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Shiloh, Shelby Foote (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 05 Février 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages, Cette semaine

Shiloh, traduit de l'américain par Olivier Deparis, février 2019, 200 p. 20 € . Ecrivain(s): Shelby Foote Edition: Rivages

Shiloh est comme un écho en avance, une préfiguration, du grand œuvre que Shelby Foote écrira entre 1958 et 1974, « La Guerre Civile : une histoire », gigantesque entreprise de 3000 pages, en 3 tomes, qui fait aujourd’hui référence aux USA sur cette période dramatique de leur histoire. Une sorte de pont avancé – ce roman date de 1954 - qui fait charnière dans l’œuvre de Shelby Foote entre sa vocation littéraire et sa passion historique. Mais Shiloh est absolument un roman. Il prend les événements de l’histoire (la bataille de Shiloh en avril 1862) et en fait une fiction. Le travail de l’écrivain consiste à trouver les voix – celles des soldats imaginaires des deux camps qui vont scander l’horreur de ces deux journées – et les transposer en récit dont la pâte est intimement pétrie de l’histoire et de la fiction.

Autant commencer par là, Shiloh est un chef-d’œuvre bouleversant, une symphonie funèbre aux hommes martyrisés, déchiquetés, réduits à des corps de souffrance et de mort par une guerre dont l’absurdité et la violence les dépassent totalement, même s’ils croient en la justesse de leur cause. C’est d’ailleurs là, probablement, le pire : ces hommes sont, d’un côté comme de l’autre, la plupart du temps convaincus du bien-fondé de leur cause. La sauvagerie des combats, l’absurdité stratégique de cette bataille en particulier, sont nourris de cet enthousiasme !

Comment je suis devenu moi-même, Irvin D. Yalom (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 29 Janvier 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Biographie, Albin Michel

Comment je suis devenu moi-même, août 2018, trad. anglais (USA) Françoise Adelstain, 428 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Irvin D. Yalom Edition: Albin Michel

 

Toute autobiographie est prétentieuse, d’une manière explicite ou implicite. Elle postule que la vie de qui tient la plume s’est distinguée de la vie des cent milliards d’êtres humains qui l’ont précédée ou accompagnée, de manière suffisamment nette et remarquable pour qu’elle vaille la peine d’être racontée et imprimée. C’est un peu comme si on inaugurait sa propre statue, dans un parc de sa ville natale.

Cette idée, que peu d’entreprises littéraires sont a priorimoins modestes que l’autobiographie, ressurgit en considérant un titre pareil : Comment je suis devenu moi-même. L’original anglais (Becoming myself. A Psychiatrist’s Memoir) est un ton en-dessous et a le mérite de relier l’entreprise autobiographique à ce qui fut, pour Irvin D. Yalom, l’aventure de sa vie.

Auteur de The Theory and Practice of Group Psychotherapy, un manuel de psychiatrie estimé aux États-Unis (c’est en tout cas lui qui l’affirme et il n’y a pas de raison d’en douter), Irvin D. Yalom est connu en France par ses romans, prenant pour personnages de grands philosophes du passé (Le Problème SpinozaLa Méthode SchopenhauerEt Nietzsche a pleuré).

Septembre en noir et blanc, Shelby Foote (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 24 Janvier 2019. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Roman

Septembre en noir et blanc (September, September, 1977), Shelby Foote, 10/18, 1984, trad. américain Jane Fillion, 381 pages

Décidément, Shelby Foote ne fait rien comme aucun autre écrivain. Dans ce roman, il s’attaque au genre « polar » mais aucun des codes connus de ce genre ne sont ici appliqués. Si bien que, si ce livre est un polar, alors tous les polars n’en sont pas. A travers l’intrigue qui tient Septembre en noir et blanc, Foote va décliner toutes ses obsessions : le Sud bien sûr, son histoire, ses démons, les rapports entre blancs et noirs, la dérive des petits blancs vers le crime, les rapports sulfureux entre hommes et femmes et, toujours, en fond de tableau, l’Histoire des USA, la monographie du Delta, la mythologie sudiste.

