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Nouvelles

Ce jour où il vola mon innocence, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Lundi, 26 Mars 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ce matin. Sang de mes menstrues mélangé au sang de mon hymen déchiré. A l’aube. Déchiqueté. Pendant que tout le monde dormait. Défloration ! J’ai crié. Au viol ! J’ai hurlé.

Le deuxième crime de la saison venait d’être commis. Sur mon corps, à l’aube. Entre obscurité et lumière. J’ai pleuré. Rapt !

Il m’a surprise dans mon lit. Il est venu dans ma chambre à pas de loup. J’ai crié, mais aucun son n’est sorti de ma bouche. Il se jeta sur moi, bâillonna ma bouche et banda mes yeux. J’ai appelé au secours mais mes mots se sont tus. Je ne l’ai pas vu car son visage était noir. Je ne l’ai pas reconnu car à la place de son visage, il y avait un sexe, long, rouge, dur qui saignait ; du sang blanc. Bizarre ! Le sang des hommes n’a-t-il pas la même couleur que celui des femmes ?

La vie est un vaste jardin de roses, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 13 Mars 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

– Hé Ô, faut pas avoir peur ! souffla-t-elle dans le creux de mes oreilles pendant que je dormais à poings fermés, après une journée de dur labeur.

L’aube des jours heureux fait son entrée dans la légende primitive. Pendant ce temps, je m’agrippe au sommeil qui m’entraîne jusqu’aux confins de mes origines lointaines. Je dors profondément !

Le tumulte des mots susurrés par la quiétude aurorale qui tremble de tendresse, à l’aube de la brume fuyante, a cessé, tandis que la vie continue à moissonner la terre belle et généreuse.

Là-bas, loin de nos aveuglements, des êtres de chair, des hommes, des femmes et des enfants, esseulés, les corps enveloppés dans le coffin de l’au-delà, offrent leur âme en libation. Au seuil de l’éternité or-rougeoyante, une salve de rires déchire la terre d’un mouvement hystérique. Etonnement rédempteur !

Les enfants de Rodrigues, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mercredi, 07 Février 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Cette sensation a commencé un 13 novembre, le lendemain de mon arrivée à Rodrigues. L’île Rodrigues. Par un petit-déjeuner d’abord sur une nappe bleue cousue de rubans rouges. Du riz, des lentilles, du potiron cuisiné avec soin, les soins de mon hôte dont le prénom aurait dû déjà m’éclairer. Héloïse. Son sourire d’abord, au téléphone, depuis l’aéroport de Port-Louis, à l’île Maurice. Un premier retard, un problème technique, un problème d’appareil, un problème de pilote malade, des passagers absents, des bagages à débarquer, cinq heures de retard. Par chance pas de vents violents, ce jour-là, je me souviens avoir regardé le ciel, je crois que le ciel était clair. Ses bras ouverts à mon arrivée, elle sur le seuil de son gîte, la terrasse entre nous, moi sur mes gardes. Où déjà ?

Rodrigues.

L’homme abstrait, par Jean-Paul Gavard-Perret

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 06 Février 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Quoique manifestement indifférent à tout ce qui pouvait s’apparenter à une relation amoureuse et vraisemblablement aussi à toute relation humaine, une sorte de grand-mère – que je connaissais à peine sinon par ses prénoms (Le Fouèse et La Blonde des Maisons) – m’a légué tout ce qu’elle possédait. Elle y joignit une lettre où elle me traitait de tous les noms. Au lieu de vous les énoncer je vous listerai – en mon propre héritage – ce que fut son legs. Ayant reçu ses clés, je suis allé dans sa remise. Il y avait un bric-à-brac de boîtes. Je les ai ouvertes une à une… Il y avait la boîte à rire, la boîte à sourire, la boîte à pleurer et celle à pleurer de rire. La boîte à ouvre-boîte (j’aurais dû commencer par elle, encore aurait-il fallu qu’elle soit bien rangée). La boîte aux lettres d’amour et celle aux lettres de rupture. La boîte à chaussettes et celle aux godemichés sur laquelle était écrit « boîte à promesse ». Bref la boîte à trancher les problèmes ou à parer au plus pressé. Il y avait aussi la boîte aux taciturnes burnes, la boîte à blancs de poulet. La boîte à plumes et celle à défauts que je trouvais au poil. La boîte à lune nommée sur le côté « boîte de nuit ».

Une Vie poétique – Histoire zénithale, par Patrick Abraham

Ecrit par Patrick Abraham , le Lundi, 05 Février 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

(Un matin, tu trouverais sa chambre vide. Aucun mot n’aurait été scotché sur le frigo. Il ne répondrait pas à tes appels. Abîmé, tu froisserais l’inexistant papier sombre et soyeux dont son image aurait été faite.)

*

Tu aimais la façon dont il laissait traîner ses vêtements sales partout dans la maison, les fourrait en boule dans son sac après les avoir sortis de la machine à laver mais, dans un magasin, remettait impeccablement dans leurs plis ceux qu’il avait essayés. Tu aimais l’élégance de ses gestes quand il fumait ou tapotait sur son téléphone portable : quelle rage, quelle humiliation pour lui si tu lui avais dit qu’ils étaient pour toi, dans leur perfection désinvolte, leur légèreté, leur inachèvement – la Grâce ! Tu aimais sa démarche très droite et un peu voûtée avec les bras le long du corps, les mains jamais dans les poches mais les paumes ouvertes vers l’arrière – si bien qu’au bout de quelques mois sans l’avoir cherché tu l’imitas. Tu aimais ses positions dans le sommeil : comme il se levait tard, bien après toi, tu le regardais dormir et le parcours de son corps sur le lit d’heure en heure, sa gymnastique immobile, avaient à tes yeux un mystère quasi théologique.