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Ecrits suivis

Henry Miller, le verbe en liberté (4 & fin), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 11 Juillet 2018. , dans Ecrits suivis, Les Chroniques, La Une CED

 

Le mirage féminin

La placidité de surface, le stoïcisme affiché par Miller n’en recouvraient pas moins un bouillonnement abyssal, spécialement dans son commerce avec les femmes. Tout au long de sa vie, Miller fut irrépressiblement attiré par elles. Attiré par leur beauté, par la promesse de jouissance que leur fréquentation éveillait, par la révélation et la connaissance de son identité qu’elles induisaient : « Sans l’amour la vie ne vaut rien. On existe seulement ». Au contact des femmes, son insouciance s’effaçait, son flegme se désagrégeait. Facilement amoureux, son esprit s’emballait, ses sentiments flambaient. Colère, euphorie, jalousie, extase, ressentiment, désespoir ponctuaient invariablement ses relations amoureuses, tant avec Cora, Béatrice, June, Lepska, Hoki, qu’avec Nin. Ces femmes ont parfois laissé de profondes cicatrices en lui, notamment June : « June m’a rendu infirme… C’est une horrible, profonde blessure, et je sais qu’elle ne sera jamais cicatrisée. Jamais. On ne se remet pas de certaines choses ». Le rapport à la femme mobilisait son être entier. Elle seule était capable de conduire ce capitaine nonchalant au naufrage dans la mesure où elle favorisait la résurgence d’affects enfouis depuis son enfance, laquelle fut marquée par l’autoritarisme maternel. Sa tentative de suicide lorsque June le trompe avec une autre femme atteste de cet embrasement émotionnel.

À Jérôme Ferrari (3), par Marie-Pierre Fiorentino

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 06 Juillet 2018. , dans Ecrits suivis, Les Chroniques, La Une CED

 

« Ce qui protège la philosophie,

c’est son masque élitiste et conceptuel »

Variétés de la mort

 

En mars est paru un essai collectif qui vous est consacré : Chute, rupture et philosophie. Les romans de Jérôme Ferrari.

Emmanuelle Caminade, sur ce site, a rendu compte de façon claire et complète de cet ouvrage que je n’ai, pour ma part, pas lu, non plus que Où j’ai laissé mon âme.

« Quoi ? Et elle se prétend admiratrice de Jérôme Ferrari ! »

Henry Miller, le verbe en liberté (3) Big Sur, paradis non-climatisé, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 04 Juillet 2018. , dans Ecrits suivis, Les Chroniques, La Une CED

 

 

En janvier 1940, Miller revient aux Etats-Unis qu’il parcourt de long en large en vue d’écrire Le Cauchemar climatisé, commande d’un éditeur. Peinant à l’achever, il y manifeste un anti-américanisme absolu. Il vit toujours aussi chichement et s’en sort grâce à la vente de ses aquarelles, à de minuscules droits d’auteur et à des dons divers, notamment ceux de Nin. En 1941, un éditeur de San Francisco publie un des livres préférés de Miller, Le Colosse de Maroussi, rêverie inspirée par son séjour en Grèce qui cette fois-ci n’a rien à craindre des foudres de la censure.

En 1942, il commence la rédaction de sa future trilogie La Crucifixion en rose (Sexus, Plexus, Nexus) qui revient sur ses quarante premières années d’existence et immortalise June. De 1940 à 1944, sa vie amoureuse semble très calme. Sa liaison avec Nin s’est considérablement asséchée.

Les enfants des égouts Chapitre III, par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 02 Juillet 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

 

Partie 01

On ne meurt jamais d’une vraie mort, on laisse toujours un témoin ou dix-neuf.

Il n’y aurait pas de chapitre deux. Il ne se passe jamais rien dans un chapitre deux, c’est de la littérature.

Les choses n’étaient pas venues à moi, elles ne m’attendaient pas non plus dans le temps, dans mon temps, ma chronologie. Je n’avais pas décidé un jour, d’aller d’un point A à un point B, je ne m’étais pas perdu en chemin. Il ne s’est rien passé, j’ai juste vieilli plus vite que je n’ai grandi.

Henry Miller, le verbe en liberté (2), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 26 Juin 2018. , dans Ecrits suivis, Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

La passion Anaïs Nin

Après June, l’exil en France, un troisième déclic survient dans la vie de Miller, en la personne d’Anaïs Nin. Il fait sa connaissance à l’automne 1931. Nin décrit ainsi leur rencontre lors d’un repas organisé dans sa maison de Louveciennes : « Lorsque j’ai vu Henry Miller s’approcher de la porte, j’ai fermé les yeux un instant pour le voir d’un œil intérieur. Il était chaleureux, détendu, naturel. Il passerait inaperçu dans la foule. Il est svelte, maigre, pas très grand. Il a un air de moine bouddhiste, un moine à la peau rose, avec un crâne presque chauve auréolé de cheveux argentés et des lèvres pleines et sensuelles. Ses yeux bleus sont froids et inquisiteurs, mais sa bouche a quelque chose de vulnérable. Son rire est contagieux et sa voix caressante, chaude comme la voix d’un noir ». Nin, 28 ans, mariée depuis 8 ans au banquier Hugh Guiler, commence sérieusement à s’ennuyer. Ses aspirations artistiques et sensuelles étouffent sous le corset de l’épouse rangée et vertueuse : « Il n’y a aucune fécondité dans mon mariage avec Hugo. Nous ne créons rien. J’aurais dû avoir des enfants mais je suis une artiste pas une mère ».