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Nouvelles

Le complexe de l’écrivain (2), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Mardi, 26 Septembre 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Frédéric Beigbeder, si tu me lis, je suis prisonnier des mots d’un certain poète qui s’appelle Éric Dubois, beaucoup plus âgé que moi. Et cet Éric Dubois essaie, cette fois-ci, autre chose que l’autofiction. Frédéric, écoute-moi. Mon quartier c’est Ménilmontant, la rue Oberkampf avec ses étudiants, ses bobos, ses hipsters et puis ses dealers de shit. Il y a aussi ses librairies, comme dans presque tous les quartiers de Paris. Paris c’est le rêve de tout écrivain, qui vient de province. Moi, je viens de la banlieue mais c’est tout comme. J’occupe mes journées à écrire mes piges avec mon ordinateur portable, dans des cafés silencieux où vont et viennent de jolies filles studieuses. Laure en fait partie. Elle ne se rend pas compte que du haut de mes trente ans, mon aspiration légitime à devenir un écrivain reconnu m’obsède au point que j’en perds parfois sommeil et appétit. Frédéric, mon monde est bien loin du tien mais t’as dû en passer par là, je suppose, chassant de ton esprit les slogans publicitaires que tu pondais, en créatif inspiré, et rêvasser prix littéraires et gloire pour tes premiers romans. Mon premier roman, je ne l’ai pas encore écrit, je te le dis, Éric Dubois se sert de moi comme d’une marionnette ! Et c’est difficile de s’échapper de son emprise !

Tout autre chose que la nuit (3), par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Lundi, 25 Septembre 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Troisième-premier

Une rentrée de Pâques, un avril frais, un prof absent et donc le cadeau d’une journée moins longue. Mais Louis est absent aussi, ce qui ne lui ressemble guère. Emmanuel passe chez lui en milieu d’après-midi. Il trouve la maison plongée dans un silence de moniale : Louis hospitalisé pour un début de péritonite, ses parents se trouvent à son chevet. Sa sœur lit un magazine dans la cuisine. Emmanuel se demande pourquoi elle-même n’est pas là-bas, mais ne pose pas de question.

Il remarque qu’elle n’est plus coiffée pareil ; ses cheveux raccourcis lui donnent des traits d’enfant. Elle sourit quand il lui en fait la remarque et il voit qu’elle rougit. Elle ne semble pas timide, d’ordinaire, mais au fond qu’en sait-il ? La pitié qu’il ressentait pour lui-même dévorait son regard sur les autres. Soudain, Métisse s’efface de sa tête et il regarde mieux la sœur de Louis.

Son nom ?

Confidentielle, par Clément G. Second

Ecrit par Clément G. Second , le Mardi, 19 Septembre 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Tata Lily, notre grand-tante, avait beau se montrer la plus affectueusement enveloppante des Ancêtres de la famille, ses bras nous bercer dans sa voluptueuse corpulence, ses lèvres pourtant aussi poilues que celles des autres tantes ne jamais picoter nos joues lorsqu’elle nous embrassait, la douceur de son visage rendre irrésistible le moindre de ses désirs ; Camille et moi finîmes par nous accorder à la trouver insupportable sur le chapitre des courses dans la ville haute.

Chaque matin, éveillés de bonne heure dans la chambre-dortoir où les croisillons de la fenêtre sans persiennes tamisaient mal la première entrée du jour, nous nous levions en silence parmi nos cadets endormis et filions sur la terrasse puis jusqu’à la cuisine. Tata Lily, comme le rapportait sa légende confirmée discrètement par nos parents, devait avoir eu le temps dès avant l’aurore de prendre son bain de mer dissimulée nue derrière les rochers non loin de la Marine puis de nous préparer le petit-déjeuner. Après le rite copieux des baisers tendres ponctués de mèches encore mouillées, nous pouvions tremper à loisir ses tartines à l’huile d’olive dans un succulent chocolat de son secret. La table débarrassée, nous nous glissions tant bien que mal entre de nouvelles salves de baisers pour nous adonner à la contemplation de la mer depuis le muret de la terrasse tout en esquissant les possibles de notre journée enfantine.

Lilia, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 14 Septembre 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

À feu B. Benamar

 

Tunisie. Je ne savais pas pourquoi ce mot se confondait toujours dans ma tête avec le mot « Liberté ».

J’avançais vers le musée Bardo, un bouquet de jasmin dans la main. A l’entrée, des images de sang et de cris bourdonnaient autour de ma tête. Elles me dérangeaient, me donnaient envie de crier, m’empêchaient d’entrer au musée, me forçaient de penser à la mort. J’enfonçai mon nez dans le bouquet et d’un coup toutes ces images se dissipèrent. En Tunisie, l’odeur de la vie était plus forte que celle de la mort. Je posai le bouquet au seuil pour rendre hommage aux victimes de l’attaque. J’entrai.

Je passais d’un couloir à l’autre en admirant les œuvres. J’étais notamment fasciné par les mosaïques qui racontaient des siècles d’Histoire. Près d’une sculpture en marbre, une jeune fille me tendit son téléphone et me pria de la prendre en photo.

Hommage à Baudelaire (XX) - Sous les soleils mouillés de Baudelaire, Charles Duttine

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 21 Août 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Il fait beau en cette saison. Le soleil est omniprésent et parcourt son orbite d’une manière mathématique et insistante. Mais, qu’en est-il de cet astre chez Baudelaire ? A première vue, il ne semble pas peupler l’univers du poète. L’été n’est pas la saison que l’on associe à Charles Baudelaire, mais ce sont plutôt l’automne et l’hiver, lui le poète de l’ennui, du spleen et de l’affreuse mélancolie. « O fins d’automnes, hivers, printemps trempés de boue / Endormeuses saisons ! Je vous aime et vous loue… » écrit-il dans Brumes et pluies.

Pourtant combien d’occurrences sur l’astre solaire ! Et que de références ! Même un poème est intitulé Le Soleil (poème LXXXVII) curieusement placé dans la section Tableaux Parisiens. Lors de la première édition, celle de 1857, ce poème était d’ailleurs situé en deuxième position après Bénédiction dans la section Spleen et Idéal, place qui sera ensuite attribuée à L’albatros.

Par-delà ce poème, voici quelques modestes pistes sur cet astre chez l’ami Baudelaire.