On connaissait les polars violents, les polars où l’action tient en haleine, les polars mystérieux, les polars psychologiques. Foote invente un genre unique : le polar au ralenti. L’intrigue est des plus simples, des plus classiques : trois petits malfrats blancs du Delta, deux hommes et une femme, montent un coup. Ils vont enlever le petit garçon d’une famille noire de Memphis pour rançon. Puis ils le séquestrent et négocient avec les parents. On le voit, rien de bien stupéfiant. Ce qui l’est totalement, c’est la narration de Shelby Foote. Les scènes du drame sont en écho permanent. Dans Tourbillon, Foote nous avait déjà esquissé cette structure : une même scène racontée par différents personnages. Ici, c’est la règle.

300 millions, Blake Butler (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 21 Janvier 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Inculte

300 millions, janvier 2019, trad. (USA) Charles Recoursé, 550 p. 24,90 € . Ecrivain(s): Blake Butler Edition: Inculte

Il ne faut pas croire tout ce qui est écrit. Les mots inscrits noir sur blanc dans les pages d’un livre ne sont pas forcément les mots que l’on croit lire. Les mots ont aussi un pouvoir. Ils peuvent même être dangereux et, quand on s’en rend compte, il est trop tard. Si toutefois on s’en rend compte.

Gretch Garvey est une espèce de méta Charles Manson qui recrute des jeunes disciples pour l’aider à accomplir son grand dessein : anéantir toute la population américaine et permettre l’avènement de Darrel, la voix qui parle dans et à travers lui. Mais les policiers sont sur le coup. Quand ils l’arrêtent, ils découvrent une maison remplie de cadavres que les disciples de Gretch Garvey lui ont amenés et qu’il a en partie mangés.

Au début du roman, c’est Gretch Garvey qui parle et le texte est annoté par Flood, un policier. D’autres personnes interviennent, glissent par-ci par-là un mot, une remarque, précisent et rectifient certaines situations ou comportements. Dans la maison ont été retrouvées des malles pleines de vidéos. Pour les policiers, elles représentent des indices qui vont leur permettre de comprendre ce qui s’est passé et peut-être aussi de découvrir comment Gretch Garvey a réussi à convertir tous ces jeunes gens. Mais en visionnant les bandes, les policiers se retrouvent contaminés et tuent leur famille avant de se suicider. Ce n’est que le début de l’épidémie.

Ce qui t’appartient, Garth Greenwell (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 18 Janvier 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages

Ce qui t’appartient, octobre 2018, trad. anglais Clélia Laventure, 256 pages, 21 € . Ecrivain(s): Garth Greenwell Edition: Rivages

 

Ce premier roman de Garth Greenwell (Louisville, Kentucky, 19 mars 1978), paru en 2016 (What Belongs to You, Farrar, Strauss & Giroux), est une extraordinaire plongée dans les émotions d’un professeur américain, exilé à Sofia, travaillant à l’American College : parents désaccordés, liens difficiles avec le père découvrant son homosexualité, passé familial chargé (du côté paternel : grand-mère, génitrice d’enfants de pères différents).

La rencontre amoureuse, sensuelle de Mitko B., jeune Bulgare d’un peu plus de vingt ans, ouvre dans la vie du professeur de nouvelles brèches, heureuses ou épuisantes. L’errance des sentiments relaie alors la propre errance de l’Américain, longeant les « blokove » déshumanisés (achélèmes en béton, longilignes, couverts de graffitis). Et un jour les hôpitaux s’invitent pour brouiller cet amour.

En trois parties, MitkoUn tombeauVérole, le roman déroule la gravité par paliers, menant le lecteur par une empathie sensible. Le narrateur, ce professeur si subtil à se décrire et à décrire les autres, nous conduit à l’inexorable : le délitement des liens, l’absence, la maladie, les retours de flammes vains, la mélancolie sûre, celle qui ne s’oublie jamais et fait écrire.