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Asie

L’azalée blanche, Yi Ch’ǒngjun

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 05 Janvier 2015. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Actes Sud

L’azalée blanche, novembre 2014, traduit du Coréen Jeong Eun-Jin et Patrick Maurus, avec l’aide de Margaret Chung et Jacques Batilliot, 206 p. 21 € . Ecrivain(s): Yi Ch’ǒngjun Edition: Actes Sud

 

Yi Ch’ǒngjun n’est pas complètement inconnu en France – Actes Sud ayant publié six de ses recueils de nouvelles et romans – et L’azalée blanche confirme un talent des plus fascinants. Reconnu comme l’un des auteurs majeurs du XXème siècle en Corée, Yi fait preuve dans ce recueil d’une écriture à fleur de peau, nuancée, reflétant tout glissement imperceptible de la sensibilité des personnages. Le style lui-même mime le mouvement non-linéaire et discontinu d’une pensée qui cherche autant à explorer l’inconscient qu’à raconter une histoire. Quant à la traduction, faite en général à quatre mains, elle réussit assez bien à rendre compte de ces allées-et-venues incessantes, de ces croisements entre les voix narratives et les cadres temporels, même si certaines inégalités dans le registre et la tonalité peuvent être relevées.

Il paraît que chaque écrivain a ses obsessions propres, explorées inlassablement à travers l’ensemble de son œuvre. Chez Yi Ch’ǒngjun, elles sont réunies principalement dans la figure de la mère. Tantôt envahissante, tantôt effacée, voire absente, bien souvent le catalyst de l’histoire, la mère est le prisme par lequel les personnages se construisent, et par laquelle nous, lecteurs, comprenons ces personnages.

Le Regard de Midi, LEE Seung-U

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 10 Octobre 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Decrescenzo Editeurs

Le Regard de Midi, traduction du coréen CHOI Mikyung et Jean-Noël Juttet, mai 2014, 133 pages, 15 € . Ecrivain(s): Lee Seung-U Edition: Decrescenzo Editeurs

 

« Affirmer que j’allais là-bas pour une cure, était-ce dire la vérité ? Jusqu’à quel point était-ce vrai ? A quelle strate de la vérité cette affirmation appartenait-elle ? Etait-elle vraie pour tout le monde ? En tout cas, elle ne l’était pas pour moi. Ni pour ma mère. N’empêche que lorsque P. m’a demandé pourquoi je voulais y aller, j’ai répondu, pour faire une cure, et je n’ai pas éprouvé de remords ».

Partir pour trouver un nom et un visage. Le nom, le visage, le regard du père, et pour cela passer par la maladie et la douleur. Han le narrateur du roman de LEE Seung-U fait ce voyage armé de quelques lectures troublantes : Rilke, Gary, Kafka, et accompagné du bacille qui le colonise. Partir pour trouver ce qui l’empêche de marcher, une perte, un doute, un pressentiment, comme une frontière militaire qui sépare sa Corée de l’autre. Le Regard de Midi est un livre où le moindre geste, la moindre parole, l’acte de vie est saisi par ce tremblement, cette terreur souterraine, signe que la maladie fait son chemin. Tout y est gris, sombre, désespéré, même si par instants le narrateur laisse son regard s’illuminer par les éclats de la nature qui l’entoure.

Le Quartier chinois, OH Jung-hi

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 09 Octobre 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, La rentrée littéraire, Serge Safran éditeur

Le Quartier chinois, traduit du coréen par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot, septembre 2014, 216 p. 17,50 € . Ecrivain(s): OH Jung-hi Edition: Serge Safran éditeur

 

OH Jung-hi nous décrit une Corée peu familière : celle de l’après-guerre, un pays encore en proie à un conflit, celui entre le nord et le sud, l’un des épisodes marquants de la Guerre froide. Le texte se compose de trois nouvelles distinctes en apparence, mais s’attachant à décrire la difficulté de grandir et de vivre.

