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Chroniques régulières

En toute innocence diabolique !, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Vendredi, 03 Mars 2017. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Petit, j’adorais grignoter les fèves grillées salées tout en écoutant les contes coraniques. Mon père avait un gros livre cher à lui, écrit dans un arabe littéraire intitulé Qissas El-Qoraâne (les contes coraniques).

À l’accoutumée, ces histoires nous étaient lues à voix haute pendant les jours froids et surtout durant le mois de ramadhan. Mon père avait une voix mielleuse et captivante. Ses contes mystérieux tantôt me faisaient peur, tantôt me rendaient curieux.

Le bélier d’Ismaël, La chamelle de Sâlih, La baleine qui a avalé Jonas, « Moïse qui demande de l’eau pour désaltérer son peuple, c’est alors qu’Une voix l’ordonna : Frappe le rocher avec ton bâton. Et tout d’un coup, douze sources en jaillirent », Noé et le déluge, Loth et la ville de Sodome, Joseph au fond d’un puits… Des histoires sur des Hommes qui ont le pouvoir magique de changer le monde autour d’eux et en eux. Des hommes qui parlent à leur Dieu. Que des hommes, prophètes ou apôtres. Il n’y avait point de femmes prophétesses ! Mais, par une séance nocturne de conte ramadhanesque, une femme a pu accéder dans la cour des histoires des hommes-prophètes : elle s’appelle Maryame. J’étais bouleversé. Mes sœurs étaient contentes et comblées.

Carnets d’un fou – XLVII Décembre 2016, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 28 Février 2017. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« C’est sans doute un terrible avantage que de n’avoir rien fait. Mais il ne faut pas en abuser », Jean Giono, Bestiaire (Préface au Petit almanach de nos grands hommes)

« Ne jetez pas vos perles aux pourceaux », Matthieu, VII, 6

 

#. Fiasco. À brûle-pourpoint, en manière de « petit coucher », François Hollande annonce à la nation, ce jeudi soir 1er décembre, qu’il ne briguera pas de second mandat de président de la république. Il a donc encore cinq mois de règne à assumer. Mais où est désormais sa légitimité profonde ? Le sens, hormis celui du délai réglementaire, de son éternisation sur le trône républicain ? Comment va-t-il faire pour continuer de ne rien faire ?

Le 1er/XII

A propos de Ainsi parlait Oscar Wilde (Arfuyen)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 20 Février 2017. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Le dandy blessé

Ainsi parlait Oscar Wilde, Oscar Wilde, Arfuyen, janvier 2017, trad. Gérard Pfister, 165 pages, 13 €

 

Il y a sans doute une double inflexion dans l’œuvre d’Oscar Wilde, inflexions qui recoupent les genres qu’il a parcourus – théâtre, roman, textes divers, correspondance… –, et qui reposent sur des faits objectifs. Tout d’abord, la vie de l’homme, et son destin, aristocrate irlandais qui a subi un déclassement social, qui l’a conduit jusqu’à la mort à Paris en 1900. Son inculpation d’homosexualité, la vieille Angleterre victorienne, le harcèlement de sa société, représentent un grand arc historique qui marque l’écrivain. C’est l’inflexion la plus visible, et la plus douloureuse.

Si la pierre tombale pouvait être une page entière, c’est ce texte que je revendique, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Lundi, 06 Février 2017. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Hommage à Aliaa Magda Elmahdy, la seule vérité nue

 

Le corps n’est pas une saleté. Ce n’est pas le crime de mes parents. Ce n’est pas un fardeau. C’est ma joie, mon cosmos, mon sentier et le seul lien que j’ai avec le Dieu ou la pierre et la courbure du monde. Il est mon sens et le sens de ce qui me regarde et m’obstrue ou m’éclaire. Je ne le porte pas derrière mon dos mais devant moi comme un déchiffreur de mon souffle et de ma part du monde, sa poussière, odeurs et grains et poids. Mon corps est mon délice et ma vérité. On m’arrache la vie quand on m’arrache le corps et la vie m’est redonnée quand je rencontre l’autre en son corps, et c’est là que je donne la vie. Et c’est une longue histoire que je ne veux plus subir : l’histoire des religions de mon monde qui me disent et me répètent que mon corps est mon aveuglement et ma perte. Ma vérité est nue et visible quand mon corps n’est pas une obscurité ni une honte.

Sommes-nous condamnés à perpétuité par la religion ?, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 25 Janvier 2017. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Entre nous et l’Histoire, le chemin est brouillé. Les musulmans sont obsédés par leur passé. Un passé qui ne bouge point. Figé. Inerte. Un passé, poids, fardeau, qui, à son tour, ne fait pas bouger ces musulmans, ses acteurs. Pour les musulmans, l’Histoire est l’équivalent du passé. Religieusement, ils regardent leur passé, avec glorification, avec adoration, hallucination, fascination, avec obsession, sans réflexion aucune, sans critique. Aveuglément.

Le passé n’est pas l’Histoire. Les autres nations étudient leur Histoires afin de ne pas retomber dans leur passé. Afin d’éviter la stagnation, la décomposition, de putréfaction. Pour ne pas se baigner une nouvelle fois, une deuxième foi, dans la même eau usée, sale. Les Arabes et les musulmans en général reviennent à leur Histoire afin d’y rester, d’habiter leur passé. Habiter le passé pour toujours. Retourner au passer, chez les musulmans, c’est pour faire revenir ce passé dans leur présent. Pour faire de ce passé un projet de leur société future !