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Chroniques régulières

La Styx Croisières Cie (4), par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 21 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Ma voisine vient frapper à mon huis. Je lui ouvre : – Qu’y a-t-il, ma bonne Marthe ? – Monsieur Jules, ce matin on a trouvé mort notre voisin Delavigne. – Eh bien, quoi ? Il était en âge, non ? – C’est vrai, mais on l’a trouvé sous son lit. – Ça, ça ne m’étonne pas, il nous parlait sans arrêt de son lit de mort… Il aura pris peur ? Le grand naïf aura voulu jouer à cache-cache avec Mme La Faucheuse !

Jules de Montalenvers de Phrysac, Livre de mes Mémoires

 

Lµ 1. Cette plaisanterie de l’épigraphe, j’en tiens l’idée de la lecture de Le livre contre la mort, d’Elias Canetti. Le grand penseur, dès les premières pages, s’élève contre ce scandale de la mort appliquée aux humains sans qu’il y ait là apparence de raison. Il le fait avec le sentiment d’un désordre et d’une injustice scandaleux, mais souvent aussi avec cet humour détaché qui n’est qu’à lui (présent de l’indicatif, car un écrivain, même s’il s’est persuadé du contraire, ne meurt pas !) : « À chacun de ses anniversaires, il célébrait un petit service funèbre à sa propre mémoire, car n’aurait-il pas pu être déjà mort, après tout ? ».

Henry Miller, le verbe en liberté (1), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 19 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED


Un enfant de la rue et de l’errance

Miller est né à New York le 26 décembre 1891, l’année de la mort de Rimbaud, comme s’il lui revenait de reprendre le flambeau de l’insoumission et de la virtuosité. De parents d’origine allemande, il grandit à Brooklyn, dans une ambiance germanophone, grisailleuse et industrielle. S’il y coule une enfance relativement tranquille, le foyer est marqué par une absence d’amour. Il compose avec l’autoritarisme brutal de sa mère déversant régulièrement sa fureur sur sa petite sœur attardée et avec la faiblesse de son père, fieffé pilier de comptoir. Le petit Miller fait de la rue son refuge, son terrain de prédilection. Bien qu’il soit un excellent élève, l’enseignement académique le rebute. Il se met très tôt à la lecture, choisit ses influences, augurant ainsi une trajectoire atypique et autodidacte.

Hommage à Philip Roth (3) : Un homme, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 14 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Un homme, Philip Roth, Folio, 2009, trad. Josée Kamoun, 192 pages, 7,25 €

Lorsque le rideau tombe

Philip Roth (1933-2018) laisse derrière lui une œuvre considérable. Depuis Goodbye, Columbus en 1959, son seul recueil de nouvelles, à Némésis en 2010, cet iconoclaste écrivain aux caractères bien trempés a commis près d’une trentaine de romans qui lui ont valu de nombreuses récompenses, hormis, féroce injustice, le fameux Nobel de littérature. Il est rare de rencontrer un auteur aussi prolifique, régulier et inspiré que cet américain d’origine juive né à Newark (New Jersey), fervent admirateur de Franz Kafka, Saul Bellow et William Faulkner.

En 2005, alors que Philip Roth le septuagénaire intègre de son vivant la prestigieuse Library of America (l’équivalent de La Pléiade), il entame, au retour des funérailles de Saul Bellow, la rédaction du roman Un homme, premier opus de la tétralogie Némésis (Un homme, Indignation, Le Rabaissement, Némésis). À diverses reprises, Roth s’était déjà plus ou moins frotté au thème délicat de la mort. En axant entièrement cette nouvelle fiction sur le trépas, la décrépitude physique, la vieillesse ainsi que sur son ombre, la nostalgie, Roth réussit la prouesse insigne de composer une partition à la fois pétillante et profonde. Avec un réalisme et une lucidité poignants, sans aucune complaisance ni pathos, l’écrivain caméléon capte les derniers soupirs d’un père, les dernières caresses du temps sur un corps meurtri, les derniers soubresauts d’un cœur désemparé.

Quand la menthe pousse à Montréal !, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 13 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

La menthe pousse-t-elle à Montréal ? Pourquoi les jeunes Algériens, les garçons comme les filles, rêvent-ils de partir au-delà des frontières ? Pas uniquement les jeunes d’ailleurs, les vieux aussi. Tout le monde souhaite enjamber la mer. Sortir du pays. Quitter le village et la mère. Tourner le dos aux aïeux et à la montagne.

Et pourtant, nous avons un pays aussi beau que les autres terres d’Allah. Et nous avons une littérature aussi belle que les autres littératures du monde. Et nous avons trois langues, l’arabe, le tamazigh et le français. Et nous avons de belles femmes aussi belles que les autres femmes du monde. Et nous avons un soleil qui se lève et qui se couche à l’heure hivernale et à une autre estivale. Et nous avons des étoiles sur des têtes et des âmes pleines de dégoût ! Et nous avons du vin, du bon et du mauvais. Et nous avons des belles chansons. Et nous avons un désert vierge en forme d’un conte vivant. Et nous avons un Dieu qui nous guette, matin et soir, par le biais des yeux de ses deux anges fixés sur nos deux épaules, des yeux qui ne dorment jamais ! Et nous avons des fêtes nationales, d’autres religieuses et d’autres agricoles. Et nous avons des oranges. Et nous avons des olives et de l’huile d’olive. Et nous avons des banques (je ne suis pas sûr !).

Histoire du scandale, Jean Claude Bologne, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 12 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Histoire du scandale, Jean Claude Bologne, Albin Michel, février 2018, 300 pages, 20,90 €

 

De la crucifixion aux femen

 

« …je reste convaincu que la notion de scandale s’est maintenue au cours des âges parce qu’elle correspond à une nécessité de notre culture occidentale, sinon de l’âme humaine » Jean Claude Bologne

« La multiplication des scandales a fini, pour un certain nombre d’électeurs, par jeter le discrédit sur la démocratie représentative », J.C. B.

« … le scandale n’a peut-être qu’une fonction dont découleraient toutes les autres : nous tenir en permanence en éveil… », J.C. B.

« Le scandale ne se résume pas au fait scandaleux : il suppose sa publicité et une réaction du public qui l’intègrent dans un processus dynamique où chaque concept trouve sa place », J.C. B.