Identification

Articles taggés avec: Compère-Demarcy Murielle

Albert Camus d'une rive à l'autre, Collectif (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 30 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Albert Camus d'une rive à l'autre, Direction littéraire : Marie-Claude San Juan, Éditions Unicité, 2026

Publié après trois années d'élaboration, Albert Camus d'une rive à l'autre réunit vingt-deux auteurs autour d'une même interrogation : que nous dit encore Camus aujourd'hui ? Plus de soixante ans après sa disparition tragique, sa pensée continue d'éclairer une humanité traversée par les crises identitaires, les conflits de mémoire et les déchirures politiques.

Dans sa préface, Camus : le juste milieu, le milieu juste, Karim Akouche rappelle qu'il existe des êtres dont la présence survit à leur mort. Citant un proverbe de sa terre natale : « Il est des vivants qui sont morts, et des disparus qui vivent plus que jamais », il affirme que Camus appartient à cette seconde catégorie. Ses romans, son théâtre, ses chroniques et ses carnets accompagnent toujours ceux qui cherchent un chemin entre justice et liberté, fidélité à soi et ouverture aux autres.

L'originalité de cet ouvrage tient au regard porté sur Camus par des auteurs aux parcours multiples : universitaires, journalistes, poètes, romanciers ou artistes. Tous entretiennent avec lui une relation intime. Ils ne voient pas seulement le Prix Nobel universellement reconnu, mais un proche, « un grand cousin, un vieux frère », un homme partagé entre deux rives.

Antonin Artaud, le visionnaire hurlant, Laurent Vignat (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 22 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Antonin Artaud, le visionnaire hurlant, Laurent VIGNAT, éditions du Jasmin . Ecrivain(s): Antonin Artaud

 

"Comète colérique", Antonin Artaud demeure cet astre en combustion perpétuelle dont les fragments irradiants traversent encore notre présent culturel, philosophique et politique. Avec Antonin Artaud : le visionnaire hurlant, Laurent Vignat signe bien davantage qu’une biographie : il compose le roman halluciné d’une existence impossible à circonscrire.

L’entreprise relevait pourtant d’un paradoxe presque insurmontable. Comment raconter celui dont Jacques Prevel disait qu’on ne pouvait même « imaginer qui il était » ? Comment approcher un homme qui écrivait : « Moi, Antonin Artaud, je suis mon fils, mon père, ma mère, et moi » ? Là réside précisément la force du livre de Laurent Vignat : ne jamais prétendre enfermer Artaud dans une vérité biographique définitive, mais épouser au contraire les lignes de fracture, les convulsions, les métamorphoses incessantes de cet être réfractaire à toute assignation.

Il fallait que vous soyez tous là, François Laërte (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 18 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Il fallait que vous soyez tous là, François Laërte, éditions Douro

 

L’odyssée intérieure des jouets, de l’enfance et de la transmission

Il existe des romans qui racontent une histoire, et d’autres qui ouvrent une chambre secrète de la mémoire. Il fallait que vous soyez tous là de François Laërte appartient à cette seconde catégorie. Roman profondément sensible et poétique, bien qu’il épouse pleinement la forme romanesque, il déploie un univers d’images, d’ambiances et de résonances intérieures qui happent immédiatement le lecteur.

Dès les premières pages, l’écriture se révèle immersive, visuelle, presque cinématographique. François Laërte possède l’art de faire surgir un décor comme on entrouvre une scène de théâtre obscurcie par la poussière du temps :

Les façades vétustes ruisselaient de crasse et d’humidité, et quelques enseignes lumineuses tentaient d’égayer encore un peu le décor. Un caviste qui avait fait fortune de la mélancolie ambiante, une laverie qui puait l’amidon et la solitude, un bar-tabac qui servait des piquettes austères et de l’oubli à la pression.

Apologie du Vivant, Ingrid Brinsolaro (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 10 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Editions Douro

Apologie du Vivant, Ingrid Brinsolaro, éditions Douro


Le 7 janvier 2015, lors de l’attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo, le policier Franck Brinsolaro est assassiné alors qu’il assure la protection du directeur de la publication, Stéphane Charbonnier, dit Charb. Franck Brinsolaro meurt en service. En une poignée de minutes, la vie d’Ingrid Brinsolaro et celle de ses enfants basculent irrévocablement du côté de l’absence, de la sidération et des plaies vives.

Mais le livre d’Ingrid Brinsolaro ne relève ni du simple témoignage commémoratif ni d’une chronique du drame national. Ce récit intime, profondément bouleversant, s’inscrit ailleurs : dans cet espace fragile où l’écriture tente non de refermer la blessure, mais d’habiter la survivance. L’autrice compose une véritable apologie du Vivant, une méditation lumineuse et douloureuse sur ce qui demeure lorsque la mort a tout ravagé sur son passage.

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 26 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Editions Douro

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc, Z4 Editions - Éditions Douro . Ecrivain(s): Alain Marc Edition: Editions Douro

Dans son intitulé même, Le choix de la folie engage une position décisive : la folie n’y est pas subie, mais assumée, presque revendiquée comme un acte de libre arbitre. Deuxième mouvement du vaste ensemble Le Grand Cycle de la vie ou l’odyssée humaine, ce poème s’inscrit dans une architecture monumentale — quatorze sections déployées sur des milliers de pages — où l’écriture excède largement le livre pour devenir expérience totale. Pensé pour la voix, accompagné d’enregistrements sonores et prolongé sur scène par un dispositif visuel (notamment avec les œuvres du peintre Lawrence), le texte affirme d’emblée sa dimension performative : il est fait pour être dit, crié, murmuré, traversé.

Au cœur de cette entreprise, il y a une nécessité : arracher la parole à l’étouffement. Le poème déploie une existence prise dans « l’aire d’une cage », métaphore d’un enfermement psychique et existentiel dont l’écriture tenterait de briser les barreaux. Le souffle y est menacé, entravé par les débris du deuil, de l’échec ou de la dépression — états qui surgissent parfois « sans aucune cause apparente », comme des effondrements sans origine assignable.