Identification

Chroniques régulières

Les Moments forts (19) : Matisse à Beaubourg (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 05 Avril 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Arts

La peinture de Matisse (et singulièrement les grands formats) est, pour notre vie, semblable au sommeil tel que décrit par Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra : « Silence ! Silence ! Le monde ne vient-il pas de s’accomplir ? Que m’arrive-t-il donc ? Comme un vent délicieux danse invisiblement sur les scintillantes paillettes de la mer, léger, léger comme une plume : ainsi – le sommeil danse sur moi. Il ne me ferme pas les yeux, il laisse mon âme en éveil. Il est léger, en vérité, léger comme une plume. Il me persuade, je ne sais comment ? il me touche intérieurement d’une main caressante, il me fait violence. Oui, il me fait violence, en sorte que mon âme s’élargit […] ».

Faisant bouger, suivant le même rythme lent et rapide et concerté et sauvage, la couleur autour d’une seule réalité (celle du bonheur), Matisse fait se mouvoir doucement l’âme de celui-ci. Dans le sens musical du terme. Comme le rappelle Max Dorra dans Quelle petite phrase bouleversante au cœur d’un être ?, l’âme, « coincée entre le fond de la caisse et la table [de l’instrument à cordes], permet à celle-ci de résister à la pression du chevalet », lequel est posé sur la table de l’instrument, tenant « uniquement par la pression des cordes dont il transmet à la table les vibrations ». « L’âme transmet à la caisse de résonance les vibrations produites par l’archet sur les cordes. La déplacer de façon infime transforme totalement la sonorité ».

Les Moments forts (18) : Hopper au Grand Palais (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 26 Mars 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Hopper est le peintre de nos solitudes – le pluriel s’impose –, en plein jour (la nuit peut être un jour cru), même à plusieurs. Mais. C’est surtout le peintre de nos insomnies (même en plein jour). En cela, visiter cette exposition une nuit, c’est particulièrement bien vu (cela a été possible, mais ne vous figurez pas que c’était facile, les gens sont venus, sont venus, sont venus, elle a duré des heures, l’attente*).

Cioran note dans un Cahier : « Cet après-midi, comme j’avais très mal dormi la nuit dernière, j’ai fait la sieste. Plus d’une heure de sommeil lourd, si lourd, qu’en m’éveillant, j’ai eu nettement la sensation d’avoir coïncidé pendant des siècles, des millénaires, avec la matière brute. La nostalgie de la mort n’est peut-être pas autre chose que ce désir de coïncidence, de retour définitif à l’état de non-conscience et d’irréflexion. J’aime l’effondrement dans le sommeil, la sensation d’y être englouti, comme s’il s’agissait d’un abîme maternel, de l’enveloppant univers d’avant la naissance ». Comme le constate Olivier Abel, « [d]ans le sommeil, je romps avec le principe d’individuation, et je fais moins de différence entre moi et un autre qu’entre moi et moi-même ».

La Styx Croisières Cie (II) Février 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 25 Mars 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

« Père Ubu : Eh bien, capitaine, avez-vous bien dîné ?

Capitaine Bordure : Fort bien, monsieur, sauf la merdre.

Père Ubu : Eh ! La merdre n’était pas mauvaise.

Mère Ubu : Chacun son goût.

Père Ubu : Capitaine Bordure, je suis disposé à vous faire duc de Lituanie.

Capitaine Bordure : Comment, je vous croyais fort gueux, Père Ubu.

Père Ubu : Dans quelques jours, si vous voulez, je règne en Pologne.

Capitaine Bordure : Vous allez tuer Venceslas ? »

Père Ubu : Il n’est pas bête, ce bougre, il a deviné »

 

Alfred Jarry, Ubu Roi, Acte I, Sc. IV

Jules de Montalenvers de Phrysac : noté dans le Livre de mes Mémoires

Éphémérides créatives - Richard Matheson (par Jean-Marc Dupont)

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Lundi, 25 Mars 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

« That which you believe becomes your world »

Le 20 février 1926, naissance de l’écrivain et scénariste américain Richard Matheson (mort le 23 juin 2013)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Matheson

« When I’m writing, especially when I’m writing in first person, I don’t think about the characterization, or how they are going to express themselves, I just express my own approach to these things », Richard Matheson [C1].

Dans cette interview [I1], à la question « qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ? », Richard Matheson répond : « Je pense que certaines personnes naissent avec un tempérament créatif, ce qui était mon cas. Il y en a qui ont la volonté de créer dans n’importe quel domaine mais cela demande parfois du matériel. La musique par exemple demande des instruments. Pareil si vous voulez être peintre, il faut des pinceaux, de la peinture, des toiles… Moi j’avais douze ans quand ce tempérament s’est révélé et à ce moment-là je n’avais qu’une machine à écrire à disposition, donc je suis devenu écrivain. J’ai créé avec ce que j’avais sous la main ».

Éphémérides créatives : Virginia Woolf, Pierre Boulle (par Jean-Marc Dupont)

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Mercredi, 20 Mars 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Virginia Woolf :

« C’est écrire qui est le véritable plaisir ; être lu n’est qu’un plaisir superficiel ».

« La vérité ne peut être atteinte qu’en rassemblant une grande variété d’erreurs ».

 

Le 25 janvier 1882, naissance de la femme de lettres anglaise Virginia Woolf (morte le 28 mars 1941)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Virginia_Woolf

Linda Anderson explique ici [L1] que « si vous lisez les cahiers publiés d’écrivains célèbres, vous constaterez qu’ils les utilisent souvent comme l’endroit où ils ‘se détendent’ pour écrire et où ils réfléchissent sur leur processus créatif. Par exemple, Virginia Woolf a souvent réfléchi à son processus d’écriture dans son journal. Parce que le journal ne ‘compte pas comme écrit’, elle a pu l’écrire dans un ‘galop rapide au hasard’. Elle a trouvé que ce genre d’écriture non préméditée et occasionnelle donnait souvent de bons ‘accidents’ et de précieuses découvertes » et de citer un fragment de ses notes (20 janvier 1919) :