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Articles taggés avec: Baillon François

Dans la peau d’un Buster Keaton, Stéphane Botti (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 19 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Dans la peau d’un Buster Keaton, Stéphane Botti Éditions La Trace – Janvier 2026 200 pages – 20 €

Suivant la déclaration du protagoniste de ce roman, « le hasard n’existe donc pas ». Partant de ce principe, on peut admettre que son nom, Hector Follet, ne peut être le fruit du hasard : en effet, ce patronyme nous laisse entrevoir la quête, difficile, volontaire et émouvante, du personnage, c’est-à-dire la quête de sa propre grâce, justement celle d’un feu follet, celle d’une silhouette qui voudrait s’effacer subrepticement en ne cessant pas d’être présente, celle d’une âme suffisamment déraisonnable pour être remarquée avec admiration, celle d’une souplesse du corps et de l’esprit prêts à lui faire atteindre les moments de grâce de sa vie.

Hector Follet (donc) rencontre Solène Vérel le jour de ses dix-huit ans, par pur « hasard ». « Pour nous aider à y voir clair, ce qu’on nomme le hasard distille sur notre chemin des êtres, des émotions, des indices. » (p. 188) Il tient coûte que coûte à lui rendre le bonnet péruvien qu’elle a égaré dans le métro : sa restitution n’interviendra pourtant que bien longtemps après. À travers cet objet formant la boucle de notre histoire, le passé d’Hector Follet nous est révélé, et sa témérité à séduire Solène, dépassant l’apparente gaucherie et la carence d’estime personnelle qui le caractérisent, l’emmènera sur les routes d’un grand artiste : Buster Keaton.

Le Temps étroit, Michel Passelergue (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 02 Décembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Le Temps étroit, Michel Passelergue Éditions G.R.P 56 pages – 9,15 € Ombres portées, ombres errantes Éditions du Petit Pavé 94 pages – 12 €

L’œuvre de Michel Passelergue, essentiellement poétique, s’étend sur plusieurs décennies. Nous allons nous intéresser ici à deux de ses ouvrages : Le Temps étroit, publié en 2001, et son prolongement (suivant les propres mots de l’auteur), Ombres portées, ombres errantes, publié en 2011.

Un thème, si ce n’est une obsession, les traverse continûment : la mort. La poésie de Michel Passelergue a la substance d’un roc pur, pourvu de surfaces lisses et modelées par l’eau, mais également d’angles coupants qui vous saisissent d’un trait. Il s’agit d’une poésie sèche, brute, qui ne ménage pas ses effets ; bien au contraire, elle cherche à entrer au plus près dans l’instant du départ ultime, de sa sensation, avec tout ce que celle-ci peut contenir de bouleversant et de direct – pour le principal concerné comme pour l’observateur qui semble en état de sidération : « N’oublie pas de brûler ton sommeil, stance après stance, pour mieux carder le regard dans ses dernières fibres. Étoffe de voix perdues, le vent aura déjà lacéré nos chansons d’approche. Va, traverse les pierres. Hante au plus sombre l’atelier du silence. » (p. 37, Ombres portées, ombres errantes) « Sois nuit dans les pierres, voix sourde sous l’herbe, jusqu’à toucher enfin à ta propre transparence. » (p. 85, Ombres portées, ombres errantes).

Ne le dites à personne, Patrick Devaux (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 15 Octobre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Le Coudrier

Ne le dites à personne, Patrick Devaux Editions Le Coudrier – Mars 2025 Illustrations : Catherine Berael 68 pages – 18 € Edition: Le Coudrier

 

Suivant le titre de son recueil, Patrick Devaux a des secrets à nous confier. Du moins, c’est l’idée qu’il voudrait nous glisser. La vérité est contraire : en passant par les phases de l’écriture et de la publication, Patrick Devaux a plutôt des secrets à dévoiler. Et ces secrets (on peut les désigner comme tels, considérant que les éléments en question ne sont pas suffisamment remarqués) sont liés aux mots, à la place et à la définition de la poésie dans le monde actuel : « la poésie s’essaie à quelques audaces artificielles / l’intelligence en transpire » (p. 47) ; « sans aucun doute faudrait-il remettre / les pendules à l’heure / nous vivons un épisode de cendres / et / les mots n’en peuvent plus / mais surtout / ne le dites à personne » (p. 48/49)

Nous retrouvons ici le style du poète, qui apprécie les vers courts : ceci amène à une lecture fluide, un peu rapide, qui nous fait d’autant mieux entrer dans l’objet principal du livre. Cependant, une question s’impose : le poète idéalise-t-il un monde désormais fermé ? La part nostalgique attachée à ce recueil est assumée par une phrase mise en exergue.

Soleil blanc, Sabine du Faÿ (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 16 Septembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Jeunesse, Roman

Soleil blanc, Sabine du Faÿ, Oskar Éditeur – Février 2024, 136 pages – 12,95 €

 

D’emblée, ce roman destiné aux adolescents affirme un caractère politique : la dédicace faite à « Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, juges antimafia assassinés » interpelle le regard, mais il est tout aussi important de souligner qu’à cette dédicace s’ajoute celle « à tous les enfants ».

Le sujet dont s’empare Sabine du Faÿ est parmi les plus délicats à aborder quand il s’agit de s’adresser à la jeunesse : la dépendance lancinante, avant qu’elle ne puisse devenir dévorante, à la drogue – le cannabis, quant au roman qui nous intéresse. Comment éviter, en effet, le piège du manichéisme ? Mais comme il s’agit d’une fiction, la différence se fera avec son personnage principal, Guillaume.

Dès les premiers chapitres, le talent de Sabine du Faÿ émerge à travers la dimension poétique qu’elle donne aux moindres éléments du quotidien. Qu’il s’agisse d’une atmosphère matinale ou d’un après-midi d’été brûlant, l’observation portée autour de soi nous fait entrer dans un tableau – une observation reliée directement à la curiosité d’un enfant.

La Vie des abeilles, Maurice Maeterlinck (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 09 Septembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Poésie, Bartillat

La Vie des abeilles, Maurice Maeterlinck, Éditions Bartillat (Omnia Poche) – Septembre 2019 Préface : Michel Brix 256 pages – 12 € Edition: Bartillat

 

Le titre La Vie des abeilles nous laisse voir, a priori, ces insectes comme des personnages à part entière et nous laisse imaginer une véritable destinée. Le titre ne nous aura pas menti, mais une mise en garde est exprimée par son auteur dès les premières lignes : n’attendons pas de combler ici une hypothétique soif de romanesque, l’imagination n’est jamais requise. C’est une observation affûtée, patiente et méthodique, qui a permis à Maurice Maeterlinck – apiculteur chevronné – de donner naissance à ce livre. Il ne s’agit pas plus d’un précis pour devenir soi-même apiculteur. L’intention la plus claire est sans doute formulée en ces termes : « … voici longtemps que j’ai renoncé à chercher en ce monde une merveille plus intéressante et plus belle que la vérité ou du moins que l’effort de l’homme pour la connaître. Ne nous évertuons point à trouver la grandeur de la vie dans les choses incertaines. » (p. 22)