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Un Jardin de Sable, Earl Thompson

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 16 Novembre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Monsieur Toussaint Louverture, Cette semaine

Un Jardin de Sable (A Garden of Sand, 1970), janvier 2018, trad. américain, Jean-Charles Khalifa, 832 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Earl Thompson Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

Honneur 2018 de la Cause Littéraire

Un gros et grand livre que nous offrent les excellentes éditions Monsieur Toussaint Louverture ! Une sorte de fleuve boueux et déchaîné, qui emporte tout sur son passage et en particulier ses lecteurs. La quatrième de couverture nous invite à évoquer les ombres de Steinbeck (on se demande bien pourquoi), de Fante (on comprend mieux mais…), de Bukowski enfin et là on peut être d’accord. Dans la puissance du style, la brutalité des scènes décrites, l’énormité des dialogues, on voit en effet une parenté littéraire avec le vieux Buk. Mais Thompson est beaucoup plus romancier, son récit est fascinant, dérangeant, terrifiant, touchant. S’il faut vraiment une parenté littéraire, Sébastien Lavy de la librairie Page & Plume à Limoges a pointé celle qui semble la plus pertinente, on pourrait invoquer Erskine Caldwell, avec ses personnages pouilleux, déjantés, dévorés par la pauvreté.

Moby-Dick ou Le Cachalot, Herman Melville (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 13 Novembre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, Cette semaine

Moby-Dick ou Le Cachalot, avril 2018, édition et trad. anglais (USA) Philippe Jaworski, illust. Rockwell Kent, 1024 pages, 25 € . Ecrivain(s): Herman Melville Edition: Gallimard

 

Le Times de New York publia, en 1891, la notice nécrologique suivante : « Il vient de mourir et d’être inhumé dans notre ville, cette semaine, à un âge avancé, un homme si peu connu, même de nom, de la génération aujourd’hui dans sa pleine maturité, qu’il ne s’est trouvé qu’un seul journal pour lui consacrer une notice nécrologique, et celle-ci n’était longue que de trois ou quatre lignes ». De quel homme s’agit-il ? Melville. Inconcevable, n’est-ce pas ? Et pourtant cela fut.

« Comme c’est le cas de bien d’autres icônes littéraires américaines, relate Philippe Jaworski dans son excellente introduction, Moby-Dick s’est peu à peu glissé dans tous les recoins de la conscience nationale. […] Accédant au rang de classique universel, la sombre histoire imaginée par Melville n’a pas laissé indifférents cinéastes, musiciens, dessinateurs, illustrateurs, peintres (abstraits aussi bien que figuratifs), adaptateurs en tout genre ».

Reporter criminel, James Ellroy (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 08 Novembre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Rivages/noir, Cette semaine

Reporter criminel, octobre 2018, trad. américain Jean-Paul Gratias, 202 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): James Ellroy Edition: Rivages/noir

 

Un entre-deux du Dogue vaut mieux que bien des productions de polars dont nous sommes tous les jours abreuvés. Oui, c’est un entre-deux : comme à son habitude, Ellroy nous sert un hors-d’œuvre avant son prochain plat de résistance annoncé*. Il nous l’avait fait avec Extorsion juste avant Perfidia. Mais autant Extorsion en était vraiment une – un piètre truc à deux balles – autant ce Reporter criminel mérite qu’on s’y arrête.

Il s’agit de deux enquêtes au sens strict du terme : le Dogue y joue les journalistes criminels, revenant en reportage sur deux affaires qui firent grand bruit aux USA : l’affaire George Whitmore en 1963 et l’affaire de l’assassinat de Sal Mineo, l’acteur secondaire de La Fureur de Vivre, en 1976.

Ellroy prend la voix des policiers qui enquêtèrent sur ces affaires, réunit les documents et tricote avec eux deux fictions tout à fait crédibles et, en tout cas, fort prenantes et, surtout, dans lesquelles on retrouve la scansion jazzy et syncopée du grand James.

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, Zora Neale Hurston (par Fanny Guyomard)

Ecrit par Fanny Guyomard , le Vendredi, 02 Novembre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, septembre 2018, trad. américain Sika Fakambi, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Zora Neale Hurston Edition: Zulma

 

« L’amour ! C’est juste ça qui nous fait toutes à tirer à traîner à suer à trimer de peut pas voir au matin jusqu’à peut pas voir au soir. C’est de par ça que les anciens d’avant y disent que d’être un imbécile ça va pas jamais tuer personne. Ça va juste de faire à suer » (p.45).

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu est un roman d’apprentissage, celui d’une femme métisse dans la Floride du début de siècle, qui doit s’affirmer face aux attentes sociales d’autant plus contraignantes lorsqu’on est femme, de couleur, femme du maire par exemple ou approchant d’un certain âge. Janie apprend aussi l’amour, à travers trois mariages lui faisant traverser une palette d’états : de la résignation innocente à la désillusion, de la colère contenue au désespoir, de la jalousie inquiète à l’euphorie.

Ce roman est une réflexion sur la liberté, le libre arbitre n’étant possible qu’avec une dose de curiosité et de courage. A cet égard, Zora Neale Hurston construit un personnage fort, qui brave les croyances et le regard pesant de la société cherchant à lui dicter sa conduite.

Des souris et des hommes, John Steinbeck (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 24 Octobre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Des souris et des hommes, trad. Maurice-Edgar Coindreau, 174 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): John Steinbeck

 

Ils vont, tous deux, sur les chemins d’une Amérique un peu fruste, encore sauvage. Le dégourdi et le dingo. De ferme en ferme, à la recherche d’un travail. En quête d’un peu de pèze comme ils disent. Les voilà près de Salinas en Californie, là où Steinbeck est né. Entre George et Lennie, les mots sont âpres, mais l’amitié est solide. Enracinée depuis l’enfance. Lennie le colosse aime caresser les souris, les chiots, les cheveux des femmes. Fasciné par tout ce qui est doux et soyeux. Ça le rassure, tel le contact avec un sein. Lennie n’a pas sa place dans ce monde. George le futé veille sur lui, le protège, le préserve du ressac extérieur, amortit ses bourdes, le canalise, le morigène. Lorsque, à bout, George menace de l’abandonner, Lennie panique. Mais jamais ces deux larrons ne se séparent.

Embauchés dans un ranch où Curley, fils du patron et mari jaloux, cherche des noises à Lennie, ils ébauchent des projets d’avenir. Ils rêvent, enterrent un instant leur misère. Ils rêvent de posséder leur propre ferme, ils rêvent de liberté, Lennie d’élever des lapins, de les soigner, de les caresser.