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Chroniques régulières

Les Moments forts (29) Bacon à Beaubourg (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 16 Octobre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Un vertige. Une angoisse. Telle qu’elle a été – bellement – définie par Kierkegaard, dans Le Concept de l’angoisse (notamment) : « On peut comparer l’angoisse au vertige. Quand l’œil vient à plonger dans un abîme, on a le vertige, ce qui vient autant de l’œil que de l’abîme, car on aurait pu ne pas y regarder. De même l’angoisse est le vertige de la liberté, qui naît parce que l’esprit veut poser la synthèse et que la liberté, plongeant alors dans son propre possible, saisit à cet instant la finitude et s’y accroche. Dans ce vertige la liberté s’affaisse. […] Dans l’angoisse cet infini égotiste du possible ne nous tente pas, comme lorsqu’on est devant un choix, mais nous ensorcelle et nous inquiète de sa douce anxiété ».

À quoi tient l’angoisse éprouvée face aux toiles de Bacon ? Le peintre vous dirait : « Pour moi, il ne s’agit pas d’angoisse ». Et il ajouterait sans doute : « [Et d’ailleurs], [j]e ne peux pas croire que mes peintures sont pour le public. Je ne peux que peindre pour moi-même. […] Je ne pense pas aux autres parce que je ne peux pas et parce que je n’ai pas idée des autres. Chaque système nerveux est différent. Je fais seulement de la peinture pour espérer m’exciter ».

La mère Michel a lu (5) Été 2019, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 08 Octobre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

« La mère Michel a lu un livre ! Au lieu de faire son ménage ? Eh bien, c’est comme ça qu’elle l’a perdu son chat ! »

Denis Diderot, Billet à Sophie Volland (coll. Privée)

 

« Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l’obscurité et du silence ».

Marcel Proust, Le Temps retrouvé

 

« Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l’auteur ».

Julien Green, Adrienne Mesurat

Sommaire :

La smart city entre autogestion citoyenne et manipulation technocratique (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 12 Septembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Théoriquement la smart city est une cité régie par les technologies de l’information et de la communication (TIC), qui collectent des données pour optimiser la gestion des ressources, les centrales électriques, les approvisionnements d’eau, et maximaliser les services urbains, les systèmes d’information et de signalisation, les équipements collectifs, les transports… Les agents administratifs interagissent directement avec les infrastructures en surveillant leurs performances et leur bon fonctionnement. Se combinent les infrastructures et les superstructures, la gouvernance algorithmique et l’initiative humaine, l’autorégulation machinique et l’objectivation des perspectives.

La mutation numérique s’avère encore une fois à double tranchant. Se dessinent deux options incompatibles, l’autogestion citoyenne de la vie urbaine ou sa mise sous contrôle technocratique. Le néolibéralisme tente de caractériser la smart city par ses performances dans un système de concurrence générale où les fabricants entretiennent la surenchère gadgétaire, où les nouveaux modèles d’instrumentation électronique mis sur le marché obsolétisent le précédents.

La trompette philosophique de Boris Vian (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Vendredi, 06 Septembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Il y a soixante ans, le 23 juin 1959, Boris Vian est terrassé par une crise cardiaque dans le cinéma Le Marbeuf des Champs-Elysées. « Le Satrape Transcendant » meurt de colère contre la falsification de son livre J’irai cracher sur vos tombes par d’affreux surintendants.

Librairie de Cluny, à proximité de la Sorbonne. Je déniche des volumes anciens de Boris Vian aux éditions Jean-Jacques Pauvert. Belle opportunité de relecture à l’occasion du cinquantenaire de Mai 68, hanté par le fantôme de l’écrivain maudit, lanciné par le vaticinateur précoce de la révolution ludique. L’amour se dit avec des pavés et s’immortalise dans les slogans pyrogravés. La correspondance baudelairienne abolit l’écart temporel dans la sentence einsteinienne. Laissons les commémorations pompeuses et les consécrations trompeuses aux autres. Un bouquet d’étincelles nous suffit.

Les Moments forts (27) Toutânkhamon en visite à Paris (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 05 Septembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

« La période à laquelle appartient la tombe » de Toutânkhamon [1] est, reconnaît Howard Carter [2], « à bien des égards, la plus intéressante de toute l’histoire de l’art égyptien ». Carter s’attendait donc à trouver des merveilles, lors de sa découverte (Louxor, Vallée des Rois, KV62). Il était loin, cependant – ce fut une « véritable révélation » –, « d’imaginer la vitalité étourdissante », laquelle ne pouvait que « bouleverser toutes les idées reçues », qui caractérisait certains des objets qu’il découvrit.

Le mot qui revient le plus, dans la bouche des spectateurs, lorsqu’une fois dans l’espace de l’exposition, après avoir subi les deux files d’attente puis les quatre minutes de présentation filmée obligatoires, on écoute l’alentour, c’est : « finesse ». Comment du reste s’exclamer autrement, face aux objets qui constituent le trésor de Toutânkhamon, face à leur suprême délicatesse ? Ce raffinement – extrême – « coexiste avec la douceur », affirme Anne Dufourmantelle, qui ajoute aussitôt : « C’est la manière dont le bois est sculpté, travaillé, la subtilité d’une couleur, le déroulé d’une courbe […]. La douceur semble incrustée dans le geste, déposée avec lui dans la matière. […] Il est dit, dans les textes, que le toucher devait avoir la douceur de la pluie et la finesse d’un cheveu d’enfant ». En cela, les objets bellement (beau clair-obscur) mis en valeur à la Villette – chacun d’eux – nous font irrémédiablement songer à cette tradition suivant laquelle il fallait cinq mille couches de laque pour faire un meuble à la cour royale de Pékin.