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Asie

Don Quichotte sur le Yangtsé, BI Feiyu

Ecrit par Adrien Battini , le Samedi, 26 Mars 2016. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Philippe Picquier

Don Quichotte sur le Yangtsé, mars 2016, traduit du Chinois par Myriam Kryger, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): BI Feiyu Edition: Editions Philippe Picquier

 

« Me voici de retour tel un étranger dans la maison de mes parents. Lorsque j’ai lu pour la première fois ce vers d’Ai Qing, j’en ai été bouleversé, j’avais l’impression d’en être l’auteur. Il n’y a pas de bon ou de mauvais poème, il y a ceux qui parlent ou non de vous ». Tel est le chemin allégorique et littéraire qu’emprunte BI Feiyu dans son dernier roman, Don Quichotte sur le Yangtsé, où l’écrivain chinois dévoile son histoire personnelle.

Retourner dans la maison de ses parents, c’est d’abord revenir sur la situation douloureuse de sa famille qui a conditionné son enfance. Après le lancement de la Campagne des Cent Fleurs en 1957, son père est étiqueté comme « droitiste », ce qui non seulement le prive de revenus étatiques mais le condamne à s’exiler dans les campagnes, lui déniant à jamais la carrière intellectuelle qu’il ambitionnait. C’est donc en étranger que le professeur et écrivain accompli réexamine les terres de son enfance et se replonge dans le dénuement provoqué par la déchéance paternelle.

L’Enfant unique, Xinran

Ecrit par Adrien Battini , le Mercredi, 02 Mars 2016. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Editions Philippe Picquier

L’Enfant unique, janvier 2016, trad. anglais François Nagel, 384 pages, 23 € . Ecrivain(s): Xinran Edition: Editions Philippe Picquier

 

Nul besoin de présenter les éditions Philippe Picquier et leur travail de fond quant à la promotion de la culture asiatique sous toutes ses formes livresques. C’est justement cette diversité qu’il s’agit de saluer dès lors que la maison arlésienne n’hésite pas à défendre des textes qui viennent brouiller les genres. L’Enfant unique de la journaliste Xinran fait indéniablement partie de cette catégorie.

L’enquête de Xinran prend pour point de départ et fil rouge un fait divers survenu en 2010, où un jeune homme, sans antécédent criminel ou psychiatrique, avait renversé une femme puis, par crainte d’une arrestation, était descendu de son véhicule pour l’achever de huit coups de couteau. En se demandant comment ce garçon, étudiant en musicologie et pianiste émérite, avait pu commettre un tel acte, Xinran en vient à interroger toute la première génération issue de la politique de l’enfant unique, instaurée à la fin des années 70 pour juguler la croissance démographique. Plutôt que traiter le problème par le haut, elle choisit de s’intéresser à dix récits de vie de ces enfants uniques afin d’en faire ressortir les dynamiques familiales.

Kabuliwallah, Rabindranath Tagore

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 29 Février 2016. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Zulma

Kabuliwallah, février 2016, trad. bengali (Inde), présentées par Bee Formentelli, 400 pages, 22 € . Ecrivain(s): Rabindranath Tagore Edition: Zulma

 

Petites vies, petits chagrins

Petites histoires de malheur,

D’une linéarité, d’une banalité radicales ;

Des milliers de larmes versées chaque jour,

Si peu sauvées de l’oubli […]

À jamais inachevées,

Les innombrables histoires du monde :

Boutons arrachés avant maturité,

Gloire en poussière avant d’avoir été chantée,

L’amour, l’effroi, l’injustice

De milliers de vies obscures.

Le paysage intérieur, Psaumes tamouls, Marek Ahnee et Kavinien Karupudayyan

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 17 Décembre 2015. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Le paysage intérieur, Psaumes tamouls, L’Atelier d’écriture, novembre 2015, édition bilingue français-tamoul, 222 pages . Ecrivain(s): Marek Ahnee et Kavinien Karupudayyan

Paru en novembre 2015 dans la collection Littératures de l’Atelier d’Ecriture, collection dirigée par Barlen Pyamootoo, cet ouvrage bilingue français-tamoul (l’un des très rares exemples du genre) est sans doute l’événement littéraire de l’année dans une île Maurice qui est historiquement un bouillonnant athanor où fusionnent les cultures indianocéaniques, africaines et européennes, et d’où surgissent depuis toujours à foison les talents artistiques les plus divers.

Les deux (très) jeunes orfèvres mauriciens de ce joyau poétique se sont donné le défi et ont réussi la gageure de sélectionner, reclasser et traduire en français quatre-vingt-treize poèmes extraits du Kurunthogai (littéralement : recueil d’odelettes), une œuvre majeure, monumentale de l’univers poétique tamoul, compilation de quatre-cent-un textes lyriques à déclamer composés par une pléiade de deux-cent-cinq « trouvères » qui se sont succédé du 1er au 3e siècle de notre ère au sein d’une académie (sangam) de poètes et de grammairiens située par les exégètes dans la région de l’actuelle Mathurai.

Une Antigone à Kandahar, Joydeep Roy-Bhattacharya

Ecrit par Mélanie Talcott , le Samedi, 12 Décembre 2015. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Une Antigone à Kandahar, août 2015, trad. anglais (Inde) par Antoine Bargel, 368 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Joydeep Roy-Bhattacharya Edition: Gallimard

 

Nizâm… Un prénom de fille et de garçon qui en persan signifie harmonie.

Une silhouette bleu pastel immobile, un mirage contre le brun grisâtre du sol, une chaleur diurne qui épuise les corps et torréfie les esprits, un froid nocturne polaire qui empêche le sommeil, un ciel pailleté de tant d’étoiles qu’il suffit de se pencher pour les ramasser, l’aube qui naît plombée d’une brume maculée de poussière, le vent qui zèbre la terre à grands coups de fouet, l’air qui sent le soufre, des montagnes imposantes, le désert qui se cache dans les ombres et la poussière, partout. Quelque part en Afghanistan. La mort joue avec les nerfs des hommes, soldats américains contre Talibans. Les corbeaux et les vautours se disputent leurs dépouilles. Le temps se dissout dans une attente hantée par le spectre de la mort. Un poste avancé de l’armée américaine, une guerre qui n’en finit plus, une guerre qui abîme les cerveaux, détruit les cœurs et transforme les hommes en machines à tuer. Et le silence qui renvoie chacun à sa propre solitude et à ses doutes. Dans la nuit afghane, à la musique de Nizâm, juchée sur ses deux moignons, ancrée sur une charrette, ses deux bras comme des rames depuis son village lointain rayé du monde par un bombardement qui a emporté toute sa famille, répond en eux la nostalgie de l’exil et le désespoir de leur inutilité.