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Chroniques régulières

Les Moments forts (4) : Egon Schiele à Vienne, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 28 Février 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté Arts

 

Passant, à l’Albertina, dans un cérémonieux regard, d’une œuvre à l’autre, nous prend un frisson. Nous sommes devenus mousse, forêt. Et une rigole d’eau – ce frisson – caresse (un peu plume) la mousse de notre corps intérieur (ouvert aux vents enchanteurs qui, légèrement, rudoient : vents de nos Mille Nuits, de nos Mille et Une Nuits). Marchant d’une œuvre à l’autre, nous permettons à notre œil d’être : ce qui écoute. Regardons, écoutons : exquise, déroutante, dérangeante fragilité de ce qui se dit sans affectation. Sans pose. Dans la nudité du premier jour et de la première nuit : dans la nudité nue, de l’enfance éblouie et de la mort (Duras est en étreinte, sans le savoir peut-être, avec Schiele). Sans pose aucune ? Sans même user du langage (d’un quelconque langage). Fragilité accomplie de ce qui se montre sans parer cette monstration, sans la recouvrir, geste social, au moyen d’un voile aux couleurs délavées mais se voulant intenses quoique moirées (les atours du convenu). Beauté certaine de ce qui se montre jusque dans la mort, laquelle perce dans la vie organique : les os, les tendons, le sexe comme une blessure.

À propos de Pressée de vivre d’Anise Koltz, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 27 Février 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Pressée de vivre d’Anise Koltz, Arfuyen, janvier 2018, 170 pages, 10 €

 

Le dernier recueil d’Anise Koltz que publie Arfuyen est un ouvrage de grande importance. Tout d’abord parce qu’il est d’une écriture claire, presque aveuglante. Et en même temps, parce qu’il dénonce la condition de la vie déterminée par la mort. Ces deux notions, vie et mort, s’opposent naturellement comme l’ombre et la lumière, le mal et le bien, et mettent en évidence ce en quoi la clairière n’existe que grâce à la forêt. Ainsi dans cette sorte d’antagonisme, l’on débouche sur la lucidité, lucidité que donnent immanquablement la mort et sa triste lumière, lucidité sur la valeur des croyances, lucidité sur la qualité de notre ici-bas.

 

Des visions apparaissent

de quelles zones indécises

ressurgissent-elles ?

Le journal de MCDem (7), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 15 Février 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Mardi 5 décembre

Revoir les grands nocturnes religieux de Georges de La Tour. Le Tricheur à l’as de carreau, noirci par le temps, tableau tombé dans l’oubli découvert par un collectionneur chez un antiquaire du Pont-Neuf, en 1926. Né à la fin du 16è siècle, Georges de La Tour sera consacré comme un des plus grands maîtres français suite à plusieurs expositions, jusqu’à la grande monographie de l’Orangerie en 1972. Caravage veille de son ombre, en haut à gauche du tableau, voyage comme une référence d’un tableau à l’autre – telle la lumière à l’intérieur de la nuit, la nuit à l’intérieur de la lumière ? La lumière venant d’en haut à gauche du tableau, le contraste entre les pièces violemment éclairées de l’espace et les parties en contre-jour, cette minutie dans les détails pouvant remuer le spectateur comme une tragédie antique pouvait provoquer un choc esthétique proche de l’effroi…

Carnet du désert, suivi de Fragments de solitude, René Pons, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 08 Février 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Carnet du désert, suivi de Fragments de solitude, René Pons, éditions Rhubarbe, août 2017, 200 pages, 13 €

 

« Ce livre, au jour le jour salivé, est formé de mes manques, de cette incapacité à enchaîner, à fixer mon attention qui, de loin en loin, me torture plus ou moins longtemps »

René Pons, p.151

 

« Je ne marche pas / dans le désert / mais le désert en moi / s’étend à l’infini »

René Pons, p.5

 

Du doute au sur-doute

Mère, pute ou hadja ?, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 07 Février 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Elle naît comme toutes les autres filles aux quatre coins du monde. Belle. Ange. Pleine de rêves. Fascinée par les jouets. Comment l’ange-fille se métamorphose-t-elle en diable, dans le monde arabo-musulman ?

La fille musulmane naît encerclée par des centaines de vigiles. Toutes sortes de vigiles. Ils sont dans la langue. Dans la morale. Dans la rue. Dans le regard. Dans le hadith. Dans des fatwas perverses.

Elle est née condamnée. Elle est la faute-suprême. Elle est l’erreur-tentation. Elle est la trahison-possible. Elle est la fornication-attendue. Elle est le serpent dans la poche. Elle est la malédiction-retardée.

Dès que la fillette met le pied dans la rue, le regard entre les pieds, elle devient une bombe sexuelle qui menace la galaxie tribale. Dès qu’elle commence à se regarder dans la glace, elle devient la sœur du Satan, « chitane », qui dérange les ablutions des prieurs. Dès qu’elle s’assoit sur le banc d’école, elle est soupçonnée de semeuse de chaos ! Dès qu’elle fait son premier pas sur un talon, elle menace l’équilibre de la terre dans son parcours sur l’orbite habituelle, et donc, elle est exclue de l’espace des anges.