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Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 29 Avril 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallmeister

Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller. Traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister, 536 p. 26,90 € . Ecrivain(s): Lance Weller Edition: Gallmeister

 

Lance Weller cette fois ne nous emmène pas sur les champs de bataille de la guerre de Sécession ou des guerres indiennes. De la grande guerre civile américaine, il sera question néanmoins dans ce roman, mais dans un narratif atténué par les années et porté par un vieux colonel nordiste privé de ses deux bras.

L’arc de ce roman, sa linéarité courbe, va de l’Anabase à la Catabase. Xénophon en metteur en scène ! De la montée vers un lieu perdu dans la montagne (c’est le nom même de la bourgade : Forsaken Heights) jusqu’à l’effondrement de ce lieu, comme pour un lever de rideau théâtral avant la chute – brutale - de ce rideau. Catabase, dans les épopées grecques, évoque la descente vers les Enfers. Lance Weller scande son roman comme une tragédie antique : ses quatre parties – la clef du jardin du roi, Anabase, Catabase, Le jardin du roi – sont les actes de sa pièce.

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 06 Avril 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, Roman

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis, Le Bélial’, coll. « Une Heure-Lumière », août 2016, 112 pages, 9,90 €

 

Ken Liu est un auteur spécialisé dans le récit court de science-fiction, mais avec un talent rare pour transformer une brève histoire en une méditation sur l’un ou l’autre sujet, souvent notre rapport à nous ou à l’Autre, ou notre rapport au langage. Ainsi, je tiens la nouvelle Le Jardin de poussière pour l’une des plus belles réflexions qui soient relatives à ce qu’est l’art, à sa raison d’être dans l’Univers. Et le texte en coda de L’Armée de ceux que j’aime est une merveille absolue de prose poétique. Au passage, ajoutons que Ken Liu multiplie les procédés narratifs, comme s’il était à la recherche de l’expression ultime.

Pour L’Homme qui mit fin à l’Histoire, le procédé est celui du documentaire, avec une langue donc plutôt plate mais extrêmement précise, genre oblige ; cette longue nouvelle (ou ce bref roman – une novella, pour reprendre le terme anglo-saxon ?) se présente comme la retranscription fidèle des propos tenus par les participants à un documentaire du même titre que la nouvelle.

Les pommes sauvages, Henry D. Thoreau (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Mardi, 31 Mars 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Le Mot et le Reste, En Vitrine

Les pommes sauvages, Henry D. Thoreau, Traduction de l’américain de Nicole Mallet, Editions Le mot et le reste, Janvier 2026, 112 pages, 14€ . Ecrivain(s): Henry David Thoreau Edition: Le Mot et le Reste

 

Des goûts et des couleurs

Il est des livres que l’on peut juger anodins, à première vue ; peut-être le sujet nous paraît insignifiant, mineur, le titre banal ou le livre considéré comme secondaire dans l’œuvre d’un auteur. C’est ce que l’on peut penser en ayant dans les mains l’ouvrage « Les pommes sauvages » de Henry D. Thoreau (1817-1862) que publient les éditions Le mot et le reste. Et pourtant, ce livre est loin de laisser indifférent le lecteur pour peu qu’il soit curieux et imaginatif …

Il est donc question de pommes, « le plus noble des fruits » écrit Thoreau. Il souligne, d’emblée, que la pomme est liée à l’homme, que son histoire est enracinée au plus lointain de l’humanité, dans son quotidien, dans la mythologie, les textes sacrés ou encore la littérature. Toutefois, sans renier les « pommiers civilisés », l’auteur ne voue pas un culte à Pomone, la nymphe des jardins bien entretenus.

Le nid, Shirley Jackson (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 12 Mars 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages

Le nid, Shirley Jackson, trad. De l’américain par Clément Martin, 320 p., éd. Rivages/Noir, 2026, 22€

 

Shirley Jackson, née le 14 décembre 1916 en Californie, est une pionnière du néo-gothique et du roman d’horreur moderne. Très vulnérable, elle subira de graves problèmes de santé, dus à des états dépressifs, des addictions et aux maltraitances de son mari, homme rétrograde et jaloux. Elle mourra prématurément à l’âge de 48 ans le 8 août 1965.

Shirley Jackson campe le portrait d’une jeune femme esseulée, migraineuse, vivant avec sa tante, employée d’un musée, sorte de nid archéologique, menacé de s’effondrer à cause du poids de ses collections, et du poids du passé. La jeune Elizabeth, mutique chez les amis de la famille, souffre d’une personnalité diffractée. De très beaux passages mentionnent son état : « Depuis sa place, Elizabeth voyait son image sur la surface lustrée du piano à queue, de brefs reflets de son visage dans la coupe de cristal pleine de fruits en cire et, lorsqu’elle bougeait la main, des éclats scintillants dans le miroir au cadre doré sur le manteau de la cheminée, dans les perles de verre sur l’abat-jour, sur les boutons de manchette de M. Arrow et sur le bocal peint et toujours rempli de dragées posé sur la table ». Au sein de ce décor douillet mais immuable, s’immiscent le trouble, le malaise dans un climat oppressif.

Nous qui nous révoltons, Claude McKay (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 02 Mars 2026. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Nous qui nous révoltons, Claude McKay, trad. (créole jamaïcain) Karine Guerre, trad. (Anglais États-Unis) Gaëlle Cogan, Michaëla Cogan, préf. Diaty Diallo, dir. Matthieu Verdeil, 2026, 208p., 18 €

 

Le poème comme arme

Le travail poétique de Claude McKay est de l’ordre de la novation : à la fois parce que, historiquement, il suit les années de l’après Première Guerre mondiale, et comme précurseur de la lutte des droits civiques et de la fin de l’apartheid aux USA. On y trouve aussi en germe, comme le rappelle le poète Léopold Sédar Senghor, le concept de « négritude » ; c’est dire l’importance de ce livre où Claude McKay, depuis les poèmes de jeunesse jusqu’aux années 30, développe sa prosodie, chant de lutte, chant du combat Noir.

Il faut parler tout de suite de la question de la haine : haine de l’oppresseur blanc ; haine de l’esclavage des Noirs américains ; puis force de progrès pour l’égalité des Américains et des Africains-Américains. Cette haine est une essence, un combustible, et le poète sait qu’il ne faut pas céder à la brutalité, que sa lutte est celle de la profondeur pour l’égalité humaine, et pas simplement dirigée vers le KKK, pitoyables clowns tristes et inhumains.