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Nouvelles

L’étoile du matin, par Bruno de la Fortelle

Ecrit par Bruno de La Fortelle , le Lundi, 21 Novembre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

 

Berwal, roi de Beremcanan, n’avait jamais perdu un combat, ni dans les joutes saisonnières des six royaumes, ni dans les guerres contre ses voisins ou les nomades d’Almir. Sous son règne, Beremcanan était devenu le plus puissant des six états du Ponant, et même une coalition des cinq autres avait échoué à le vaincre, avant d’éclater durablement, après la défaite. Talcanan, sa capitale, dans la Montagne d’Or, était devenue une ville radieuse. Les coupoles de marbre blanc et les neiges éternelles se miraient dans ses bassins ; la sculpture y avait atteint une perfection inconnue jusque-là, et les jardins publics laissaient croire que la douceur éternelle était de ce monde. La ville occupait un plateau, au flanc du mont Palorin, que l’on voyait au loin, par beau temps, des confins de la plaine de l’Est, aux limites de Beremcanan.

Novembre noir, masques blancs, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 16 Novembre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Le premier Novembre approche. Fête de déclenchement de la Guerre de Libération en Algérie. Le jour où les montagnes ont répété le même mot : la guerre. L’on commence déjà à laver les routes et les trottoirs, à étendre des kilomètres de drapeaux multicolores, à aiguiser les larynx pour lancer des youyous stridents, à préparer des statuts pour les réseaux sociaux, et à astiquer les fusils pour lancer des balles dans l’air. Vue du ciel, l’Algérie est une fête, un manteau d’Arlequin.

La terre alourdit ses mouvements. Le Premier Novembre arrive lentement mais ce n’est pas un Godot. Des réunions. Tous âges. Des responsables. Des jeunes ramassés de partout. Des moudjahidines dont certains énoncent d’amples mensonges pour justifier l’encaissement d’une pension de militaire. Des imams expliquent la guerre, l’identité algérienne et ses aspirations par des versets et des dits prophétiques en projetant la charia sur le Panthéon de l’Histoire. Des scouts étranglés par leur cravate, attendant la distribution des pâtisseries. Des porteurs de fusils, flottant dans des djellabas pour ressusciter les martyrs bâillent déjà en attendant minuit pour cribler le ciel. Chacun prétend connaître l’Histoire et ses acrobaties. Enfin, tout est à sa place, l’amour du pays se reflétant dans chaque visage.

Un palimpseste pour l’oubli !, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Samedi, 29 Octobre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

La vie est saturée d’histoires fantasmées, de légendes inventées, de rumeurs infondées. Mais il faut reconnaître que celles qui circulent depuis quelques années sur la Casbah frôlent l’incroyable ; elles dépassent l’entendement ; elles bousculent l’ordre des certitudes ; elles étonnent jusqu’à l’incompréhension ; elles flirtent avec la folie, et parfois, elles transcendent l’irrationnel.

Tout d’abord, il y a ma mère qui excelle dans l’art de narrer des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête. A chaque fois que je l’ai au bout du fil ou qu’elle vient me rendre visite à Paris, elle passe le plus clair de son temps à me raconter dans le menu détail le moindre fait divers entendu au sujet de ce quartier où j’ai ouvert les yeux sur la vie, cette grande machine qui fait, défait, contrefait et refait les destinées !

Puis il y a mes copines qui n’y vont pas de main morte. A chaque retour du pays, elles ne ratent pas une seule occasion pour me brosser un tableau des plus sombres de ce quartier populaire qui enchanta tant d’âmes !

Et il y a les journaux qui, faute d’organiser des reportages in situ, se contentent de colporter des histoires inventées de toutes pièces qui inspirent la peur et alimentent la terreur.

Crossroads, Chapitre sixième, par Benjamin Hoffmann

Ecrit par Benjamin Hoffmann , le Mercredi, 26 Octobre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

VOTEZ pour choisir la direction narrative du prochain épisode !

Julien, Français installé à Tokyo, a de plus en plus de difficultés à distinguer la réalité de la réalité virtuelle. Inspiré par Jacques le Fataliste et Person of Interest, par l’affaire Snowden et The Social Network, ce roman en cours d’écriture attend votre participation : avec Crossroads, le récit prend la direction que vous lui donnez.


Où l’on découvre une société nommée Lubrix

Il y a plusieurs semaines que ce chapitre se fait attendre et l’impatience s’est manifestée par des excès regrettables, permettez-moi de vous le dire, chez certains d’entre vous. Depuis Montreuil, San Diego, Ouagadougou, Kyoto et Brisbane, des courriels me parviennent pour demander des nouvelles de Julien. Certains lecteurs m’interrogent poliment à son sujet en s’excusant de ce qu’ils nomment une « légère indiscrétion ». D’autres redoutent que j’ai l’intention d’interrompre ce roman et de les laisser pour toujours dans l’ignorance de la suite. D’autres encore – ce sont mes préférés – échafaudent des théories du complot et, parsemant leurs messages de sous-entendus que j’ai peine à déchiffrer, font allusion à des « pressions » que j’aurais subies pour ne pas aller plus loin.

Pas un geste, par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Lundi, 24 Octobre 2016. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Ça a commencé un lundi, tard le soir. Je suis rentrée chez moi, comme toujours après le travail, en marchant vite parce qu’il faisait froid. Le chat est venu tout de suite frotter son poil sur mon pantalon. Je voyais son joli museau ouvert-fermé, ouvert-fermé. C’est ce que j’appelle le ballet du museau. Quand je pose la main sur mon petit ami, que je parcours son dos souple en signe de retrouvaille, je sens une vibration étrange sur ma paume. J’appelle cela le petit bonjour. Le grand bonjour consiste en un nœud gracieux de virages tricotés entre mes deux jambes, avec un arrêt-frottement-de-la-joue répété, puis une fuite rapide dans une autre pièce. Ensuite, il revient, et de nouveau, ballet-du-museau ; il a faim. A ceci j’offre la danse de mes mains, il les regarde de ses yeux d’émeraudes, et s’agite car il connaît le signe : Manger-pour-toi.

Il s’assoit, sans perdre une miette de la porte de placard qui s’ouvre, le paquet blanc et orange qui déverse dans sa gamelle bleue la pluie de croquettes attendue, puis se précipite quand je pose mon présent à terre.