Dans la première nouvelle intitulée Le Quartier chinois, une fillette de neuf ans quitte la campagne pour une ville portuaire. Le nom de quartier chinois est assimilé à un repère géographique : il est près du port. C’est aussi un lieu de perdition, de débauche. Evoquant la présence de Chinois, la petite fille les décrit ainsi :

« Pour nous, ils étaient contrebandiers opiomanes, coolies cachant de l’or sous chaque point des coutures de leurs guenilles, brigands martelant la terre gelée au galop de leurs chevaux barbares (…) Ce qui se trouvait derrière les portes fermées (…) était-ce de l’or ? de l’opium ? ou de la méfiance ? ».

La voleuse de fraises, Eun Hee-Kyung

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 22 Septembre 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Decrescenzo Editeurs

La voleuse de fraises, traduit du coréen par Lee Myung-eun et Anne-Marie Mauviel (et Jean Bellemin-Noël), octobre 2013, 116 p. 12 € . Ecrivain(s): Eun Hee-Kyung Edition: Decrescenzo Editeurs

 

Cette phrase « Je ne peux pas dire que je sois quelqu’un de bien. Ce n’est pas non plus mon obsession » qui inaugure la première nouvelle de ce recueil de micro-fictions, celle qui donne son titre à ce livre, donne le ton pour l’ensemble de ces textes, dans lesquels les personnages semblent évoluer comme dans des sortes d’aquariums et l’auteur donne au lecteur la possibilité de les observer ainsi, tels des poissons un peu blafards. Le quotidien de ces personnages est souvent morne et si ça change c’est pour passer au noir, voire au morbide, donnant une sensation d’absurdité. Absurde comme le moment où la mort sans prévenir vient frapper et mettre fin à toutes nos prétentions, mais ici c’est à chaque fois l’autre qu’elle vient frapper. Mort accidentelle et tragique quand il s’agit de celui ou celle que l’on désire « plus on se côtoie, plus on se désire et plus on finit dans une obsession qui ronge le cœur » ou criminelle quand il s’agit de celles et ceux qui nous insupportent. L’écriture de EUN Hee-Kyung, froide, détachée, clinique, appuie sur le malaise, elle rappelle parfois celle de l’écrivain Lee Seung-U.

Pavane pour une infante défunte, Park Min-Kyu

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 05 Septembre 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Decrescenzo Editeurs

Pavane pour une infante défunte, traduit du coréen par Hwang Ji-young et Jean-Claude de Crescenzo, mars 2014, 325 p. 20 € . Ecrivain(s): Park Min-Kyu Edition: Decrescenzo Editeurs

 

Voici le premier roman traduit d’un auteur coréen (né en 1968) qui a déjà publié plusieurs romans et recueils de nouvelles, dont certains ont été primés dans son pays depuis 2003. Cette Pavane pour une infante défunte est un récit qui réussit à mêler histoire d’amour, humour taquinant l’absurde et critique sociale, le tout dans une construction de récit à tiroirs qui parvient à surprendre le lecteur en brouillant les pistes de la réalité et de la fiction.

Le narrateur âgé de 20 ans au début du récit est un peu mystérieusement tombé amoureux d’une jeune femme, dont la principale caractéristique est une laideur qui fait l’unanimité auprès de tous ceux qui la rencontrent. Etudiant désœuvré, il l’a croisée alors qu’il a trouvé un emploi dans un grand magasin où tous deux occupent des emplois des plus modestes. Timidement, une reconnaissance mutuelle, très platonique, va les rapprocher, laissant toujours une distance qui semble ne jamais vouloir se réduire totalement. Le lien qui s’installe entre eux semble si improbable, si irrationnel, si menacé par les désillusions déjà vécues, qu’il en devient presque impossible, comme un défi à la réalité du monde environnant où compétition et anonymat sont les façons d’avoir une place, même médiocre, mais une place tout de même.