Identification

Chroniques régulières

Les Moments forts (45) Le retour de Mats Ek au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 24 Mars 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Événement : Mats Ek (qu’il est émouvant de voir travailler dans le documentaire de Frederick Wiseman La Danse, le ballet de l’Opéra de Paris) revient ! Au Palais Garnier, du 22 juin au 14 juillet 2019. Bonheur… Le chorégraphe suédois avait fait ses adieux en 2016, au Théâtre des Champs-Élysées, avec (notamment) Hâche : un émouvant pas de deux pour son épouse Ana Laguna.

La Carmen de Mats Ek (reprise), chef-d’œuvre qui a la cohérence de sa Giselle, s’ancre dans l’univers du flashy, des cris, des cigares qui sentent l’encens, des robes à la personnalité folle, des foulards à quoi peut se réduire le cœur, à quoi peut se réduire la pulsion, pourquoi non. Et magnifie Amandine Albisson qui, vouée au rouge, parvient, dans un rôle très technique, à hisser le trivial à hauteur du sublime, exprimant, avec un féminisme militant, son désir dans toute son étendue, dans toutes ses contradictions (par quoi il est justement désir) : désir de soumission, désir de liberté.

La Styx Croisières Cie - Février 2020 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 19 Mars 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Ère Vincent Lambert, An II

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

 

« Le fanatique, lui, est incorruptible : si pour une idée il tue, il peut tout aussi bien se faire tuer pour elle ; dans les deux cas, tyran ou martyr, c’est un monstre. Point d’êtres plus dangereux que ceux qui ont souffert pour une croyance : les grands persécuteurs se recrutent parmi les martyrs auxquels on n’a pas coupé la tête » (E. M. Cioran, Précis de décomposition, Généalogie du fanatisme).

 

Les Moments forts (44) Modernité de la préhistoire, au Centre Pompidou (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 18 Mars 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Artiste, l’homme préhistorique ? Si tant est qu’être artiste, c’est nourrir les âmes à venir. Pourquoi non ? N’est pas forcément artiste celui ainsi nommé. Et n’est pas forcément artiste celui qui accède par la signature, pour sa génération (possiblement pour les générations), à un nom propre (correspondant à l’état civil ou inventé), prélude prétendument nécessaire au fait de faire œuvre.

En outre, peut être artiste celui qui s’ignore tel. Est – sans le savoir – un grand artiste, celui qui, apnéiste, laisse la beauté dans la présence, celui qui, dans la solitude d’une méditation, plonge, fait corps avec l’immensité aux lèvres pâles, s’en va découvrir, explorer le paysage de l’intérieur de l’océan, et, ce faisant, s’explore lui-même, et, ce faisant, par son silence, devient la voix de l’océan, car, comme l’a professé Shih T’ao : « À présent que le Paysage est “né” de moi et moi du Paysage, celui-ci me charge de parler pour lui. J’ai cherché sans trêve à dessiner des cimes extraordinaires. L’esprit du Paysage et mon esprit se sont rencontrés et par là transformés, en sorte que le paysage est bien en moi ».

Les Moments forts (43) « Lady Macbeth de Mzensk » à Paris et à Athènes (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 03 Mars 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Nécessité de l’opéra : « Le chant élargit / Et concentre / L’espace où il se livre », ainsi que l’écrit le poète Guillevic. « Il suffit / D’une absence de chant // Pour que notre dedans / Soit coupé du dehors ». « Quand le chant n’est plus là / l’espace est sans passion ».

Et richesse – extrême – de la composition de cet opéra (en quatre actes et neuf tableaux) créé le 22 janvier 1934 au Théâtre Maly de Leningrad : l’on y décèle des allusions (quand il ne s’agit pas de citations) aux œuvres de Beethoven, de Bach, de Mahler (dont Chostakovitch revendiquera l’influence), de Rimski-Korsakov, de Tchaïkovski, de Moussorgski (dont Chostakovitch orchestrera le Boris Godounov en 1939-1940). Sans oublier le Wozzeck d’Alban Berg, que Chostakovitch découvre lors d’une représentation à Leningrad en 1927 (quand bien même, voulant donner corps à son « symphonisme », il ne suivra guère Berg sur le chemin de l’atonalité et du dodécaphonisme). Du fait de l’acoustique, les récentes représentations de Lady Macbeth de Mzensk dans le nouveau bâtiment abritant l’Opéra National de Grèce ont pleinement rendu justice à cette richesse, à cette inventivité constante qui ne fait jamais fi des influences, nombreuses, par quoi s’affirme justement le nouveau.

Les moments forts (42) « Le Don Giovanni » de Barenboïm à La Scala (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 25 Février 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Aller à mille représentations d’un même opéra. Afin de suivre – aveuglément – l’adage de T. S. Eliot dans « Four Quartets » : « Nous ne cesserons pas d’explorer / Et à la fin de notre exploration / Nous arriverons où nous avons commencé / Et connaîtrons ce lieu pour la première fois ».

Les deux grandes forces de cette représentation (on passera sous silence l’inutilement abstruse mise en scène) : l’Ouverture, et, en Anna, Anna Netrebko, qui est, depuis ses débuts en 2002 au Mariinsky de Saint-Pétersbourg puis au Festival de Salzbourg, la plus grande chanteuse de son époque, comme Jonas Kaufmann est, pour beaucoup, le plus grand chanteur de notre époque. La soprano russe est la vocalité même : la vocalité parvenant à toucher de sa verticalité l’empyrée en chacune de ses fuyantes perspectives, du fait de la justesse et des nuances – innombrables – avec laquelle cette verticalité se déploie, ne cesse de se déployer.