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Ecrits suivis

Le Jardin de derrière (3)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 27 Novembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Où Georges découvre ce qu’il y a sous la baignoire

 

Il poussa la baignoire sur le sol bétonné. Elle était bien plus légère qu’il n’y paraissait : du fer émaillé. La trappe faisait cinquante centimètres de côté. Elle était bordée d’acier. Une large poignée en acier brillait en son centre, au ras du béton. Georges l’agrippa, tira. La trappe était lourde, mais se souleva sans à-coups. Un bruit de mécanisme à ressort, un claquement puissant : la trappe resta dressée en l’air, exhibant une poignée identique de l’autre côté. Une odeur humide s’exhala par l’ouverture. Georges y mit la tête. Il distinguait une sorte de caveau, un cube en béton de peut-être deux mètres de côté, ou un peu moins. La lumière qui entrait par la porte laissait distinguer une ouverture arrondie, dans l’une des parois.

Kafka tefka (3)

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Jeudi, 27 Novembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Naître de surcroît, un pouls, quelques organes nécessaires pour attendre, pour survivre, et quelques membres-adjoints pour contribuer au fiasco. J’entends par là « Pas de problème ». Conscient de la futilité de ce que l’on est, on l’est quand même… Des obsessions gastronomiques, des passions oculaires, et autres aspirations dans un non lieu exaltant.

Big-deal vient me tarir de mes breuvages, donc j’ai fait en sorte qu’il ne trouve rien. La familiarité accouche du mépris et rien d’autre.

– Salut mon vieux, dit-il, la journée est presque finie, debout les morts.

Bien entendu tout cela éjaculé de sa bouche en parcourant des yeux tout le volume qui me sert de repaire. Comme il ne trouve rien qui intéresse son gosier, il se met à se parader d’un coin à l’autre.

Kafka tefka (2)

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Jeudi, 20 Novembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

La suite ! La zebania nationale

Le problème aujourd’hui est nécessairement un problème d’aujourd’hui, c’est d’ailleurs aujourd’hui, le jour même. Alors on en reste là. Aujourd’hui c’est toujours et c’est pareil… On s’en sort jamais avec son présent, c’est toujours aujourd’hui.

Vendredi ! Un jour à peindre pour effrayer Munch. J’ouvre les yeux sur un midi nuisible à ma gueule de bois, et nocif à mon humeur. Je me secoue, je me rétablis avec le sournois double dans mon autorité cérébrale. Je crame le bout de came qui me reste, et je me mets à le rouler dérisoirement dans du papier à cigarette Amira avec l’impression que c’est du temps que je lange dans ce truc… On saccage ma porte ! Mr X, une sorte de personnage gluant débarque, on le surnomme Big-Deal, non à cause d’un quelconque deal dont il a triomphé, mais juste comme ça. Ça sonne bien et correctement si l’on considère sa corpulence. Un être lourd, une douleur dans le giron de l’univers, une asphyxie. Je l’aime pourtant bien, sans doute parce que je ne sais pas quoi aimer d’autre, fallait bien aimer quelque chose, pour pouvoir l’aimer intensément quand je suis ivre et défoncé. L’alcool et l’indifférence ne font pas beau ménage, ça nuit à la santé mentale.

Le Jardin de derrière (2)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 20 Novembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Où Georges rencontre les indigènes

 

Tôt le lendemain, par un joli temps de mai, Georges alla faire quelques courses chez Auchan. Le parking était à moitié vide, en ce dimanche matin. Devant les portes du magasin étaient exposées de lourdes tables de jardin, des auges de pierre et deux bétonneuses. La peinture un peu écaillée, avec des traces de rouille, elles semblaient avoir passé l’hiver là, sur ce parking, et leurs tréfonds retenaient peut-être un peu de neige mêlée aux feuilles de l’automne dernier. Georges médita devant elles. Il était tenté par le petit modèle. Ou une auge en plastique suffirait-elle, pour commencer ? À moins qu’il ne casse tout ce béton pour planter du gazon. Ce serait un gros chantier, et il ne savait pas trop comment s’y prendre. Il regarda autour de lui les hommes qui entraient et sortaient du magasin, remontaient dans leur voiture ou poussaient des caddies devant eux, en jogging ou en jean, leur pull à col camionneur aux manches relevées au-dessus du coude. Sauraient-ils le lui dire ?

Le Jardin de derrière (1)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 12 Novembre 2014. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Où Georges prend un congé

 

La pièce avait une odeur humide. Devant lui, un couloir s’enfonçait dans la pénombre. Les murs étaient lépreux, le coin cuisine, à sa gauche, marquait son âge. Du bois sombre, des meubles massifs, le carrelage beige piqueté de brun sur les murs, quelques fleurettes décoratives. Il fit un pas de côté, se heurta douloureusement la jambe à la table basse, grimaça, se passa la main sur le front. Il se retourna et sortit de la maison.

Sur le balcon de pierre, les mains agrippées à la rampe de fer, les yeux papillotant dans la fraîche lumière de ce matin de printemps, il regarda le panorama de champs et de bois qui s’offrait à lui de l’autre côté de la route. Sur sa droite, assez loin, en haut d’une colline pierreuse surmontée d’un bois, il distinguait le clocher gris et pointu d’un autre village. Au-delà de la cour bétonnée, au-delà de la route, un pré, son pré, clos d’un muret. A côté, un peu en contrebas, un autre pré, où vagabondaient des poules et des dindes.