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Ecrits suivis

L’homme qui entendait des voix (4 et Fin), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Mercredi, 12 Avril 2017. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

En 1992, en plein été, X a fait un coma éthylique, hospitalisé une nuit à l’Hôpital Henri Mondor de Créteil. Il a vu ou cru voir la lumière au bout du tunnel, comme on dit dans certains témoignages. Le lendemain matin, le médecin lui a dit qu’il aurait pu y passer et qu’heureusement il avait un cœur solide.

Ça a commencé comment ces voix ?

Il n’en veut plus à son passé, à ses tortionnaires.

 

Ça a commencé comment ces voix ?

L’homme qui entendait des voix (3), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Samedi, 01 Avril 2017. , dans Ecrits suivis, Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Il ne sait comment tout a commencé.

Ça a commencé comment ces voix ?

Il est celui dont on se moque, de la Maternelle au Lycée et du Service Militaire à l’Entreprise. Son comportement doit être à l’origine de ces agissements : retrait, timidité, maladresse, étrangeté peut-être. Certaines personnes doivent sentir qu’il est gentil, pacifique et qu’il ne cherche pas les conflits et donc la violence, le passage à l’acte. Il ne sait pas se défendre physiquement. Il ne sait pas non plus anticiper l’agression, s’en prémunir. La violence le paralyse. Les couteaux symboliques entrent profondément dans les blessures originelles. Son corps se souvient. Plus encore c’est sans doute le ricanement de la moquerie qui le touche. Il a longtemps été peu sûr de lui enfermé dans un mal-être qui le poussait à dire et à faire n’importe quoi, exauçant mille fois les souhaits de ses bourreaux. Enfant, ce sont les coups de ses « camarades » qui pleuvaient sur son corps, les coups de poing, les coups de coude. Jeune adolescent, les croche-pieds. Plus tard, les quolibets, les rires ou un bizutage qui confortait son rôle de clown permanent.

L’homme qui entendait des voix (2), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Vendredi, 24 Mars 2017. , dans Ecrits suivis, Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

– Et alors, X ?

Par cette interrogation, Mr Loiseau essaya de comprendre la dernière phrase. Cela faisait quelques années qu’il l’écoutait, qu’il savait comment l’écouter, sensible aux nuances, aux silences, et à la lente parole dévoilée. Il regarda Mr Loiseau dans les yeux, en soutenant à la fois le regard et les questions du psychologue.

Il voyait le spectacle du monde à distance comme pour s’en prémunir. Julien écrivait parfois aussi. C’était à celui qui pouvait imposer des mots sortis de la léthargie cannabique. Julien grattouillait de la guitare, faisait des études universitaires mais passait le plus clair de ses nuits à sillonner les bars, les pubs et les clubs, pour ne pas vieillir précocement, disait-il. Il avait l’impression d’avoir aussi son âge. Cinq ans, plus âgé, il lui semble qu’il prolongeait une adolescence qui n’avait pas été cicatrisée. Il avait donc son monde, aussi, sa vie, au dehors. Cela n’avait rien à voir avec la vie professionnelle ni avec la vie familiale.

Un butin de guerre (4, 5 & 6. Fin) Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Samedi, 28 Janvier 2017. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

4. Il trouve sa femme assise sur une chaise, inquiète comme un dieu mythique défié par un Prométhée. Voulant savoir ce qui l’angoisse, le maire ne trouve pas vite les mots pour dire « qu’y-a-t-il ? ». Quelques instants après, il y parvient : elle lui annonce que la mère de leur femme de ménage, une veuve, a été assassinée après avoir été mutilée, ajoutant que les causes et les circonstances en sont inconnues. « Tous les âges, tous les sexes, toutes les peaux, les plus claires comme les plus basanées, sont menacés par cette guerre » se dit le maire. Il croit que ces évènements qui ébranlent la ville sont les séquelles de la colonisation qui ont changé de visage. Sa femme est en revanche persuadée qu’il s’agit bel et bien des signes tangibles de l’apocalypse, que Dieu pliera bientôt les cieux, ensevelira les montagnes, et dessèchera les mers.

Elle se lève et lui demande de venir déjeuner. Il lui dit qu’il n’a pas faim. La peur a tué son appétit. Elle le foudroie, vit en lui à présent et se nourrit de son corps comme un fœtus dans le ventre d’une femme enceinte, risquant de le manger en commençant par ses parties génitales. Son visage est livide malgré les soins qu’il fait chaque jour pour paraître beau et élégant, et pouvoir donc trahir son âge. Deux boules, l’une dans sa gorge sèche et l’autre dans son estomac, l’étouffent.

Fictions (anthologie) 9, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 13 Janvier 2017. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Dans un court instant

Une mouche traversera la pièce

En hurlant

 

*

 

Mourant de soif

Sur le rebord de ma fontaine

 

Un voleur patiente

Avec le vieux marronnier de la rue