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Ecrits suivis

La supercherie (6), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

03

L’époque était aux ouvrages architecturaux. La petite majesté du pays s’est mise à la construction, à coopérer avec les briqueteries. Des édifices majestueux, des monuments, des symboles, des statues des héros d’hier, des bustes en bronze, des dalles, des mosquées à héberger toutes les divinités que ce monde a connues. Une urbanisation éventrée, la ville prenait l’apparence d’un accident. Des tailleurs de marbres affluaient, des Michel Ange à la chaîne. Des équipes de peintres, plâtriers, venaient de partout et de juste à côté pour réaliser les grandes fresques… Ils seraient payés au mètre carré. La concurrence était rude entre tous ces artistes. Il se pratiquait comme des campagnes de sabotage entre les entrepreneurs. Ces derniers s’organisaient en familles, des Médicis en abondance. Tout compte fait, cela donnait du travail aux Botticelli, aux Da Vinci, aux Michel Ange, aux Raphael de notre grande nation nationale malgré tout. La gouvernance avait dans l’idée de nous pondre un ou deux Galilée.

La supercherie (5), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 08 Octobre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

02

« Commence mon récit par la banale vérité sans rides ni fissures, sans aucune tranchée creusée par une lucidité malsaine sur la lisse surface du quotidien macabre, de la horde dont j’allais faire partie. Se déclenche donc ma farce par une naissance langée dans un silence inusité. On me rapporta alors que j’avais jailli sans faire une avance à l’existence, sans clamer après les gesticulations et gémissements de ma mère. Je mimais quelques signes de vie et c’est tout. La pièce était, m’expliqua-t-elle plus tard, baignée dans une lumière oppressante. Les atomes de poussière voletaient dans les cônes rutilants qui s’échappaient des fentes des cloisons, et s’achevaient en s’agrippant en flaque de lumière au plancher, aux rares meubles en débris, ou modestement traversaient d’un mur ocré à l’autre pour s’éclabousser vilement sur une brique noirâtre et humide… Non, je n’étais pas né dans un empire de Mickey Mouse ». Ainsi se présenta Saïd à Ammi-Hamid-La-Fontaine. Hamid ne prit pas la peine de répondre, ni la peine de ne pas répondre.

Supercherie (4), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mercredi, 03 Octobre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

II

01

Il est probable que chaque nouveau jour est un nouveau phénomène. Phénomène pour éviter d’employer le mot « Fléau ». J’étais dans la place publique de la ville de mon réveil, les gens se connaissaient tous, un peu trop peut-être, ils avaient tous des surnoms dans le genre Ali-la-crise, Moh-la-cervelle, Abas-le-confort, Saïd-internet… La liste est longue, il y avait aussi Ammi Hamid-la-fontaine, un personnage fort intéressant. La fontaine, non par rapport à ce La Fontaine qui croyait faire parler les animaux d’ibn el mukafaa, mais par rapport à la fontaine de la ville, il était tout le temps là, à se laver, mais restait toujours sale. Il avait une vie riche en déceptions, et pensait en ces termes : « Moi aussi comme tout le monde, j’ai une maladie chronique, c’est ma vie, et je vis avec. On ne peut pas être intelligent et abordable en même temps. Ils me trouvent narcissique, distant, méprisant, mais je suis tout simplement inaccessible ». Il était, enfin il pensait l’être, un Jésus sans Dieu, ou plutôt sans père pour ceux qui croient en ce genre de conneries.

La supercherie (3), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mardi, 25 Septembre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Pétale la pétasse, la masseuse de bites et colleuse d’annonces, avec des fesses à faire bander Jésus, était chaque matin attendue par le collectif des masturbateurs de la ville, c’est-à-dire tout le genre masculin entre treize ans puant le sperme et soixante-dix-neuf ans empestant le cimetière. Toute une légion de sodomites. Sodomites malgré eux. Il devrait y en avoir aussi quelques autres filles qui s’essaieraient à la beauté, qui l’essaieraient en vêtements, en fards, en gesticulations obligées pour forcer l’image féminine, pour agresser les sens de la masculinité. Qui viendraient agiter leurs attributs pour obtenir et souhaiter que les hommes leur racontent leurs âmes alors qu’ils n’en avaient pas une. Exiger qu’ils révèlent leur vie sans vie. De jeunes filles qui souffriraient de leur beauté pour des mâles empoisonnés au sperme, mais on ne les voyait pas… Dans cette nation, on ne prend pas les femmes, on ne se frotte pas à elles, on ne les aime pas. Par ici, les femmes on les envisage, voilà tout.

La supercherie (2), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 17 Septembre 2018. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Trouver autre chose à appeler « vie » n’importe quoi, une petite conviction pour passer la journée. Le mieux serait de se payer un agenda pour inscrire les 365 personnalités nécessaires pour passer l’année. Ainsi peut-être serait-on compatible quelques jours par an avec l’indéterminé national et pouvoir repousser sa folie personnelle, la remettre à plus tard. Avoir comme tout le monde le choix entre le rien et le deux fois rien, et comme tout le monde choisir le deux fois rien et s’étonner de n’observer aucun changement. Etre un penseur de quantité, préférer la certitude d’un événement pour le lendemain plutôt que l’espérance d’y être avec tous ses sens. Attendre que les autres viennent se révolter dans nos propres têtes et les laisser exiger qu’on regarde le ciel dans leurs yeux, sans jamais lever la tête vers ce plafond, être de ceux qui s’usent pour ceux qui sucent. Une sorte de bourgeoisie kabyle sortie de nulle part, une aristocratie-prostituée où tout est dans le mot. Toute cette doctrine conçue sur la base de l’art de faire jouir les mots sans jamais arriver à les féconder. Qu’avions-nous à reprocher à l’Algérie si ce n’était l’Algérien !?