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Ecrits suivis

La supercherie (8), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 29 Octobre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

 

05

Les villages perchés sur les collines continuaient à déféquer des Massinissa et des Dihya et quelques Saif Eddin dans le tas, pour envahir le plan de Hamid. Saïd essayait de se convaincre qu’il était ivre, sans succès. L’étudiant doutait de sa faculté à se faire des nanas : « Avec les femmes, je suis intelligent à mi-temps, pas assez de sang pour irriguer les deux têtes », pensa-t-il loin des oreilles de Luna. Hamid découpait le plan pour faire un scénario après coup. Les jeunes musiciens continuaient à faire souffrir leurs instruments déjà usés, leurs couplets se fracturaient au contact des parois, retombaient comme des blasphèmes minés, des accords crevés, étripés agonisant sur le trottoir, mélangés aux mégots et rations de chique recrachées. Luna marchandait avec la fatalité le sort du parasite qu’elle couvait dans son petit ventre. « Avortement ou pas avortement, telle est la question », pensa-t-elle.

La supercherie (7), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 22 Octobre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

04

« Foulard bleu, bleu comme les yeux de ma mère, cela ne me faisait pourtant pas penser à Œdipe, j’étais en mode ouvrier, pas en culturé. Et je n’ai jamais sniffé ce Freud. Elle refusait de l’enlever son suaire. Par pudeur, ou par je ne sais quel principe. Elle dégageait une chaleur gluante, une odeur de sucre cramé, mélangé à une odeur de savon. Je goutais à un soleil d’acier fendu. Elle portait deux yeux transparents, deux yeux gris, je les voyais transparents, elle portait aussi un string sous sa couche de religion. Elle portait sa peau blanche. Elle laissa tomber pudiquement son Allah vestimentaire. Je me suis penché pour le ramasser, pour le sauver de la poussière, ou juste pour le simple plaisir de ramasser quelque chose. J’étais sale, elle était propre, je devais penser que ses symboles existentiels devaient rester aussi propres qu’elle.

Au final, un rot, et un al hamdou li allah. Je me suis demandé pourquoi elle avait remercié Dieu ! Je ne devais pas être aussi doué que je le croyais !

La supercherie (6), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

03

L’époque était aux ouvrages architecturaux. La petite majesté du pays s’est mise à la construction, à coopérer avec les briqueteries. Des édifices majestueux, des monuments, des symboles, des statues des héros d’hier, des bustes en bronze, des dalles, des mosquées à héberger toutes les divinités que ce monde a connues. Une urbanisation éventrée, la ville prenait l’apparence d’un accident. Des tailleurs de marbres affluaient, des Michel Ange à la chaîne. Des équipes de peintres, plâtriers, venaient de partout et de juste à côté pour réaliser les grandes fresques… Ils seraient payés au mètre carré. La concurrence était rude entre tous ces artistes. Il se pratiquait comme des campagnes de sabotage entre les entrepreneurs. Ces derniers s’organisaient en familles, des Médicis en abondance. Tout compte fait, cela donnait du travail aux Botticelli, aux Da Vinci, aux Michel Ange, aux Raphael de notre grande nation nationale malgré tout. La gouvernance avait dans l’idée de nous pondre un ou deux Galilée.

La supercherie (5), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 08 Octobre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

02

« Commence mon récit par la banale vérité sans rides ni fissures, sans aucune tranchée creusée par une lucidité malsaine sur la lisse surface du quotidien macabre, de la horde dont j’allais faire partie. Se déclenche donc ma farce par une naissance langée dans un silence inusité. On me rapporta alors que j’avais jailli sans faire une avance à l’existence, sans clamer après les gesticulations et gémissements de ma mère. Je mimais quelques signes de vie et c’est tout. La pièce était, m’expliqua-t-elle plus tard, baignée dans une lumière oppressante. Les atomes de poussière voletaient dans les cônes rutilants qui s’échappaient des fentes des cloisons, et s’achevaient en s’agrippant en flaque de lumière au plancher, aux rares meubles en débris, ou modestement traversaient d’un mur ocré à l’autre pour s’éclabousser vilement sur une brique noirâtre et humide… Non, je n’étais pas né dans un empire de Mickey Mouse ». Ainsi se présenta Saïd à Ammi-Hamid-La-Fontaine. Hamid ne prit pas la peine de répondre, ni la peine de ne pas répondre.

Supercherie (4), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mercredi, 03 Octobre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

II

01

Il est probable que chaque nouveau jour est un nouveau phénomène. Phénomène pour éviter d’employer le mot « Fléau ». J’étais dans la place publique de la ville de mon réveil, les gens se connaissaient tous, un peu trop peut-être, ils avaient tous des surnoms dans le genre Ali-la-crise, Moh-la-cervelle, Abas-le-confort, Saïd-internet… La liste est longue, il y avait aussi Ammi Hamid-la-fontaine, un personnage fort intéressant. La fontaine, non par rapport à ce La Fontaine qui croyait faire parler les animaux d’ibn el mukafaa, mais par rapport à la fontaine de la ville, il était tout le temps là, à se laver, mais restait toujours sale. Il avait une vie riche en déceptions, et pensait en ces termes : « Moi aussi comme tout le monde, j’ai une maladie chronique, c’est ma vie, et je vis avec. On ne peut pas être intelligent et abordable en même temps. Ils me trouvent narcissique, distant, méprisant, mais je suis tout simplement inaccessible ». Il était, enfin il pensait l’être, un Jésus sans Dieu, ou plutôt sans père pour ceux qui croient en ce genre de conneries.