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Articles taggés avec: Compère-Demarcy Murielle

Saule abattu, Philippe Fumery (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 12 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Editions Henry

Saule abattu, Philippe Fumery, 2011, 63 pages, 6 € Edition: Editions Henry

 

Il est des poésies qui invitent le lecteur à prendre le temps de regarder le quotidien qui l’entoure. Apprendre à regarder, avoir envie de regarder, par la médiation du poète, la vie de tous les jours dans son environnement, ses menus faits et gestes simples d’hommes. Le poète Philippe Fumery dans ce Saule abattu offre les blasons d’une telle poésie version 21e siècle (dans tous les cas, créatrice de textes a-temporels), une poésie ciselée de poèmes courts telles des pierres blanches (titre d’un recueil de Pierre Reverdy) jalonnant les chemins de notre existence.

Philippe Fumery nous ouvre par la main d’œuvre de ses mots des fenêtres sur l’instantanéité humble des êtres et des choses, de passage, et qui cependant demeurent dans le grenier de notre temps à vivre et revivre, revisité/réinventé, dans le vent, parmi les décombres, imaginé ou réfléchi « sur l’horizon / à perte de vue » aussi.

Le manuscrit de Tchernobyl, Nunzio d’Annibale (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 28 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie, Les Vanneaux

Le manuscrit de Tchernobyl, Nunzio d’Annibale, Éditions des Vanneaux, 2019, 133 pages, 18 €

 

Le manuscrit de Tchernobyl est un appel d’air lancé dans le contexte d’une catastrophe nucléaire, dans le vide de la tchatche technologique et de la vacuité du siècle, et s’annonce comme tel au cœur du langage contaminé par une telle situation :

« Je voulè parlé – non pa dan l’izabell langue de mon siècle – mai

dan la seul langue vivante ; je voulè parlé mon tchernobylien –

otremen di, ma propre langue de toul’ monde, à base de koncentré

de ju de françè, assaisoné d’équivoke, contaminé de toute lè langue ».

Son auteur nous invite à faire « enkor un enfor si vou voulé zêtre tchernobymien ! ». Cette invocation n’est ni un caprice ni un canular, il s’agit bien de rendre compte de notre langue « moeurte, la lang kontaminé par tou lè nuage de Tchernobyl é d’ayeur ».

Des ailes suivi de Nocturne des statues, Patrice Maltaverne (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 19 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Des ailes suivi de Nocturne des statues, Patrice Maltaverne, Z4 Editions, août 2019, 128 pages, 14 €

 

Le poète-éditeur (des éditions Le Citron Gare et du poézine Traction-Brabant) nous donne Des ailes dans le premier volet de cet opus publié chez Z4 dans la collection Les 4 saisons, dirigée par Pierre Lepère. Des ailes pour nous offrir un voyage au bout de la vie dans la dimension de l’actrice Dominique Laffin, décédée à l’âge de 33 ans, trop occultée aujourd’hui. Voyage au bout de la nuit : de la vie, tant cette actrice portait la vitalité à l’acmé de la perplexité véhémente. Les vers arythmonymes du poète Maltaverne, contrainte formelle en clin d’œil à la poésie d’Ivar Ch’Vavar (Pierre Ivart), forment le cadre de ces poèmes d’où l’Infini s’ébat à la fenêtre des mots, d’où le lecteur joue l’aventure mémorielle sur l’écran personnel des souvenirs (on demeure toujours nostalgique des films qui ont marqué le cinéma de notre vie) ou de l’imaginaire tiré par la manche pour prendre l’envol. Celui-ci est pris sans hésitation. Il suffit d’ailleurs de revoir l’un des entretiens avec l’actrice que nous offre encore de visionner Internet pour être aussitôt en phase avec le voyage que nous déroulent ici les mots de Patrice Maltaverne, embarqués sur les ailes d’un destin singulier, fatal.

Ce n’est rien, Daniel Ziv (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 22 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Roman, Z4 éditions

Ce n’est rien, Daniel Ziv, juillet 2019, 197 pages, 14 € Edition: Z4 éditions

 

Un curieux livre, idéal pour les curieux de tous poils, piqués de bons mots, de littérature, de trains que l’on embarque – combien de fois ? – dans la même trame d’une journée… sauf qu’ici, les rails n’assurent rien, ni de l’espace parcouru ou à parcourir, ni du temps que ce voyage nous prendra, ni de la destination. Il se pourrait bien, même, qu’aucune gare ne se dessine ou qu’elle s’efface au fil de notre avancée puisque se poser, « se reposer ne sert à rien » comme « travailler ça ne sert à rien, (…) rien ne sert à rien, le temps ne fait que passer et (…) il n’y aura peut-être plus personne bientôt / plus tard pour le dire »…

Cocasse, loufoque, renversant, ce roman qui n’en n’est pas un de Daniel Ziv décoiffe comme un coup de vent propulsé sur nos erres sans que l’on s’y attende, sans que l’on s’y prépare bien que posté d’entrée – au chapitre 1 (celui qui précède le chapitre zéro…) – sur les « Starting block »… D’ailleurs la citation en exergue d’un extrait de Monsieur de Jean Tardieu ne nous lance pas un clin d’œil « pour rin », dès le départ…

C’est si simple un poème, Patricia Castex Menier (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 10 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

C’est si simple un poème, Patricia Castex Menier, éditions Pippa, mai 2019, Ill. Joël Pampin, 79 pages, 15 €

C’est si simple un poème quand les mots vont et viennent dans les ressacs, dans le creux et le cri des vagues et que, d’une lame de fond, peut remonter des abysses cette voix de la mémoire prête de crier à son retour : « Nous sommes vivants / dans la paume du temps ». La main de l’Écrire se tend – ici : ailleurs – paume ouverte sur la laisse et, même « s’il ne se passe rien », « la fleur éclose du regard » immanquablement embrase les contours des êtres et des choses…

Nous entrons dans ce nouvel opus poétique de Patricia Castex Menier, voyageurs à ses côtés depuis des recueils-lumière, porteurs dans nos bagages de ses Suites et Fugues (2017), de son Bleu Baleine (2016) chez Henry si conteur des légendes qui nous tiennent entre réel et ses franges sensibles vibrantes sur la crête de l’écume et les vibrations invisibles des profondeurs – ce chant de ces mammifères marins inoubliables où « les pierres viennent / de plus loin /que les hommes » (C’est si simple un poème), où « chaque mot pour le poète est un océan » (Bleu Baleine), jusqu’au lieu inouï où la parole nous touche, nous sort la tête de l’eau et nous parle par la voix d’un chant salvateur.