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Nouvelles

Sacrée bavure, Par Catherine Dutigny/Elsa

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 06 Juin 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

La rue de Pigalle est déserte. La pluie glacée laque les pavés disjoints. Un panneau publicitaire, veuf de plusieurs lettres affiche son slogan aussi clairement qu’un rébus directement sorti des pages de l’Almanach Vermot. Le « J » et le « F » y pendent lamentablement, comme les testicules d’Enoch Poznali, dit La Volga, après son exécution. Les flonflons du Front populaire ne feront pas, ce soir, chavirer le cœur du quartier interlope. Inutile de chercher sous une porte cochère, dans l’embrasure d’un hôtel de passe, les appâts d’une putain aux jambes gainées de soie.

Un œil attentif, scrutant les encoignures noires pourrait surprendre quelques silhouettes furtives, un pan d’imperméable, deux ombres discutant dans une tire, la flamme d’un briquet à essence.

Une oreille, tout aussi attentive, percevrait derrière les volets clos du cabaret, au numéro 66, les éclats de voix et résonances de la grand-messe des marlous de la Butte.

Du bon, du moins bon et du meilleur, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Lundi, 04 Juin 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

En France, le soldat est subordonné au général, le curé à l’évêque et le fonctionnaire au haut-fonctionnaire : la France est « enrégimentée », disait mon chef-instructeur Lajos Kalman, Sr. Les Musulmans parlent directement à Dieu, à Allah et respectent leurs imams. J’ai rencontré ce jour – jour de la première pierre posée à la construction de la mosquée d’Annecy – Achour avec qui je travaillais il y a dix ans au centre de tri. Nous avons bu le thé et fumé des Marlboro et des Chesterfield. Nous avons parlé des bons moments présents et de mes mauvais moments passés, lointains ou proches. Il m’a dit qu’un frère aide son frère dans la détresse quelle que soit sa maladie, sa condition, sa religion, sa « race ».

Je suis étonné ; je recherchais une compagnie ce matin pour échanger et j’ai revu Achouraprès toutes ses années… Il y a deux jours, mon ancien et premier professeur de latin et lettres classiques en Haute-Savoie m’a reçu et nous avons échangé. Nous avons deviné et dégusté un Muscadet sur lie, nous avons évoqué Lisboa et l’ambassadeur du Japon, aussi son élève latiniste, nous avons parlé fidélité, fraternité et un peu latin :

Dites-moi quelque chose de précieux, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 30 Mai 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ce que je connais de la « fonction » paternelle est presque rien ; personnellement, j’ai juste endormi ma fille toute neuve lorsque sa maman s’épuisait à ne pas la calmer, épuisées toutes deux.

Ce que je retiens des pères en France est la perversité : le père vers le Mal, le pervers-le mâle.

Aux Etats-Unis, j’ai vu des pères bons, la plupart étaient chrétiens, mais aussi musulmans à divers degrés. Comme si le bonheur, la bonne heure d’être un pair avec sa chère et tendre épouse, les rendaient… épanouis. Cela n’empêchait pas les désagréments, les disputes, les « adultères » : des adultes errent.

Les enfants ne s’en portaient que mieux : une maman et un papa heureux font des enfants heureux. Bien sûr, comme les enfants français, les petits étasuniens ont besoin de soin : bras cassé, baisse de moral à l’école, maman célibataire ayant une vie « sociale » dont le fils appelle le maître « papa » et à qui il confie : « j’ai deux papas »… torticolis, angines, bref les bobos sont soignés par des médecins, des kinés, des profs sympas et compétents.

Le Pompéi, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Mardi, 29 Mai 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Lorsqu’en fin de journée le juge Hubert Michaud, un magistrat d’une cinquantaine d’années, s’attaqua à son dernier dossier, il ne pouvait prévoir que dès son ouverture une bombe à retardement se placerait sous son siège… Il s’agissait d’une banale affaire de mœurs, d’une mère déchue de ses droits sous le chef de prostitution occasionnelle et qui, essayant par la force de récupérer son enfant placé dans une famille d’accueil, à l’arme blanche blessait ses tuteurs, avant d’être lors de sa fuite avec son rejeton – un garçonnet de huit ans –, récupérée par la maréchaussée… En détention préventive cette jeune femme, sans antécédents judiciaires, attendait son verdict… Ereinté par une journée passée à démêler le vrai du faux d’affaires aussi complexes qu’ennuyeuses, le juge optait pour une peine d’emprisonnement de six mois, pour l’exemple, tant l’indignité de ces femmes préférant leurs plaisirs à leurs devoirs le révulsait, lorsque en manipulant ce dossier, une enveloppe chut à ses pieds. Le juge Michaud se pencha pour la ramasser, la palpa puis se figea : elle était épaisse, ne portait ni adresse ni signe distinctif, seuls sur son verso étaient lisibles les mots suivants : « Bons baisers du Pompéi »… Confus, il se retourna vers sa secrétaire, une trentenaire dont le tailleur rehaussait sa sensualité, et lui demanda : « Séverine, connaissez-vous la présence de cette enveloppe ? »… Après un instant de réflexion qui lui parut suspect, la secrétaire répondit : « Ah, je l’avais oubliée, un greffier me l’a transmise tout en me déclarant qu’elle provenait d’un familier de Mme Simplon ! Ensuite, je l’avais glissée dans son dossier ! »…

La nuit sans Zabach (III), par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 23 Mai 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

En voyant la foule rassemblée devant la maison familiale, Mary’amcomprit que le moment ultime était arrivé. Elle se rappela alors des prières de sa grand-mère, Sara, et murmura :

– La lumière gît dans les confins des ténèbres, n’est-ce-pas ? Allah ya Allah,j’implore Votre protection ! Rebbi ya Rabbi, jeVous offre ma pureté, en échange, envoyez-moi l’ange rédempteur pour qu’il me sauve, ya El-Elohim ! Votre clémence, Seigneur ya Allah ; Votre compassion !El-Elohim, Allah, Seigneur ! Avé Mary’am !

Le père entendait les supplications de sa fille. Chaque mot prononcé agissait comme une balle tirée à bout portant dans son cœur tourmenté. Il avait honte d’être là, parmi ces hommes et ces femmes, participant à la lapidation de celle qui l’aida à surmonter tant d’obstacles. Si L’Hou-Sine, le vieux pieux, l’adorateur d’El-Elohim n’osait pas regarder sa fille dans les yeux. Comment faire face à celle à qui il avait prédit une vie couronnée de succès et de bonheur ? Comment contribuer à l’anéantissement de celle dont le nom revenait sans cesse dans ses prières ferventes et pleines de grâce et de miséricorde ?