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Chroniques régulières

Les Moments forts (11) : Ivo van Hove et Shakespeare à Chaillot, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 28 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

ConcernantRichard III, il y eut à Chaillot la vision pétrie d’intelligence du prolifique [1] Ivo van Hove – cela restera l’un de mes hauts souvenirs liés au théâtre –, vision d’une acuité sœur de la plus grande sensibilité (sincérité) qui soit (servie magnifiquement par la scénographie et les lumières de Jan Versweyveld), avec la fin (l’aboutissement) de Kings of War (Chaillot, du 22 au 31 janvier 2016). Spectacle né tout à la fois de Henri V de Henri VI et de Richard III, avec une traduction de Rob Klinkenberg et une adaptation de Bart van den Eynde et Peter van Kraaij (production Toneelgroep Amsterdam, coproduction Barbican à Londres,Théâtre National de ChaillotWiener Festwochen à VienneBL!NDMAN à BruxellesHolland Festival à Amsterdam et Muziektheater Transparant à Anvers).

Et, concernant la sublime pièce de Shakespeare Antoine et Cléopâtre, existent (et c’est heureux !), à Chaillot toujours, les Tragédies romaines du même Ivo van Hove. Spectacle né tout à la fois de Coriolan, de Jules César et d’Antoine et Cléopâtre.

Henry Miller, le verbe en liberté (2), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 26 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Ecrits suivis, La Une CED

 

La passion Anaïs Nin

Après June, l’exil en France, un troisième déclic survient dans la vie de Miller, en la personne d’Anaïs Nin. Il fait sa connaissance à l’automne 1931. Nin décrit ainsi leur rencontre lors d’un repas organisé dans sa maison de Louveciennes : « Lorsque j’ai vu Henry Miller s’approcher de la porte, j’ai fermé les yeux un instant pour le voir d’un œil intérieur. Il était chaleureux, détendu, naturel. Il passerait inaperçu dans la foule. Il est svelte, maigre, pas très grand. Il a un air de moine bouddhiste, un moine à la peau rose, avec un crâne presque chauve auréolé de cheveux argentés et des lèvres pleines et sensuelles. Ses yeux bleus sont froids et inquisiteurs, mais sa bouche a quelque chose de vulnérable. Son rire est contagieux et sa voix caressante, chaude comme la voix d’un noir ». Nin, 28 ans, mariée depuis 8 ans au banquier Hugh Guiler, commence sérieusement à s’ennuyer. Ses aspirations artistiques et sensuelles étouffent sous le corset de l’épouse rangée et vertueuse : « Il n’y a aucune fécondité dans mon mariage avec Hugo. Nous ne créons rien. J’aurais dû avoir des enfants mais je suis une artiste pas une mère ».

La Styx Croisières Cie (4), par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 21 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Ma voisine vient frapper à mon huis. Je lui ouvre : – Qu’y a-t-il, ma bonne Marthe ? – Monsieur Jules, ce matin on a trouvé mort notre voisin Delavigne. – Eh bien, quoi ? Il était en âge, non ? – C’est vrai, mais on l’a trouvé sous son lit. – Ça, ça ne m’étonne pas, il nous parlait sans arrêt de son lit de mort… Il aura pris peur ? Le grand naïf aura voulu jouer à cache-cache avec Mme La Faucheuse !

Jules de Montalenvers de Phrysac, Livre de mes Mémoires

 

Lµ 1. Cette plaisanterie de l’épigraphe, j’en tiens l’idée de la lecture de Le livre contre la mort, d’Elias Canetti. Le grand penseur, dès les premières pages, s’élève contre ce scandale de la mort appliquée aux humains sans qu’il y ait là apparence de raison. Il le fait avec le sentiment d’un désordre et d’une injustice scandaleux, mais souvent aussi avec cet humour détaché qui n’est qu’à lui (présent de l’indicatif, car un écrivain, même s’il s’est persuadé du contraire, ne meurt pas !) : « À chacun de ses anniversaires, il célébrait un petit service funèbre à sa propre mémoire, car n’aurait-il pas pu être déjà mort, après tout ? ».

Henry Miller, le verbe en liberté (1), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 19 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED


Un enfant de la rue et de l’errance

Miller est né à New York le 26 décembre 1891, l’année de la mort de Rimbaud, comme s’il lui revenait de reprendre le flambeau de l’insoumission et de la virtuosité. De parents d’origine allemande, il grandit à Brooklyn, dans une ambiance germanophone, grisailleuse et industrielle. S’il y coule une enfance relativement tranquille, le foyer est marqué par une absence d’amour. Il compose avec l’autoritarisme brutal de sa mère déversant régulièrement sa fureur sur sa petite sœur attardée et avec la faiblesse de son père, fieffé pilier de comptoir. Le petit Miller fait de la rue son refuge, son terrain de prédilection. Bien qu’il soit un excellent élève, l’enseignement académique le rebute. Il se met très tôt à la lecture, choisit ses influences, augurant ainsi une trajectoire atypique et autodidacte.

Hommage à Philip Roth (3) : Un homme, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 14 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Un homme, Philip Roth, Folio, 2009, trad. Josée Kamoun, 192 pages, 7,25 €

Lorsque le rideau tombe

Philip Roth (1933-2018) laisse derrière lui une œuvre considérable. Depuis Goodbye, Columbus en 1959, son seul recueil de nouvelles, à Némésis en 2010, cet iconoclaste écrivain aux caractères bien trempés a commis près d’une trentaine de romans qui lui ont valu de nombreuses récompenses, hormis, féroce injustice, le fameux Nobel de littérature. Il est rare de rencontrer un auteur aussi prolifique, régulier et inspiré que cet américain d’origine juive né à Newark (New Jersey), fervent admirateur de Franz Kafka, Saul Bellow et William Faulkner.

En 2005, alors que Philip Roth le septuagénaire intègre de son vivant la prestigieuse Library of America (l’équivalent de La Pléiade), il entame, au retour des funérailles de Saul Bellow, la rédaction du roman Un homme, premier opus de la tétralogie Némésis (Un homme, Indignation, Le Rabaissement, Némésis). À diverses reprises, Roth s’était déjà plus ou moins frotté au thème délicat de la mort. En axant entièrement cette nouvelle fiction sur le trépas, la décrépitude physique, la vieillesse ainsi que sur son ombre, la nostalgie, Roth réussit la prouesse insigne de composer une partition à la fois pétillante et profonde. Avec un réalisme et une lucidité poignants, sans aucune complaisance ni pathos, l’écrivain caméléon capte les derniers soupirs d’un père, les dernières caresses du temps sur un corps meurtri, les derniers soubresauts d’un cœur désemparé.