris de l’existence… Les revoici encore miettes, miettes de l’éternité.

Je suis ombre… Ombre d’une chose.

A chaque fois, je finis dans le tas ».

Yasmine me fait la lecture du classeur de Big-Deal !