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Nouvelles

La nuit de Zabach (I), par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Jeudi, 19 Avril 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« Oyez Oyez !

Ya ahl dînMary’am al adrââ a enfreint l’une de nos règles sacrées. Malheur !Ô gens pieux, Mary’am la vierge nous a déshonorés.Ô hommes de bien, allons mettre en route l’ordre moral ! Gardiens de la moralité, nettoyons nos vies, débarrassons notre existence de cette créature satanique ! Ô croyants, purifions notre descendance, adoucissons la colère d’Allah ! Sa fureur gronde ! Yalla, Yalla ! El-Elohim grogne, Son mécontentement retentit au-delà des mers et des océans ! Le Seigneur crie ; Il sermonne ! Ô gens de bien, ce soir, venez, venez nombreux et nombreuses, devant la maison de Si L’Hou-Sine, le vieux pieux, l’adorateur d’El-Elohim ! Gens de peu et Gens de bien, venez assister à la punition divine ! Venez et vous serez récompensés dans l’au-delà, au pays des eaux guérisseuses, des forêts de jade, de la grâce illuminée, du jardin des délices jonché d’orchidées pourpres, d’asphodèles et de narcisses odorantes. Sur les hauteurs de ce lieu paradisiaque, des créatures de rêve donnent naissance à des anges écarlates brillant de beauté. Venez ce soir à dix-huit heures pimpantes ! Venez et soyez nombreuses et nombreux !

Le paradis terrestre (coulisses), par Jean-Paul Gavard-Perret

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 16 Avril 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

J’ai connu mes premiers émois charnels devant une statue de Notre-Dame-de-la-Salette. La beauté féminine sacrée cachait déjà mon dévoiement, mon démon et ma honte. J’imaginais derrière les plis bleus de la longue robe de la Vierge ses cuisses.

En ce lieu saint et au moment de la messe, je me plaçais toujours derrière une même femme qui semblait porter dieu en elle juste un peu plus haut que ses cuisses en partie recouvertes. Sans doute aurait-elle pu être ma mère. Cela n’enlevait rien à ses charmes. Au contraire. Il y avait belle lurette qu’en moi Œdipe s’abîmait.

Je me mettais toujours derrière la paroissienne afin de regarder la couture de ses bas lors de la génuflexion. J’imaginais leur impossible seuil que jouxtaient sans doute deux porte-jarretelles. En de telles perspectives il était peu probable que la féminité ne contienne qu’elle-même.

Et si certaines religions prescrivaient la représentation humaine ce n’était pas par hasard. Il y avait dans la femme le venin sublime – substance créée par Dieu lui-même. Et chez ma pieuse cela s’accompagnait du parfum « Soir de Paris » de Bourjois, avec un J comme joie.

Ce jour où il vola mon innocence, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Lundi, 26 Mars 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ce matin. Sang de mes menstrues mélangé au sang de mon hymen déchiré. A l’aube. Déchiqueté. Pendant que tout le monde dormait. Défloration ! J’ai crié. Au viol ! J’ai hurlé.

Le deuxième crime de la saison venait d’être commis. Sur mon corps, à l’aube. Entre obscurité et lumière. J’ai pleuré. Rapt !

Il m’a surprise dans mon lit. Il est venu dans ma chambre à pas de loup. J’ai crié, mais aucun son n’est sorti de ma bouche. Il se jeta sur moi, bâillonna ma bouche et banda mes yeux. J’ai appelé au secours mais mes mots se sont tus. Je ne l’ai pas vu car son visage était noir. Je ne l’ai pas reconnu car à la place de son visage, il y avait un sexe, long, rouge, dur qui saignait ; du sang blanc. Bizarre ! Le sang des hommes n’a-t-il pas la même couleur que celui des femmes ?

La vie est un vaste jardin de roses, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 13 Mars 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

– Hé Ô, faut pas avoir peur ! souffla-t-elle dans le creux de mes oreilles pendant que je dormais à poings fermés, après une journée de dur labeur.

L’aube des jours heureux fait son entrée dans la légende primitive. Pendant ce temps, je m’agrippe au sommeil qui m’entraîne jusqu’aux confins de mes origines lointaines. Je dors profondément !

Le tumulte des mots susurrés par la quiétude aurorale qui tremble de tendresse, à l’aube de la brume fuyante, a cessé, tandis que la vie continue à moissonner la terre belle et généreuse.

Là-bas, loin de nos aveuglements, des êtres de chair, des hommes, des femmes et des enfants, esseulés, les corps enveloppés dans le coffin de l’au-delà, offrent leur âme en libation. Au seuil de l’éternité or-rougeoyante, une salve de rires déchire la terre d’un mouvement hystérique. Etonnement rédempteur !

Les enfants de Rodrigues, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Mercredi, 07 Février 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Cette sensation a commencé un 13 novembre, le lendemain de mon arrivée à Rodrigues. L’île Rodrigues. Par un petit-déjeuner d’abord sur une nappe bleue cousue de rubans rouges. Du riz, des lentilles, du potiron cuisiné avec soin, les soins de mon hôte dont le prénom aurait dû déjà m’éclairer. Héloïse. Son sourire d’abord, au téléphone, depuis l’aéroport de Port-Louis, à l’île Maurice. Un premier retard, un problème technique, un problème d’appareil, un problème de pilote malade, des passagers absents, des bagages à débarquer, cinq heures de retard. Par chance pas de vents violents, ce jour-là, je me souviens avoir regardé le ciel, je crois que le ciel était clair. Ses bras ouverts à mon arrivée, elle sur le seuil de son gîte, la terrasse entre nous, moi sur mes gardes. Où déjà ?

Rodrigues.