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Nouvelles

Fausses fenêtres, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 17 Août 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ton horizon de travail est une fenêtre fermée. Un chien-assis. Donnant sur le mur fraîchement repeint du bâtiment en face, le bâtiment B. Un mur en angle. Devant, deux aérations en forme de croix de Saint-André. Entre, quatre lucarnes. Positionnée sur la gauche du cadre, le cadre étant la fenêtre, ce carré presque parfait donnant sur le mur blanc du bâtiment B.

Sur la droite, deux fenêtres. Vue sur la cage d’escalier et sa rambarde. Il pleut aujourd’hui. Des câbles partent desdites fenêtres, ils remontent le long de la gouttière, peinte en blanc. Alignement parfait. Pas de lumières allumées. Il est trop tôt pour un dimanche matin. Jadis il y avait des fleurs, accrochées sur les rebords des appartements. Des garde-corps peints en noir. Pas de signes de vie, aucun détail ne révèle une quelconque attache au lieu. Ou son amour.

Tu écris devant un mur de briques blanches.

Déshabillons la Récamier, par Charles Duttine

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 03 Juillet 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Qui n’a jamais été fasciné par une douce peinture, surtout lorsqu’elle représente une figure féminine ? Il y a des tableaux qui possèdent une grâce indéfinie devant laquelle on se laisse facilement subjuguer. Certainement, le peintre devait être amoureux de son modèle pour la représenter d’une manière gracile, sensuelle ou piquante selon les cas. On répondrait volontiers à l’appel de ces figures peintes.

Pour Augustin, notre personnage, tout avait commencé en classes de lycée. Il s’ennuyait ferme dans ces salles qui tiennent de la caserne ou du centre aéré. Pendant le cours, alors que son professeur pérorait, lui feuilletait négligemment son manuel d’histoire ou de français, le coude sur le pupitre et le menton rêveur dans la main. Son humeur vagabonde le fit tomber un jour sur le portrait de Madame Récamier. La reproduction ne le laissa pas indifférent, loin de là. Pendant que le professeur parlait de Spinoza ou de Heidegger à faire bâiller tout un contingent de bacheliers, Augustin n’en finissait pas de détailler ce portrait de Madame Récamier. Pour une trouvaille, c’était une trouvaille !

Tout autre chose que la nuit (2), par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Samedi, 01 Juillet 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Il est bien, dans son premier été d’homme, Emmanuel. Quand la femme pâle revient, il entrouvre les yeux. Elle lui prend la main, le poignet, se penche un peu. Quand son visage est assez près, il la regarde et lui dit simplement : « Laissez-moi ».

Elle lui sourit et dit « ok », vérifie la perfusion, tripote quelque chose sur la table de chevet. Elle sort, il n’a pas réalisé qu’il s’endort. Aucune importance, il est retourné là-bas.

Quand il se réveille le jour a baissé. Il a demandé les volets ouverts quelle que soit l’heure. Même la nuit. Tant que l’obscurité est celle d’un vivant, aucune raison de s’en priver. Il sait aussi qu’il lui en reste, de cette nuit à venir. C’est à l’aube qu’on prend le Train pour Nulle part. La femme pâle vaque dans la maison, il entend son pas, des voix étouffées. Le mot qui lui vient à l’esprit, à peine un œil jeté au crépuscule dehors est « deuxième ». Deuxième quoi ?

Le Cadeau, par Clément G. Second

Ecrit par Clément G. Second , le Jeudi, 29 Juin 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

À peine entendit-elle la sonnette depuis le salon où elle lisait, qu’elle courut jusqu’à la porte d’entrée et l’ouvrit violemment. Mais sur le palier, personne. Ce devait être quelqu’un de bien agile : pas un bruit, pas de mouvement perceptible dans l’escalier. Elle courut à la fenêtre ouverte du salon et se pencha : la rue n’offrait à voir que sa tranquillité vide.

Cette fois encore, « on » s’était évanoui après avoir déposé un paquet de plus sur l’essuie-pieds. « On » avait dû dévaler l’étage puis sortir en vitesse de l’immeuble et tourner à angle droit pour s’engouffrer dans la courte ruelle qui menait au bas de la ville. Trop tard pour la poursuite. Elle alla ramasser le paquet, qu’elle posa sur une étagère de l’entrée en attendant de le ranger avec les autres.

Cécile n’y comprenait rien et s’en tourmentait depuis la première fois, quelques semaines auparavant, où une sorte de petit colis sur lequel était écrit « Cadeau » l’attendait sur le palier sans personne pour le lui offrir.

Tout autre chose que la nuit (1), par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Mardi, 27 Juin 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Il rêvait éveillé pour profiter de la vie comme on la distille. Parfois la femme pâle ouvrait la porte, jetait un coup d’œil : il fermait les yeux, contrôlant sa respiration. Il savourait plusieurs chances : avoir eu une vie acceptable, s’acheminer vers la sortie sous son toit et sans souffrance majeure, faire semblant de dormir comme à huit ans, quand une mère angoissée – pléonasme –, au point de le garder à la maison avec 37°7 de température, venait dans sa chambre toutes les heures afin de déposer sur le front de son Prince un baiser transparent comme sa propre conscience.

Le présent étréci relevait de la même imposture : je ne dors pas vraiment, laisse-moi rêver.

La femme pâle n’était pas maternelle, on la payait pour s’occuper de lui. Mais il aimait son visage. Elle sortait de la chambre comme on s’envole, s’évaporant dans un parfum de sauge, une odeur miellée de tisane proche de celle de l’oubli. Après quoi il reprenait les berges paresseuses du fleuve-mémoire, sans s’épargner les grands trous de vase douce, les herbes masquant le fond, les rides de l’eau, les reflets. Il s’installait dedans malgré des peurs fugaces, en homme sûr de ses pas qui ne s’en laisse pas conter. Il perdait parfois des choses, mais lui ne se perdait jamais.