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L’homme qui entendait des voix (3), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Samedi, 01 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Il ne sait comment tout a commencé.

Ça a commencé comment ces voix ?

Il est celui dont on se moque, de la Maternelle au Lycée et du Service Militaire à l’Entreprise. Son comportement doit être à l’origine de ces agissements : retrait, timidité, maladresse, étrangeté peut-être. Certaines personnes doivent sentir qu’il est gentil, pacifique et qu’il ne cherche pas les conflits et donc la violence, le passage à l’acte. Il ne sait pas se défendre physiquement. Il ne sait pas non plus anticiper l’agression, s’en prémunir. La violence le paralyse. Les couteaux symboliques entrent profondément dans les blessures originelles. Son corps se souvient. Plus encore c’est sans doute le ricanement de la moquerie qui le touche. Il a longtemps été peu sûr de lui enfermé dans un mal-être qui le poussait à dire et à faire n’importe quoi, exauçant mille fois les souhaits de ses bourreaux. Enfant, ce sont les coups de ses « camarades » qui pleuvaient sur son corps, les coups de poing, les coups de coude. Jeune adolescent, les croche-pieds. Plus tard, les quolibets, les rires ou un bizutage qui confortait son rôle de clown permanent.

L’homme qui entendait des voix (2), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Vendredi, 24 Mars 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

– Et alors, X ?

Par cette interrogation, Mr Loiseau essaya de comprendre la dernière phrase. Cela faisait quelques années qu’il l’écoutait, qu’il savait comment l’écouter, sensible aux nuances, aux silences, et à la lente parole dévoilée. Il regarda Mr Loiseau dans les yeux, en soutenant à la fois le regard et les questions du psychologue.

Il voyait le spectacle du monde à distance comme pour s’en prémunir. Julien écrivait parfois aussi. C’était à celui qui pouvait imposer des mots sortis de la léthargie cannabique. Julien grattouillait de la guitare, faisait des études universitaires mais passait le plus clair de ses nuits à sillonner les bars, les pubs et les clubs, pour ne pas vieillir précocement, disait-il. Il avait l’impression d’avoir aussi son âge. Cinq ans, plus âgé, il lui semble qu’il prolongeait une adolescence qui n’avait pas été cicatrisée. Il avait donc son monde, aussi, sa vie, au dehors. Cela n’avait rien à voir avec la vie professionnelle ni avec la vie familiale.

Pourquoi il pleut des chats et des chiens ?, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 22 Mars 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

La pluie a inondé nos vues. Le jour vient de se lever. Je l’aperçois à peine. Obstiné, je m’agrippe au sommeil qui m’entraîne jusqu’aux confins de mes origines lointaines. Je dors profondément. La voix stridente du muezzin appelle à la prière de l’aube ; elle sonne comme un rappel à l’ordre. Nos existences seraient-elles un éternel défi en sursis ?

As Salat khayroun mina nawm braille-t-il dans le micro. As Salat khayroun mina nawm ! crie-t-il encore.

Vraiment ? La prière est-elle meilleure que le sommeil ?

Il est temps de me lever, pourtant je dors encore !

Dehors, il pleut à verse. Le déluge s’est abattu sur nos demeures. Sans arrêt ! L’orage menace de gronder. Continuellement ! La météo prévoit une accalmie dans un futur proche. Momentanément !

L’homme qui entendait des voix (1), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Mardi, 14 Mars 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Il ne sait pas comment. Comment tout ça a commencé. Le temps passé filtre les pas erratiques, les déconvenues. Il ne sait pas comment. Comment tout ça est venu. Une espèce de schizophrénie.

La maladie mentale, c’est quelque chose d’imprévisible, dans une famille. On ne songe pas un instant qu’un de ses proches va en souffrir. Il s’appelle X. Un jeune homme lambda. Le XXème siècle approche de sa fin. Il est X parmi les X.

 

X dans les années 90.

« Chéri, je sais que tu es propre, je te fais confiance ! T’es pas obligé de mettre la capote ! » lui a dit, un jour, une prostituée occasionnelle, du côté de la Gare de l’Est, lorsqu’il devait, alors jeune adulte, satisfaire des besoins sexuels urgents. Combien de seins, de cuisses, de vulves a-t-il pu connaître, dans ces années-là d’amours tarifés ?

 

X dans les années 90.

Lui, Son Frère Céleste, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Lundi, 27 Février 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Deux mains fortes et vigoureuses me soulèvent par la mâchoire. Je vogue dans les cieux, au-dessus du lit du Grand Dieu. Je veux Le rencontrer, Lui parler, L’implorer, Lui demander sa bénédiction. Je traverse l’océan des nuages, confiant et heureux d’être là, dans les sphères célestes, parmi les anges de mon avenir. Une lumière vive éblouit ma vue. Sur le toit du Monde, un homme m’attend. Il me prend par la main. Il me conduit vers un endroit que lui seul connaît. Nous cheminons en silence. Je n’ai jamais été aussi heureux ! Je m’agrippe à lui ; je sers sa main, fort, très fort, si fort qu’il sursaute d’étonnement ; une surprise radieuse s’affiche sur son visage doux et resplendissant de beauté salutaire. Je veux faire un bout de chemin avec lui et redevenir Moi ! Je le connais cet homme. Je lui fais confiance. Cet être du mystère m’a donné la vie ; il me rendra le sourire ; il bercera mon envie de vivre et m’apprendra à avancer sur les chemins cahoteux de l’existence.

La lumière baisse ; l’obscurité se fait de plus en plus imposante. Cet homme illumine ma voie. Je marche sans peur, j’avance sans crainte ; tout rayonne autour de moi ! Je m’en vais suivre les poussières de fées que cet homme a parsemées sur mon chemin.