Identification

Nouvelles

Péplums, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Mercredi, 15 Août 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

L’évasion passe par le cinoche ! Aussi permettez-moi de plaindre les non cinéphiles, qui avides de liberté s’offrent des week-ends prolongés, se coltinent des bouchons, alors que par le biais d’innombrables films proposés par une florissante industrie cinématographique, ils s’éviteraient crises de nerf et prises de tête, plus au calme vivraient des émotions rarement au rendez-vous lors de leurs hebdomadaires déplacements… L’offre est abondante et diversifiée : nanars, péplums, films cultes, la palette des sensations est illimitée, et bien qu’il faille se méfier d’une possible addiction, ce dit septième art pouvant s’approprier les ramollies méninges des spectateurs, ces ressourcements qu’il nous propose valent bien les heures de désagrément passées dans les embouteillages… Dans les années cinquante, en nos recoins de province nous ne connaissions pas ce genre de problème, nous bénéficions d’air pur et d’espace où nous ébattre, de no man’s land composés d’anciennes friches agricoles sur lesquelles, libres de nos mouvements, nous en partagions leurs territoires, y élevions des cabanes afin d’y abriter nos respectives tribus ; érigées elles nous autorisaient, équipés d’un armement léger, sarbacane, frondes, arcs, etc., à nous lancer dans des aventures évidemment copiées sur les films à succès du moment, après avoir bénéficié d’une avant-première par l’intermédiaire de notre hebdomadaire passage par le patronage des curés, où ils nous y projetaient les inévitables burlesques, pas les moins dangereux pour nos infantiles entendements, quoique vous en pensiez !…

La vie du premier Apôtre, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 15 Août 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Michael l’avait aidé à grandir, passer de dix ans à onze ans. Comme le lui avait apprisSorgen, le Serpent-à-pages, Michael devint l’Archange Michel si bellement représenté sur l’île du Mont Saint Michel.

Mais à dix et onze ans, Dialogue ne connaissait pas ces subtilités. Dialogue était comme la Parole de Dieu moinsse le discernement. Dialogue était enjoué, éveillé, vif et intelligent mais aussi rempli d’attentions envers les Autres.

Qui donc étaient ces « Autres » pour le tout jeune Dialogue ?

D’abord, Dialogue fut amené à comprendre le genre, car sur la Terre, il y avait les genres « masculin » et « féminin ». Dialogue fut donc « masculin ». Un autre Ange aurait pu être du genre « féminin », comme Sainte Odile. Et sa fameuse montagne, dans l’Est, où un mémorial rappelait la chute d’un Ange-Avion, un Airbus…

Le chou, la bibliothèque et le cerveau, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 05 Juillet 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Voilà, j’ai porté le papier toilette dans les coins d’aisance et récuré les bassins malpropres. Je me lave les mains et me prépare à écrire, car écrire est un art…

Dans le bac à légumes, chez maman, il y a un chou. Un demi-chou blanc et vert pâle. Maman me dit que les rainures, les « nervures » et les feuilles de chou ressemblent à un cerveau. Elle me dit qu’il faut ébouillanter le chou, enlever le cœur – le chou a un cœur donc, comme le bois a une âme – et le préparer lentement : mijotée avec des lardons… Hum, c’est bon, c’est pour le repas de demain !

Comme pour les rainures trop dures, vieillies et indigestes, la bibliothèque désherbe chaque année les livres inusités. La bibliothèque reste digeste, ses rayonnages et registres sont appétissants. Dans le pays d’où je viens – La Louisiane – les bibliothèques universitaires classent les livres « Littérature française » à la cote « PQ »… « Quoi ! » m’insurgeai-je en monologue intérieur, « les livres de Balzac et de Hugo sont ramenés au rang de papier toilette ! » Essayez de faire bouillir un Père Goriot ou La légende des Siècles ou Le promontoire des songes pour les rendre « digestes » ! Vous ferez chou blanc…

Roulez Jeunesse !, par Charles Duttine

Ecrit par Charles Duttine , le Mercredi, 04 Juillet 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

(Où il est question de Marcel Duchamp, du col de la Croix Morand et du Tour de France…)

 

La foule dense, vive, bariolée semblait agitée d’étranges vagues. On aurait dit des convulsions presque maladives. Les plans d’ensemble qu’offrait l’écran de télévision suivaient cette masse en mouvement. Elle ressemblait à un curieux animal, une énorme couleuvre qui épousait les courbes de la route et, comme les anneaux d’un serpent, elle ondulait, cette foule. Au fur et à mesure que les cyclistes approchaient du sommet, vu de haut et des hélicoptères qui suivaient la course, la frénésie houleuse des spectateurs était perceptible.

La statue des amoureux, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 03 Juillet 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Dans un pays d'Asie, il y a une plage fascinante. Unique. Les touristes viennent des quatre coins du monde pour admirer sa beauté. Dans cette plage, il y a une statue dorée, clouée sur un rocher, à quelques pas de l’eau diaphane. Semblable aux statues de Bouddha, elle représente une femme tenant une flûte dans la bouche.

Splendide, la statue brille de loin. Les marins la prennent pour leur phare, leur guide. En revanche, elle demeure solitaire et délaissée : les touristes, harcelés par la canicule, préfèrent se baigner que d’admirer un objet momifié.

Grâce à mes lectures sur le Bouddhisme, j’ai découvert le secret de cette statue. C’est une femme qui venait, en compagnie de son amant, chaque soir contempler le coucher de soleil sur la plage. Ils se racontaient des histoires et échangeaient des baisers torrides. Avant de rentrer chez eux, la jeune fille jouait à la flûte pour bercer le cœur de son homme. Un jour, après avoir fait l’amour, l’amant décida de se baigner mais disparut dans les abîmes de la mer. Elle le cherchait jusqu’au matin en criant son nom, en jouant de sa flûte, sans le retrouver. On raconte qu’un esprit féminin qui habitait en mer était amoureux du jeune homme et profita de cette occasion pour le ravir. Le posséder. Déchirée par le chagrin, la jeune amante sanglotait chaque instant jusqu’à devenir une statue.