Identification

Nouvelles

Dites-moi quelque chose de précieux, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 30 Mai 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ce que je connais de la « fonction » paternelle est presque rien ; personnellement, j’ai juste endormi ma fille toute neuve lorsque sa maman s’épuisait à ne pas la calmer, épuisées toutes deux.

Ce que je retiens des pères en France est la perversité : le père vers le Mal, le pervers-le mâle.

Aux Etats-Unis, j’ai vu des pères bons, la plupart étaient chrétiens, mais aussi musulmans à divers degrés. Comme si le bonheur, la bonne heure d’être un pair avec sa chère et tendre épouse, les rendaient… épanouis. Cela n’empêchait pas les désagréments, les disputes, les « adultères » : des adultes errent.

Les enfants ne s’en portaient que mieux : une maman et un papa heureux font des enfants heureux. Bien sûr, comme les enfants français, les petits étasuniens ont besoin de soin : bras cassé, baisse de moral à l’école, maman célibataire ayant une vie « sociale » dont le fils appelle le maître « papa » et à qui il confie : « j’ai deux papas »… torticolis, angines, bref les bobos sont soignés par des médecins, des kinés, des profs sympas et compétents.

Le Pompéi, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Mardi, 29 Mai 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Lorsqu’en fin de journée le juge Hubert Michaud, un magistrat d’une cinquantaine d’années, s’attaqua à son dernier dossier, il ne pouvait prévoir que dès son ouverture une bombe à retardement se placerait sous son siège… Il s’agissait d’une banale affaire de mœurs, d’une mère déchue de ses droits sous le chef de prostitution occasionnelle et qui, essayant par la force de récupérer son enfant placé dans une famille d’accueil, à l’arme blanche blessait ses tuteurs, avant d’être lors de sa fuite avec son rejeton – un garçonnet de huit ans –, récupérée par la maréchaussée… En détention préventive cette jeune femme, sans antécédents judiciaires, attendait son verdict… Ereinté par une journée passée à démêler le vrai du faux d’affaires aussi complexes qu’ennuyeuses, le juge optait pour une peine d’emprisonnement de six mois, pour l’exemple, tant l’indignité de ces femmes préférant leurs plaisirs à leurs devoirs le révulsait, lorsque en manipulant ce dossier, une enveloppe chut à ses pieds. Le juge Michaud se pencha pour la ramasser, la palpa puis se figea : elle était épaisse, ne portait ni adresse ni signe distinctif, seuls sur son verso étaient lisibles les mots suivants : « Bons baisers du Pompéi »… Confus, il se retourna vers sa secrétaire, une trentenaire dont le tailleur rehaussait sa sensualité, et lui demanda : « Séverine, connaissez-vous la présence de cette enveloppe ? »… Après un instant de réflexion qui lui parut suspect, la secrétaire répondit : « Ah, je l’avais oubliée, un greffier me l’a transmise tout en me déclarant qu’elle provenait d’un familier de Mme Simplon ! Ensuite, je l’avais glissée dans son dossier ! »…

La nuit sans Zabach (III), par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 23 Mai 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

En voyant la foule rassemblée devant la maison familiale, Mary’amcomprit que le moment ultime était arrivé. Elle se rappela alors des prières de sa grand-mère, Sara, et murmura :

– La lumière gît dans les confins des ténèbres, n’est-ce-pas ? Allah ya Allah,j’implore Votre protection ! Rebbi ya Rabbi, jeVous offre ma pureté, en échange, envoyez-moi l’ange rédempteur pour qu’il me sauve, ya El-Elohim ! Votre clémence, Seigneur ya Allah ; Votre compassion !El-Elohim, Allah, Seigneur ! Avé Mary’am !

Le père entendait les supplications de sa fille. Chaque mot prononcé agissait comme une balle tirée à bout portant dans son cœur tourmenté. Il avait honte d’être là, parmi ces hommes et ces femmes, participant à la lapidation de celle qui l’aida à surmonter tant d’obstacles. Si L’Hou-Sine, le vieux pieux, l’adorateur d’El-Elohim n’osait pas regarder sa fille dans les yeux. Comment faire face à celle à qui il avait prédit une vie couronnée de succès et de bonheur ? Comment contribuer à l’anéantissement de celle dont le nom revenait sans cesse dans ses prières ferventes et pleines de grâce et de miséricorde ?

Cuba Libre, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Lundi, 14 Mai 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Depuis le tonitruant passage de Bukowski, sur leurs plateaux ils ne servent que de l’orangeade lors des émissions culturelles, dommage pour les Chablis et autres Pouilly-Fuissé. Malgré ce manquement à la déontologie et la légendaire bégueulerie de ce genre de programme, un amateur éclairé s’y était inscrit afin de participer à un forum intitulé « L’Art n’a nul besoin de prédicats, il doit toucher au cœur ! ». Devaient y prendre langue des universitaires ainsi que des critiques d’art, experts plus ou moins représentatifs de diverses chapelles, avec comme présentateur officiel, ce benoît personnage devenu l’un des bustes les plus en vue de notre lucarne. Nonobstant quelques préventions et autres a priori régionalistes, l’homme de télévision ne cachant pas ses préférences pour le beaujolais et le foot, alors que les goûts de ce spectateur penchaient pour le Madiran et le rugby, un affrontement pouvant s’ensuivre, il se fit le plus discret possible. Aussi apprit-il des choses fort passionnantes : que les Cubains n’ont pas inventé le cubisme, que les modèles de ces messieurs les artistes sont passés soit par les passerelles ou par le X !…

Villa Triste, par Marie-Pierre Fiorentino

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 11 Mai 2018. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

Les yeux lourds, elle choisit sur le rayonnage Villa Triste. Son regard hésitant avait parcouru d’autres titres avant de se soumettre à cette nécessité joyeuse, relire encore celui-ci. Ne serait-ce que quelques paragraphes, au hasard. Alors elle dormirait du sommeil béat de qui a retrouvé son lit de retour de voyage.

Ce n’était qu’après plusieurs lectures qu’elle s’était résignée à prononcer « triste » comme il convenait et non pas « tristé », qui lui était spontanément venu à l’esprit. Peut-être que prononcer le mot « triste », quand elle l’était déjà tant à l’approche d’une longue séparation d’avec l’aimé, lui avait été impossible.

Ou alors cette prononciation méditerranéenne s’était-elle imposée parce qu’elle s’était imaginé, quand il lui avait prêté le roman au mois de juin, que ce serait la passade d’un été. Pourtant, de même que rien ne destinait leur histoire à durer, Villa Triste s’était installé dans sa vie. Après tout, ses crises de tristesse n’étaient que le prix dérisoire de son bonheur à aimer et à être aimée.

Elle rechercha un passage, goûtant la douceur fraîche des draps de percale sur son corps.