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Articles taggés avec: Saha Mustapha

Nass El Ghiwane, Merveilleux colporteurs des poétiques populaires (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Mercredi, 31 Octobre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

 

Concert de Nass El Ghiwane à Epinay-sur-Seine dans la région parisienne. Je retrouve Omar Sayed avec sa canne d’inépuisable pèlerin, sa gestuelle chaleureuse, sa parole savoureuse, sa pudeur valeureuse. La mémoire partagée se promène dans le backstage comme une ombre. S’interpellent en quelques mots les décennies claires et sombres. Se rappellent le terrain Hofra (le trou), sa fameuse équipe de football et son école franco-musulmane, Derb Moulay Cherif et son cinéma niché dans une misérable bâtisse, les baraques du marché ravagées par des incendies récurrents, les vendeurs à la sauvette pourchassés comme indésirables concurrents. Se convoque le souvenir des fertilisantes pépinières, Dar Chabab (La Maison des Jeunes), ses ateliers de création artistique, et la troupe de théâtre pionnière, Hilal Dahabi (La Lune dorée), les spectacles éphémères dans les terrains vagues, les folles illuminées échappées de la mer, les poètes vagabonds prophétisant les lendemains amers. Des vocations exceptionnelles germinent, en ces lendemains de l’indépendance, dans le terreau des souffrances.

Jean-Paul Gaultier et l’éternel retour à l’androgyne (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Vendredi, 19 Octobre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Tout l’art de Jean-Paul Gaultier se transcende dans ses audaces transgressives. Sa collection automne-hiver 2018-2019 resublime la cigarette dans ses volutes jouissives, ses vapeurs envoûtantes, ses spirales fuyantes. La cigarette nargue en beauté la damnation sanitaire et se métamorphose en joailleries merveilleuses. Les mannequins, pipes et fume-cigarettes glissés dans les doigts, jaillissent d’un écran translucide, traversé de nuées interdites. Des sillons fantomatiques prennent l’allure d’hologrammes oniriques. Se profilent dans les dominantes noires et blanches, des silhouettes androgynes, alternances d’ombres et de lumières, d’opacités brillantes et de transparences scintillantes. Le yin et le yang s’emboîtent dans la complétude. Les poitrines se dévoilent sous membranes cristallines. Les têtes s’enferment, comble d’autodérision, dans des fumoirs personnels intégrés. Le slogan « tétons libres » s’imprime sur plastique pellucide porté à même la peau. « Free the nipple » pour tous !

Haïm Zafrani, penseur de la diversité, par Mustapha Saha

Ecrit par Mustapha Saha , le Mardi, 18 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

S’il fallait un seul concept pour définir l’œuvre de Haïm Zafrani, une œuvre prolifique, impressionnante, pour ne pas dire intimidante, par sa dimension et sa densité, ce concept serait la rigueur, la rigueur intellectuelle, la rigueur scientifique, la rigueur éthique. Une rigueur associée à la vigueur investie dans sa réalisation pendant un demi-siècle, avec la ténacité tranquille des voyageurs du désert. Au-delà de la reconnaissance publique, des distinctions académiques, des sollicitations internationales, intervenues sur le tard, Haïm Zafrani, stoïquement cuirassé dans la persévérance et la discrétion inculquées par l’enseignement talmudique, mène jusqu’au bout, loin des sentiers battus, une existence de chercheur imperturbable, d’explorateur inébranlable, de laboureur infatigable de la diversité culturelle marocaine et andalouse. Tout au long de son existence, il poursuit un seul but, exhumer et restituer, à l’usage des générations présentes et futures, un capital historique exceptionnel, un patrimoine culturel bimillénaire en grande partie méconnu, sous-estimé, refoulé, dans sa flexuosité labyrinthique, ses contradictions, ses accords et ses contre-accords.

Du Golem de Prague au Cybernanthrope, par Mustapha Saha

Ecrit par Mustapha Saha , le Vendredi, 24 Août 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Le Golem de Prague ou l’ancêtre du robot

Prague en hiver exhale des clartés brumeuses de pratiques occultes, des musiques ensorceleuses d’étranges cultes, des traînées luminescentes d’invisibles catapultes. Des silhouettes fantomatiques s’engouffrent dans des trappes. Les pierres se subliment et se sanctifient, s’illuminent et se codifient, s’incarnent et se personnifient. Les œuvres de dissolution, de purification, de transmutation s’accomplissent dans l’obscurité des temples secrets. Dans le dédale des ruelles phosphorées par les clochetons de la Tyn, les lueurs dansantes et les aspioles pensantes, s’évaporent les contours de l’espace et du temps, se promènent, dès la tombée de la nuit, les fantômes suprasensibles du passé et les esprits invisibles du présent, se libère l’imaginaire des entraves de la raison, s’incarnent des êtres surgis du néant dont le golem devient la figure emblématique. Franz Kafka confesse : « Une fois de plus, j’en suis certain, je peux entendre le doux battement des tambours sous la terre, et je ne suis toujours pas en mesure de trouver une explication à cet étrange phénomène ».

Jean-Jacques Lebel : De la Transgression de l’Art à l’Art de la Subversion, par Mustapha Saha

Ecrit par Mustapha Saha , le Vendredi, 06 Juillet 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

A quatre-vingt-deux ans, œil bleu nimbé de la malice d’éternel potache, le dernier surréaliste demeure un agitateur culturel sans pareil, présent sur tous les fronts artistiques, infatigable porte-drapeau de la Beat Generation, mouvement littéraire assoiffé de libertés dans une Amérique imbue de ses victoires, fière de ses déboires, toujours discriminatoire et puritaine. Dans cette société de surabondance matérielle, dévorée par la cupidité et la stupidité de l’avoir, où l’être n’existe que par son paraître, la Beat Generation replace le vivant au centre de l’univers, prêche le pacifisme en plein militarisme, prône le mépris des besoins superficiels, proclame la libération des désirs essentiels, prêche le chamanisme régénérateur, le bouddhisme purificateur, la créativité permanente, le salut par l’art et la littérature.

 

Nostalgie 68