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Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 07 Juillet 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julien Bétan, Livre de Poche, mars 2023, 216 pages, 8,70 € Edition: Le Livre de Poche

 

Sortons la grosse artillerie : Les Oiseaux du temps a valu à ses auteurs trois des principaux prix dans les domaines de la science-fiction et de la fantasy : le Nebula, le Locus et le Hugo. On peut ajouter à cela l’éloge de Ken Liu, auteur déjà célébré par deux fois ici : « L’une de ces rares histoires où l’on a du mal à décider s’il faut faire plus d’éloges sur sa structure et sa prose intelligentes ou sur ses idées et ses personnages brillants. »

Et que sont ces personnages ? Bleu et Rouge, deux combattantes temporelles non physiquement décrites, chacune au service d’un empire qui tâche d’obtenir la victoire absolue sur l’Histoire et donc le monde, Jardin et l’Agence, chacun désireux de voir se concrétiser ses « futurs prévus ». Rouge et Bleu voyagent d’un brin, d’un possible historique, d’une uchronie à peine effleurée, à l’autre, provoquant des guerres ou y mettant fin, parfois dans un bain de sang (ouverture du roman :

Description sans domicile, Wallace Stevens (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 06 Juillet 2026. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Description sans domicile, Wallace Stevens, trad. Bernard Noël, éd. bilingue, Editions Unes, 80 p., 2026, 18€

Inclusion, exclusion

J’ai été happé d’un seul coup par une évidence poétique : la poésie est une machine de la vie. Elle traverse les existences en en retirant la substantifique moëlle. Il n’y a pas de poésie sans réalité(s). Il n’y a pas de texte sans vie, sans temps, sans mouvement. Voilà par quelles sensations je fus happé, appelé. J’ai été touché profondément et durablement par ce lien entre le langage et la réalité (les réalités) que met en évidence Wallace Stevens.


Nous nous disons que Dieu et l’imagination ne font qu’un…

Et qu’elle est haute cette lumière très haute qui éclaire le noir.

Hors de cette lumière-là, hors de l’esprit central,

Nous élevons dans l’air du soir une demeure,

Où il nous suffit d’être ensemble.

Lieu-dit l’éternité. Poèmes choisis, Emily Dickinson (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 23 Juin 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Points, En Vitrine

Lieu-dit l’éternité. Poèmes choisis – Éditions bilingue, Emily Dickinson, présenté et traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Reumaux D’équainville, février 2022, 304 pages, 9,90 € Edition: Points

 

Autant y aller dans la joie et la bonne humeur : la traduction de Reumaux, assortie en fin de volume de « notules » (vous reprendrez bien un peu de thé, ma chère, et prout ?), est agaçante au possible. À une langue souple et directe, il oppose les rigueurs d’un français existant dans son seul esprit : il fait partie de ces traducteurs immodestes qui se veulent plus poètes que l’auteur qu’ils traduisent. Donc, Reumaux massacre – et ce n’est pas grave, de toute évidence, puisqu’on l’a laissé en remettre une couche avec Dylan Thomas (le mec qui est parvenu à traduire Do not go gentle into that good night par Ne saute pas à pieds joints dans cette bonne nuit mériterait qu’on l’interdise de traduction – mais bon, sachant que c’est Josée Kamoun, la responsable de l’illisible « nouvelle traduction » de 1984 qui a pondu un Dictionnaire amoureux de la traduction, le règne des faussaires est loin de son terme), et que tout le monde y a trouvé son compte – il faut croire que personne ne lit ce qu’il fait avant de publier, il doit avoir des potes…

Baumgartner, Paul Auster (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 10 Juin 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Babel (Actes Sud)

Baumgartner, Paul Auster, traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut, Actes Sud Babel, 200 p. 7,90 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Babel (Actes Sud)


Lire l’ultime roman de Paul Auster est un moment étrange, qui s’inscrira forcément dans la mémoire d’un lecteur qui a vénéré le chantre new yorkais. Faire la part de l’affectivité à vif et celle de l’objectivité nécessaire du critique est un exercice périlleux, peut-être impossible. Alors décrétons que l’on peut aimer Auster et néanmoins parler librement de ce livre. Enfin, essayer.

Avec un humour incroyable (du destin ? De Paul Auster lui-même ?) la situation narrative est une inversion radicale de ce que nous savons de la vie de l’auteur : dans le roman, Baumgartner est un homme vieillissant, veuf de sa femme depuis quelques années (emportée par les vagues en bord de mer) et qui vit seul dans son appartement duplex de Brooklyn. Pour qui vient de lire le livre de Siri Hustvedt sur la mort de Paul Auster, c’est donc une inversion parfaite des rôles.

On laisse entendre ainsi que Baumgartner est Paul Auster. La littérature nous oblige à dire non, c’est le héros du livre mais c’est évidemment largement Paul Auster : Juif new yorkais, habitant Brooklyn, écrivain, marié avec une femme plus jeune que lui.

La Mort de l’auteur, Nnedi Okorafor (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 04 Juin 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Robert Laffont

La Mort de l’auteur, Nnedi Okorafor, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Fabien Le Roy, Robert Laffont/Ailleurs & Demain, 455 pages, mars 2025, 22 € Edition: Robert Laffont


En bon français, La Mort de l’auteur est un chef-d’œuvre – autant annoncer la couleur en ouverture de critique, ça évite les malentendus. Chef-d’œuvre littéraire, avec un procédé narratif d’une simplicité absolue, que d’aucuns trouveront convenu au possible (on y revient plus loin), mais qui permet de donner au roman tout son sens, éblouissant, après avoir fait vivre des personnages, même ceux qui ne sont pas vivants au sens propre, durant quatre cents pages et plus – et ainsi donner au lecteur le regret d’une dernière page qui, bien que dénuée de tout tragique (le titre du roman est à prendre au sens humain, au sens de la fin d’une part de soi qui laisse la place à une autre part), exclut d’une vie, celle du personnage principal, complexe et à l’âme profonde, que le lecteur a appris à aimer. Mais chef-d’œuvre aussi au sens artisanal, puisque l’autrice, l’Américano-Nigériane Nnedi Okorafor, siglée science-fiction (ce genre qui « aborde la différence, permet de voir davantage, d’examiner la nature humaine et d’inventer demain »). et fantasy, affirme en interview avoir porté en elle le présent roman trente années durant – c’est-à-dire plus longtemps qu’a duré sa carrière littéraire, c’est-à-dire depuis qu’elle a vingt ans. C’est dire si elle l’a mentalement ciselé, peaufiné, fait grandir – jusqu’au moment de l’offrir au monde.