Identification

USA

Idaho, Emily Ruskovich

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Juin 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallmeister

Idaho, mai 2018, trad. américain Simon Baril, 359 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Emily Ruskovich Edition: Gallmeister

 

D’aucuns pourraient se plaindre du foisonnement des procédés de narration dans ce roman. Ils auraient tort car, quand des modes scripturaux sont aussi maîtrisés, aussi sculptés, ce ne sont plus des procédés mais bel et bien un authentique talent d’écrivain.

Emily Ruskovich nous offre un roman polyphonique époustouflant, dans lequel les personnages sont littéralement étouffés dans des jeux terrifiants de mémoires croisées, où chacun, chacune, s’approprie la mémoire de l’autre pour questionner l’énigme effroyable qui court tout au long du récit : non pas qui, mais pourquoi a-t-on tué la petite May, âgée de 6 ans ? Pourquoi sa mère, Jenny, s’est-elle retournée dans le pick-up et a-t-elle frappé sa petite fille d’un coup de hachette ?

Que les choses soient claires : ce roman n’a absolument rien d’un polar. C’est un roman où l’amour court de bout en bout, amour conjugal, parental, amitiés fortes, ce qui constitue en soi une énigme pour une histoire qui commence par un meurtre d’enfant. Le lecteur est très vite pris dans un engrenage narratif qui le dévore, l’angoisse, l’obsède au point d’y penser entre deux moments de lecture. Pourquoi donc, mais pourquoi ?

En hommage à Philip Roth (1) : Portnoy et son complexe

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 31 Mai 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Portnoy et son complexe, trad. Henri Robillot, 384 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Portnoy ou la névrose désopilante

Roman phare de l’auteur américain Philip Roth né en 1933 à Newark, Portnoy et son complexe est une mise en abîme jubilatoire dévidant les tourments psychologiques d’un narrateur dont l’éducation juive fut excessivement austère et vertueuse.

L’éducation joue-t-elle réellement un rôle aussi crucial pour le développement de l’individu qu’on le proclame à hue et à dia dans les manuels ou dans les aréopages épris de respectabilité ? Assurément, répondraient Freud, Dolto et consorts. Selon le philosophème consacré, tout se jouerait avant l’âge de six ans, voire dans les premiers jours suivant la naissance.

Music is my Mistress, Mémoires inédits, Duke Ellington

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 25 Mai 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie

Music is my Mistress, Mémoires inédits, Duke Ellington, Slatkine & Cie, 2016, trad. anglais (USA) Clément Bosqué, Françoise Jackson (1ère édition, 1973), présentation de Claude Carrière, 408 pages, 25 €

Take the « A » Train

Take the « A » Train, c’était l’indicatif du grand orchestre de Duke Ellington. Normal qu’il ouvre cet article qui lui est consacré, non ? Après, nous pourrions reprendre l’une des histoires souvent racontée concernant le sieur Edward Kennedy Ellington (1899-1974), plus connu comme Duke Ellington, voire plus simplement the Duke. Après avoir présenté son orchestre et ses musiciens, le Duke annonçait parfois à son public : « And now, let me introduce the pianist in the band… ». Le public s’attendait alors à voir surgir des coulisses un autre pianiste, mais ce n’était que le Duke qui rejoignait son piano… Donc nous dirons pour notre part : « And now… let’s introduce the writer in the band ! ». Nous découvrons en effet ici une autre facette de l’artiste, celle du conteur et du raconteur qui sait comme peu rendre hommage à tous ceux l’ont accompagné, brièvement ou le temps d’une vie, autour de cette maîtresse que peut être la musique. Et il s’agit bien de musique, et non seulement de jazz. Le Duke est en effet de ceux qui ont toujours repoussé les limites du genre, avec une ambition, une générosité et une inventivité, une créativité qui fait qu’il n’est sans doute pas de musicien de jazz, voire de musicien tout court, qui ne lui soit plus ou moins redevable.

Le cinéphile, Walker Percy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 24 Mai 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages poche

Le cinéphile (The Moviegoer, 1961), trad. américain Claude Blanc, 335 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Walker Percy Edition: Rivages poche

 

Sur la voie glorieuse des écrivains du Sud, de Mark Twain à Ron Rash en passant par William Faulkner, Shelby Foote et tant d’autres, Walker Percy occupe une place à la fois éminente et absolument originale. Si le Sud, et en particulier la Nouvelle-Orléans, est constamment présent dans son œuvre, c’est à sa manière unique qui ne ressemble en rien à celle de ses pairs. Walker Percy écrit len-te-ment, on pourrait dire avec un souci du détail qui fait de son style une sorte d’exercice métonymique, de décorticage des choses, de gros plans successifs, à la manière d’un John Cassavetes au cinéma.

De cinéma, il est évidemment fortement question dans ce magnifique roman. Le héros/narrateur, Jack Bolling dit Binx, en dehors de sa triste activité d’agent immobilier, est un fou de cinéma. Il passe dans les salles obscures un temps considérable et, sorti desdites salles, sa vie – monotone et grise – est sans cesse prolongée par les images, les acteurs et actrices, les scènes des films qui peuplent son imaginaire. « A son égard j’adopte une attitude distante dans le style de Gregory Peck. Plutôt grand, les cheveux noirs, je sais aussi bien que lui garder ma réserve, les yeux mi-clos, les joues creusées, les lèvres pincées, et lâcher un mot ou deux avec un hochement de tête ».

La note américaine, David Grann

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 17 Mai 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Globe

La note américaine, mars 2018, trad. américain, Cyril Gay 324 pages, 22 € . Ecrivain(s): David Grann Edition: Globe

 

David Grann persiste, à notre grand bonheur, à réveiller des affaires anciennes, à nous les raconter dans son style simple et fluide, à les autopsier enfin avec minutie. Ce n’est ici ni une fiction, ni une de ces exofictions qui la ramènent avec du fictionnel plaqué sur la réalité historique. Il s’agit d’une enquête d’investigation menée tambour battant, sur un fait divers incroyable survenu en Oklahoma.

Nous sommes dans les années vingt. Si les réserves indiennes d’Amérique végètent dans la quasi misère, celle des Osages, au bout de l’Oklahoma, connaît une prospérité ahurissante. On a trouvé des nappes extraordinaires de pétrole dans les territoires dont ils sont propriétaires et voilà nos Indiens milliardaires, ce qui donne lieu à une incroyable – et souvent cocasse – transformation du paysage traditionnel.