Qu’est-ce que cette « patience de l’infime » que porte cet ouvrage et qui en sont aussi les derniers mots ? L’infime, c’est ce qui ne se voit pas, ne se perçoit pas de prime abord, c’est ce qui attend d’être remarqué ou qui voudrait tant être remarqué. Remarqué, pour ensuite être partagé. N’est-ce pas ce qu’attend le poète ici ? Ne formule-t-il pas le vœu qu’on découvre (enfin ?) sa sensibilité ? Après tout, la préfacière de ce recueil, Anne-Marielle Wilwerth, rapporte l’un de ses propos : « C’est mon chemin d’inviter la lumière ». Tout y est peut-être résumé : le poète reste un habitant de l’ombre, dont la quête est de séduire la lumière ou, en tout cas, de la dénicher. « la nuit / c’est juste un déguisement / qui sert / à allumer les maisons » (p. 18)
Le recueil est composé de plusieurs fragments poétiques, qu’on pourrait assimiler parfois à des aphorismes, parfois à de courts instants de contemplation. Le voyage intérieur, une certaine connivence avec des réflexions philosophiques, s’y rencontrent constamment. Le recueil s’accompagne des dessins au fusain du poète, très réussis : certains sont une image fidèle de la nature observée, libérée du genre humain – la forme contemplative –, d’autres s’inscrivent dans une veine surréaliste et symbolique – l’intériorité.