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Un Jardin de Sable, Earl Thompson

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Janvier 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Monsieur Toussaint Louverture

Un Jardin de Sable (A Garden of Sand, 1970), janvier 2018, trad. américain, Jean-Charles Khalifa, 832 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Earl Thompson Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

 

Un gros et grand livre que nous offrent les excellentes éditions Monsieur Toussaint Louverture ! Une sorte de fleuve boueux et déchaîné, qui emporte tout sur son passage et en particulier ses lecteurs. La quatrième de couverture nous invite à évoquer les ombres de Steinbeck (on se demande bien pourquoi), de Fante (on comprend mieux mais…), de Bukowski enfin et là on peut être d’accord. Dans la puissance du style, la brutalité des scènes décrites, l’énormité des dialogues, on voit en effet une parenté littéraire avec le vieux Buk. Mais Thompson est beaucoup plus romancier, son récit est fascinant, dérangeant, terrifiant, touchant. S’il faut vraiment une parenté littéraire, Sébastien Lavy de la librairie Page & Plume à Limoges a pointé celle qui semble la plus pertinente, on pourrait invoquer Erskine Caldwell, avec ses personnages pouilleux, déjantés, dévorés par la pauvreté.

Along the railroad tracks, Une histoire allemande, Roger Salloch

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 22 Décembre 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Maurice Nadeau

Along the railroad tracks, Une histoire allemande, octobre 2017, trad. anglais américain Olivier Maillart, 161 pages, 19 € . Ecrivain(s): Roger Salloch Edition: Editions Maurice Nadeau

Berlin, 1935.

Le jeune peintre et professeur de dessin Reinhardt Korber vit douloureusement la déconsidération et la déchéance de sa discipline dont la direction du lycée réduit drastiquement le financement dans un système éducatif nazi qui a d’autres priorités et pour qui l’art est une expression décadente.

L’avant-veille on lui a dit que l’école n’était pas là pour former des barbouilleurs dégénérés. L’école, ça sert à former des esprits jeunes et des corps jeunes et au diable leur talent !

Parmi les rares élèves du lycée qui fréquentent encore les cours de Korber, Lotte, âgée de seize ans, et Rebecca, un peu plus jeune, deux amies inséparables depuis l’enfance, sont les préférées de l’enseignant.

Korber, Rebecca et Lotte sont les personnages principaux de ce roman sombre et passionnel, dont l’intrigue est construite sur leur trouble relation triangulaire qui évolue en étroite correspondance avec le contexte historique du lavage des cerveaux de la jeunesse allemande par le régime nazi et de la montée paroxystique de la haine des Juifs.

Le Grand Cercle, Conrad Aiken

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 21 Décembre 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Grand Cercle, Editions La Barque, octobre 2017, trad. américain Joëlle Naïm, 316 pages, 26 € . Ecrivain(s): Conrad Aiken

 

Le vertige qui saisit le lecteur de ce roman, peu à peu, page à page, goutte à goutte n’est pas seulement littéraire. Il est aussi… topologique : cette histoire se construit comme déroulée sur une bande de Moebius – vous savez cette bande qui se retourne, où l’extérieur devient l’intérieur puis redevient l’extérieur mais dans un circuit clos – cette bande rendue célèbre par Jacques Lacan qui y voyait une figuration symbolique de l’inconscient. C’est probablement ce que Aiken a voulu dire dans son titre, Le Grand Cercle (The Great Circle), sauf que ce n’est pas tout à fait un cercle parce qu’il se retourne sur lui-même.

D’emblée, le nom de Jacques Lacan est venu. On pourrait évidemment y associer celui de Sigmund Freud, parfait contemporain de ce roman publié en 1933. La boucle constituée par ce livre est une métaphore appliquée de l’inconscient. Le héros, Andy (Andrew Cather), y traverse une vie balisée par ses figures du Destin, sur les sentes d’événements dont le retentissement symbolique noue son monde réel. On pense alors à Baudelaire : « La Nature est un temple où de vivants piliers/ Laissent parfois sortir de confuses paroles/ L’homme y passe à travers des forêts de symboles/ Qui l’observent avec des regards familiers ».

Le jour où Beatriz Yagoda s’assit dans un arbre, Idra Novey

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 20 Décembre 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Les Escales

Le jour où Beatriz Yagoda s’assit dans un arbre, octobre 2017, trad. anglais (USA) Caroline Bouet, 272 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Idra Novey Edition: Les Escales

 

Que l’auteur soit américaine et traductrice du Portugais, spécialiste de l’œuvre d’une romancière brésilienne, n’a sans doute pas rien à voir avec cette histoire de traductrice américaine qui vole au secours de son auteur brésilienne, Beatriz Yagoda, soudainement disparue.

Idra Novey nous fait entrer dans la peau de cette traductrice qui elle-même, au bout de toutes ces années à traduire sa romancière carioca, ne sait plus trop dans quelle peau elle vit. Rajoutons à cela les enfants de la romancière, un peu égarés eux aussi dans son sillage de mystère, dont le très beau Marcus qui a les mêmes yeux vert électrique que sa mère.

Laissant derrière elle chats, pavillon, future belle-mère et futur mari adepte de la course chronométrée, Emma prend le premier avion pour le Brésil où elle s’est déjà rendue de nombreuses fois dans le cadre de son travail. Sitôt débarquée, la traductrice montre tous les symptômes de cette douce maladie, que connaissent bien tous les amoureux du Brésil, ce virus brasiliensis dont on ne peut plus jamais se défaire.

Goat Mountain, David Vann

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 19 Décembre 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallmeister

Goat Mountain, octobre 2017, trad. américain Laura Derajinski, 224 pages, 8,40 € . Ecrivain(s): David Vann Edition: Gallmeister

 

Près de quarante ans après les faits, David Vann, né en 1966, relate dans ce roman des faits terrifiants. L’adolescent de onze ans, narrateur, raconte son entrée dans le monde des chasseurs, automne 1978, en Californie.

David Vann nous plonge dans une littérature de filiation et d’initiation : comment un grand-père et un père très sévères « éduquent » ce jeune de 11 ans et l’initient à la chasse et aux armes dans des montagnes désolées… Les enfants des années 50/60 ont eu des pères autoritaires mais à ce point, c’est à se flinguer ! Bien sûr, ils n’étaient pas Américains (et l’on sait ce que les armes…) ni Indiens cherokee… Le livre est dédié à « mon grand-père cherokee Roy Ivory Vann, 1904-1991, qui chassait chaque année dans Goat Mountain, et à tous ses ancêtres, dont les chefs David Vann, James Vann et Joseph Vann » (p.7).