Identification

Articles taggés avec: Mézil Jean-François

Nouvelles triestines, Giorgio Pressburger (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mercredi, 26 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Nouvelles triestines, Giorgio Pressburger, Actes Sud, juin 2019, trad. italien Marguerite Pozzoli, 163 pages, 19,50 €

 

Certaines villes attirent les écrivains, au rang desquelles Trieste (« À Trieste, beaucoup de gens écrivent »). Jules César y publia la Guerre des Gaules. Stendhal en fut l’éphémère consul. Italo Svevo y eut pour professeur d’anglais, puis ami, James Joyce (Ulysse est né à Trieste)…

Exilé hongrois, naturalisé italien, Giorgio Pressburger y est mort, il y a moins de deux ans.

Allons-y sans tarder.

La visite commence via Brunner et se fera en sept nouvelles. Nous irons ainsi via Milano ; sur les hauteurs de Trieste (Opicina) ; au Café Tommaseo, le plus ancien de la ville ; via Rismondo ; et arpenterons aussi d’autres vies… Avec, peut-être, au bout du compte (du conte), l’envie de nous y rendre physiquement : « Ceux qui liront ce livre » ne sont-ils pas invités par l’auteur à venir « voir de près certains des lieux mentionnés ».

« Je me promets d’éclatantes revanches », Une lecture intime de Charlotte Delbo, Valentine Goby (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Jeudi, 20 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

« Je me promets d’éclatantes revanches », Une lecture intime de Charlotte Delbo, Valentine Goby, Babel-Actes Sud, mai 2019, 119 pages, 6,90 €

 

« La femme qui m’a révélé Charlotte Delbo… », c’est ainsi que débute ce livre. Cet incipit me ramène à ma propre découverte.

C’est en assistant à un montage poétique – théâtralisé et composé de textes écrits par des femmes déportées – que j’ai découvert Charlotte Delbo. Je connaissais l’une des deux comédiennes et allais bientôt découvrir la seconde : elle devait en effet devenir ma femme.

Mais foin des anecdotes, venons-en au livre.

Auschwitz-Birkenau ! Ce nom, seul, fait frémir. Peut-on d’ailleurs le prononcer ? Peut-être devrait-on en ôter les syllabes et qu’il soit, comme l’écrit Charlotte Delbo, « l’in-nommé », ou encore « un endroit d’avant la géographie » : « la plus grande gare du monde », celle où « on n’arrive pas ».

Dès lors, comment en parler – d’autant que, quand bien même on se rendrait sur place, « on reste toujours au seuil » ?

Une île si tranquille, Jean-Pierre Lefebvre (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Jeudi, 13 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Une île si tranquille, Jean-Pierre Lefebvre, Héloïse d’Ormesson, mai 2019, 237 pages, 18 €

 

Une île espagnole. Un polar. Milieu des années 80.

À l’occasion de l’enterrement de son beau-père, un gendarme français revient, sans sa femme, dans l’île où il s’est marié. Ne pouvant repartir pour cause de tempête, il se trouve embarqué à aider ses collègues espagnols dans une enquête autour de la mort d’une femme.

Voici pour le cadre.

Une île, on le sait, est un microcosme. Elle vous ouvre sur l’horizon, laissant vos yeux libres d’aller, tandis que vos pas, eux, sont limités… Plus encore si la mer s’en mêle et qu’elle vous retient prisonnier – comme un livre peut le faire quand il plaît.

J’aime beaucoup les îles. Les livres aussi. Hélas, autant vous l’avouer, j’ai souffert avec celui-ci.

Des enchaînements souvent téléphonés, maladroits.

Noces de cendres, Éliane Serdan (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mardi, 04 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Noces de cendres, Éliane Serdan, Le Serpent à Plumes, 2006, 127 pages, 17,30 €

Après avoir lu (et aimé) trois livres d’Éliane Serdan (née à Beyrouth en 1946) – La Ville haute (Serge Safran), Le Rivage intérieur (Éditions du Rocher) et La Fresque (Serge Safran) –, l’envie m’est venue de lire Noces de cendres.

La justesse des phrases, leur teneur poétique, nous caressent dès le début : « j’avais l’air d’une petite fille bien vivante ».

Mais la caresse n’a qu’un temps. Les phrases vont devoir s’attaquer à plus rude. Elles le feront sans rien nous cacher – quoique avançant à pas feutrés. Délicates et pudiques, elles composeront, page à page, un bouquet de fleurs vénéneuses – mais après leur avoir ôté les épines pour éviter qu’elles ne nous piquent.

Les voilà donc à la recherche du venin qu’il faut extraire, avec le risque d’échouer. Comment fouir en effet le cerveau ? Comment en exhumer des images enterrées mille pieds sous terre ? Des images « enkystée[s] au fond de l’inconscient », au plus loin de l’enfance (quatre ans !) : « Autour de ces points mouvants, tout s’est effacé. Je n’ai pour leur donner un ancrage que des matériaux bien incertains ».

Monsieur Stark, Pierre Girard (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mercredi, 29 Mai 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Monsieur Stark, Pierre Girard, éd. L’Arbre vengeur, 2014, 139 pages, 9 €

 

Ce livre m’a été offert par un ami – il faut dire qu’Henri se passionne, depuis quarante ans, pour les écrivains oubliés. Pierre Girard (Genève 1892-1956) en est un ; il l’était en tout cas pour moi jusqu’ici.

Après dix ans comme agent de change (il y a dans sa vie et dans ce livre quelque chose de Kafka), Pierre Girard se donne entièrement à l’écriture : poèmes, chroniques (dans le Journal de Genève et La Gazette de Lausanne, ou à la radio), romans et nouvelles.

Ne quittant guère Genève qui sert de cadre à ses écrits, il fait figure de solitaire, même s’il côtoie Valéry Larbaud et se lie d’amitié avec lui ; même s’il aime venir quelquefois à Paris – il y croise Paul Valéry, James Joyce, Léon-Paul Fargue, et d’autres.

Autre remarque liminaire : vous me pardonnerez l’excès de citations – je ne vois, en fait, guère mieux que d’y recourir, tant ce livre regorge de phrases savoureuses.

Mais foin de ces prolégomènes, venons-en à Monsieur Stark (août 1938)… je vous sens bouillir d’impatience.