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Nouvelles

Ecoute-moi mon fils…, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Lundi, 29 Janvier 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

En cette heure solennelle de l’aurore bienfaitrice, ouvre bien tes oreilles hermétiques à la grâce de l’Amour et à beauté de la vie ! Ferme tes yeux qui s’écarquillent de stupeur devant le spectacle de la mort qui s’impose à nous avant même le lever du rideau de la tragédie humaine ! A l’heure où je te parle, des êtres sans tendresse, ni amour, regagnent les rives solitaires, de l’autre côté de nos vies orphelines ! Sois attentif à ma parole, cette herbe folle et clairvoyante qui raconte la légende heureuse des esprits libres et rebelles !

Ta naissance ?

Ah, ce jour béni par les astres flamboyants neufs ! Cette nuit-là, belle et magique, la lune noire avait été vaincue par les éclairs imprégnés par la couleur bleutée des feux follets. Aux confins de l’univers, les étoiles folâtres s’acoquinèrent avec le ciel bleui par les meurtrissures divines. Cette nuit de l’Amour, des oiseaux blanc-pureté, envoyés en éclaireurs, entonnèrent l’hymne de la « Joie Retrouvée » ; puis ils disparurent dans le mystère de l’obscurité lucide. Aussitôt ! Les notes de musique de ce chant aux sonorités allègres subjuguèrent nos sentiments bruts. Béatitude ! La vie frémissante de Beauté encore fragile re-naquit !

La jouer solo, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 24 Janvier 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Lorsque la bouteille de champagne déborde sur la table, je me dis que ça ne m’était pas arrivé depuis que j’étais enfant. Toujours la question du temps qui passe. Et l’âge ! Son premier signe chez l’adulte « en bonne santé », les douleurs articulaires. Je me suis fait opérer de mes stigmates aux deux mains : un succès, mais je suis astigmate. Le seul souvenir de ma période d’introversion où j’écrivais la nuit, trois fois par an : l’alcool ; boire à gorge déployée et ne jamais être saoûl. Dire en titubant : « Je ne suis pas saoûl ». La saoûlitude tue la solitude. Au début, être seul avec soi-même c’est être mal accompagné. Et puis, après, une fois qu’on sait, c’est être quelqu’un ou avoir quelqu’une. On est saoûl quand on croit, au milieu des concessions, que tout va bien. En fait, tout va trop vite, on n’a pas le temps de faire le point ou l’appoint. On n’a pas le temps de penser, ou s’arrêter à ce qu’on pense, parce qu’il y a urgence. Partager à tout prix ; et le jardin secret ?

Boire du vin quand on est triste et de la bière pour le devenir. A l’aéroport de Tahiti on entend l’ivrogne dans les toilettes hurler : « Papeete ! ». Cet alcool qui brise les barrières fait venir l’esprit. Mais tous les gens saoûls ont le même humour qui me donne des hauts-le-cœur et me révulse.

Finalement en enfer !, par Nasser

Ecrit par Nasser , le Lundi, 22 Janvier 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Arrivé en enfer, il se rendit vite compte qu’il n’était pas tout seul. Et que la compagnie n’allait pas lui manquer. Les gens avaient plutôt tendance à s’éviter. Mais il ne tarda pas à retrouver d’anciens camarades de classe : « Ah, tiens, quelle surprise, alors… ». Il croisa, de nouveau, de vieux amis bien : « Sans blague, si je m’attendais… ». Sa famille y était, presque au complet : « Et moi qui croyais appartenir à une descendance d’extraction… ». Il reconnut quelques voisins qu’il pensait irréprochables : « Ah, vous aussi, ma foi… ». Il croisa aussi énormément de collègues de travail, alors, à ses yeux, insoupçonnables, directeurs, secrétaires, chefs de service ! Naïf, il croyait que cette foule de connaissances avaient le cœur pur, persuadé qu’ils étaient tout à fait impeccables (1). Par ailleurs, il fallait, dans les plus brefs délais, parer au manque de nouveaux brasiers. Les arrivées massives, pour le moins imprévues, de religieux, toutes confessions confondues, rendaient obsolètes les prévisions établies. Les connaissant, il ne s’agissait pas réellement d’une surprise, mais les statistiques étaient toutefois bousculées. Sur Terre, on leur aurait donné le Bon Dieu sans confession.

L’écrivain et l’albatros, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 08 Janvier 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Il fait beau. Des oiseaux solitaires font sentinelle sur des arbres sans feuillage, lançant des cris maladroits. Au loin, un grand champ où essaiment les déchets de la ville. De temps en temps, un sac en plastique s’envole en imitant les mouettes. La fin du monde sera un sac en plastique. Le soleil est luisant rendant l’automne une prolongation d’été ; l’écosystème est dégradé et la Terre commence à vieillir. Elle est atteinte d’un cancer qui s’appelle l’homme. La montagne, géante, est couronnée par des nuages timides.

Je suis accroupi face au lac. La mer n’est pas loin d’ici, juste à quelques pas.

J’ai rompu mes rencontres avec la mer. Depuis mon enfance, j’allais la contempler pendant des heures ; c’était mon miroir. Je lui racontais des pans de ma vie et elle me reflétait en échange les abîmes de mon âme que l’ontologie était impuissante à découvrir. Un jour, elle a cessé de m’écouter parce que ma catharsis était surchargée de traumatismes et de mélancolies. Mon spleen dépassait sa lumière. Ce jour-là, j’ai noué ma relation avec le lac.

Le mystère parfois nous effraie, par Marc Ossorguine

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 22 Décembre 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Il sort de la maison. Il ou elle ? A vrai dire ce n’est pas si évident. Dans cette ombre entre chien et loup, tous les chats sont gris et toutes les silhouettes sont floues, incertaines. La démarche semble plutôt féminine. La carrure, masculine. A moins que ce soit les vêtements qui la transforment. Ce que l’on devine des cheveux pourraient être l’un ou l’autre. De toute façon, les femmes aux cheveux courts sont aussi fréquentes que les hommes aux cheveux longs, non ? Alors, homme ou femme, on ne peut vraiment se décider.

Une silhouette sort de la maison. Quelle maison ? Une maison. Une parmi d’autres. Pas très différentes de celles qui sont en amont ou en aval dans la même rue. Assez semblable à celles qui sont de l’autre côté de la rue. Et même de celles qui sont dans les autres rues.

A quoi ressemblent ces maisons ? Difficile à dire, dans le clair obscur qui s’est installé on ne distingue en fait que des ombres de maisons. Des masses indistinctes que l’on a peine à séparer les unes des autres. Des blocs d’obscurité claire vaguement rythmés sur le ciel.