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Nouvelles

A côté du miroir, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Samedi, 22 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Je me souviens que nous étions sortis ensemble, il y a longtemps. Puis la vie sans heurts nous a séparés. Je ne sais pourquoi, je la rencontre toujours ou presque, lorsque je ne vais pas bien. Nous ne nous disons pas grand-chose ; il n’est pas nécessaire de parler pour que le courant passe. Nous sommes assis côte-à-côte sur le banc d’un jardin public. Elle ne dit rien ; je suis bien. Ou, je la rencontre à la sortie de l’école, où elle a vraisemblablement déposé un enfant. Nous marchons de concert, sans parler et je suis bien. Je sens quelque chose de doux qui circule entre nous. J’ai l’impression que ce serait moins bien si nous parlions. Je crois toujours que nous allons continuer à nous revoir. Puis, je me réveille, m’aperçois que j’ai rêvé, que tout cela est loin, mais ce doux rêve me laisse serein pendant plusieurs jours.

Pourquoi il pleut des chats et des chiens, suite et fin, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 18 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Lorsque l’imam de la mosquée jouxtant notre maison entendit parler de mes questions, il m’envoya un message par le biais de sa femme et m’invita à aller le retrouver à la mosquée. Je fus très étonné par cette demande. Si ce n’est ma mère qui m’encouragea à aller le voir, je n’aurais jamais répondu à sa requête. Ce qu’il me dit me laissa sans voix.

- «Dis donc, fiston, c'est toi le petit garçon qui cherche à savoir pourquoi il pleut constamment sur notre ville ? Lorsqu'on m'a parlé d'un enfant qui pose des questions sur la pluie qui ravage notre ville, je me suis dit, en voilà un qui pose les bonnes questions ! Je suis ravi que tu sois venu me voir. Je ne sais comment te remercier mais t'inquiète, Dieu te le revaudra, mon fils. Il te réservera une place dans son vaste paradis. Ecoute-moi bien ya wlidi et grave bien mes paroles dans ta petite tête. Le diable est fatigué de pisser dans les oreilles des infidèles qui demeurent sourds et indifférents à l'appel de la prière de l'aube. Tous les matins, je le vois lever les bras au ciel en guise d'impuissance ; je l'entends crier, exploser et se métamorphoser en bombe assassine. Sais-tu, petit, que Salat Al Fajr est une obligation ?

Hommage à Baudelaire XI - Fleurs enfumées, par Selma Guettaf

, le Samedi, 01 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, La Une CED

 

Je rendis les clés à Hélène pour m’installer dans le deux-pièces de Florent. J’avais trouvé familier cet appartement très vaste dans le quartier des Lilas, avec ses placards pleins de livres, ses lattes de parquet poussiéreux craquant sous nos pieds, ses marques d’auréoles d’eau au pied du radiateur, son humidité perceptible sur le plafond, sa cheminée usée qui n’était plus fonctionnelle, ses plinthes qui n’étaient pas repeintes, sa peinture qui s’écaillait, sa baignoire légèrement tartrée comportant des éclats de peinture, ses brèches et ses fissures qui se fendaient de manière presque inquiétante, un tas de choses cassées et puis son chien qui traînait dans nos pattes. Je me sentais tout à fait chez-moi. Je m’étais sentie chez-moi dès le premier soir. Comme si j’avais toujours été là, comme si je rentrais enfin véritablement chez-moi. Florent se livrait à moi par bribes, surtout les soirs où l’on décidait inopinément de sortir, où on marchait dans les rues les plus désolées, dans les lieux les plus silencieux, légèrement éméchés. La fatigue, la confusion brouillaient notre regard, notre perception n’était plus la même… de sorte qu’on ne partageait jamais le même souvenir de la même nuit.

L’homme qui entendait des voix (3), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Samedi, 01 Avril 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Il ne sait comment tout a commencé.

Ça a commencé comment ces voix ?

Il est celui dont on se moque, de la Maternelle au Lycée et du Service Militaire à l’Entreprise. Son comportement doit être à l’origine de ces agissements : retrait, timidité, maladresse, étrangeté peut-être. Certaines personnes doivent sentir qu’il est gentil, pacifique et qu’il ne cherche pas les conflits et donc la violence, le passage à l’acte. Il ne sait pas se défendre physiquement. Il ne sait pas non plus anticiper l’agression, s’en prémunir. La violence le paralyse. Les couteaux symboliques entrent profondément dans les blessures originelles. Son corps se souvient. Plus encore c’est sans doute le ricanement de la moquerie qui le touche. Il a longtemps été peu sûr de lui enfermé dans un mal-être qui le poussait à dire et à faire n’importe quoi, exauçant mille fois les souhaits de ses bourreaux. Enfant, ce sont les coups de ses « camarades » qui pleuvaient sur son corps, les coups de poing, les coups de coude. Jeune adolescent, les croche-pieds. Plus tard, les quolibets, les rires ou un bizutage qui confortait son rôle de clown permanent.

L’homme qui entendait des voix (2), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Vendredi, 24 Mars 2017. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

– Et alors, X ?

Par cette interrogation, Mr Loiseau essaya de comprendre la dernière phrase. Cela faisait quelques années qu’il l’écoutait, qu’il savait comment l’écouter, sensible aux nuances, aux silences, et à la lente parole dévoilée. Il regarda Mr Loiseau dans les yeux, en soutenant à la fois le regard et les questions du psychologue.

Il voyait le spectacle du monde à distance comme pour s’en prémunir. Julien écrivait parfois aussi. C’était à celui qui pouvait imposer des mots sortis de la léthargie cannabique. Julien grattouillait de la guitare, faisait des études universitaires mais passait le plus clair de ses nuits à sillonner les bars, les pubs et les clubs, pour ne pas vieillir précocement, disait-il. Il avait l’impression d’avoir aussi son âge. Cinq ans, plus âgé, il lui semble qu’il prolongeait une adolescence qui n’avait pas été cicatrisée. Il avait donc son monde, aussi, sa vie, au dehors. Cela n’avait rien à voir avec la vie professionnelle ni avec la vie familiale.