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Nouvelles

L’absente (2) - Brisure, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 13 Octobre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Des étendues et des jours qui commençaient à 6.15 am, à marée basse. Mon épouse prenait un bain devant « chez nous » entre maîtres et chiens, jeux de bâtons et aboiements autorisés avant dix heures du matin. Des odeurs de vase. Depuis notre terrasse, je guettais ses brasses, un point noir en surface, je guettais son retour. J’étais inquiet.

Zéro goutte en provenance des nuages.

On nous avait bien renseignés. 8000 résidents, 30.000 en période de vacances, une communauté d’artistes, de hippies, de gens fortunés, des retraités, des mines refaites, des mines affaissées. Des maoris chauffeurs de bus, des maoris avachis sur des chantiers, défaits, des femmes obèses, des femmes en pause, des femmes âgées caissières au supermarché. Puis des vacanciers chinois et français, des serveurs ou des jeunes « waffeurs » venus d’Europe ou d’Amérique pour parfaire divers apprentissages. Une destination dite phare, « encore vierge d’un tourisme de masse ». Oneroa nous attirait, Oneroa m’impressionnait.

L’absente (1) - Rétractation, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mardi, 04 Octobre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

J’avais été happé jusqu’à cette maison, située au bord d’Oneroa, en bord de mer. Un « bateau ancré au port de Waiheke attendant son hôte ». J’avais jugé ce descriptif traduit en français, mauvais, ordinaire. Néanmoins, j’avais réservé pour dix-neuf nuits. Depuis un site internet. J’avais versé une caution dès ma transaction confirmée. J’étais pressé.

J’étais. J’étais heureux parce que nous fêtions, mon épouse et moi, nos deux anniversaires, ses quarante ans, mes cinquante ans, nés un douze janvier.

Waiheke était une étendue de terre éventée au sud de Sydney, au sud de Nouméa, un point dans un océan Pacifique. Nous partions au bout du monde, pour vingt-et-un jours, au pays des kiwis, sans trop savoir où. Je refusais de voir des images, j’écartais toute documentation qui m’informerait sur ma prochaine destination. D’abord m’immerger puis nous surprendre. Je me renseignerai dès notre retour. Je procédais ainsi, organisant nos escapades par intuition, toujours au dernier moment. Nous voyagions avec un bagage, des papiers et un bouquin pour deux. Marguerite Yourcenar et son Denier du rêve. Nos attentes en poche, deux papiers au format A4 pour toute confirmation, des coordonnées, des numéros et une adresse.

Heureuse celle qui pleure l’amant perdu, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 21 Septembre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Alors qu’elle avance lentement dans les ruelles étroites et enchevêtrées à peine animées de la haute Casbah, une voix masculine sur fond de musique douce et lente s’échappe d’une demeure construite sur le point culminant de ce lieu qui, malgré son état de délabrement, ne se lasse pas de charmer et d’enchanter les âmes fuyantes. A l’heure du crépuscule maudit.

Soudain, elle a la vague impression d’entendre des chuchotements. Là… Derrière elle. Non… Non… Juste là… Devant son visage ébahi. Dans le creux de ses oreilles qui bourdonnent de peur. Des Bouts de récits. Des fragments de révélations à peine audibles. Susurrés… Vécus sur le chemin de jadis. Peuplé de secrets engloutis par les terres du couchant.

Là… Là… Sur les murs de cette grande maison ancestrale hantée par la malédiction. Oui ! Oui ! Sur la façade lézardée de cette  demeure qui abrite des êtres fatigués de vivre une existence en proie au désordre et à la déperdition. Et tout à coup, sur son corps assiégé par l’étonnement, une foultitude de mots. Qui tournent le dos à l’échec de cette tentative désespérée de donner un sens à cette vie en éclats. Des mots… des mots… des mots… Oui. Oui. Des mots. Ô malheur ! Les voilà qu’ils parlent une langue désarticulée. Son sens échappe à sa compréhension.

Apocalypse time, par Malgorzata Kobialka

Ecrit par Malgorzata Kobialka , le Vendredi, 09 Septembre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

« – Ecoute, me dit la Vieille, ce n’est pas possible, tu ne peux pas vivre de deux côtés à la fois, du côté du rêve et du côté de la réalité, cela provoque des hallucinations, tu es comme un somnambule qui traverse le pays les bras tendus et tout ce que tu touches commence à faire partie de ton rêve… »

Obscure, sobre, orageux, dernier dimanche de juillet. Je suis en train de lire Requiem d’Antonio Tabucchi, un récit ou plutôt une hallucination à douze heures, 180 degrés du cadran à douze portes. Il ne s’agit pas d’un requiem pompeux mais d’un requiem sorti dans la rue, chantonné en accompagnement d’un petit harmonica, ou bien, d’un orgue de barbarie. Le récit se déroule… le dernier dimanche de juillet à Lisbonne…

L’après-midi, Jo et moi, nous flânons dans un Paris sobre et ténébreux, quelques musiciens à Paris-Plage « violonent » quelques misérables chansonnettes. Nous nous dirigeons vers un petit bar improvisé sur une plage artificielle en plein cœur de la ville aujourd’hui à moitié vide. Les gens se promènent d’un pas légèrement hésitant comme s’ils voulaient convaincre eux-mêmes que c’est vraiment l’été, et que le petit café de la « plage » déserte n’est pas tellement abandonné, que cet été n’est pas différent de tous les autres étés pétillants et ensoleillés. La serveuse arrive avec les bières : « Vous n’avez pas froid ? » demande-t-elle. « Si, mais quoi faire, je crains bien que l’on ne puisse pas vous demander de mettre le chauffage ».

Crossroads, Chapitre cinquième, par Benjamin Hoffmann

Ecrit par Benjamin Hoffmann , le Mercredi, 31 Août 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

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Julien, Français installé à Tokyo, a de plus en plus de difficultés à distinguer la réalité de la réalité virtuelle. Inspiré par Jacques le Fataliste et Person of Interest, par l’affaire Snowden et The Social Network, ce roman en cours d’écriture attend votre participation : avec Crossroads, le récit prend la direction que vous lui donnez.

 

Où l’on revient au commencement parce qu’on va s’y perdre à la fin

De la structure, lecteur, de la structure avant toute chose. C’est qu’il faut organiser le récit, se recentrer sur ses enjeux principaux et son personnage central ou bien, à force de digressions, de perspectives ouvertes et jamais parcourues jusqu’à leur terme, ce roman va perdre tous ses repères aussi bien que la vie elle-même et la vie, hélàs, nous ne savons que trop ce que c’est : c’est de la littérature sans finalité. « Mais vous écriviez la fois dernière que le roman a pour mission de, je cite, “tisser toujours davantage son réseau exponentiel de destins”. Il faudrait savoir ce que vous voulez ! ».