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Que le Diable l’emporte (Devil Take the Blue-Tail Fly), John Franklin Bardin (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 21 Janvier 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Joelle Losfeld

Que le Diable l’emporte (Devil Take the Blue-Tail Fly, 1947), John Franklin Bardin, Ed. Joëlle Losfeld, 218 p. Edition: Joelle Losfeld

 

Bardin distille une narration au compte-gouttes, grosse d’inquiétude et de tension. Dans une maîtrise et une écriture parfaites, il nous conduit dans les vents et marées du psychisme agité d’Ellen, fragile comme un verre de cristal. À la houlette de son médecin-psychiatre, elle sort de deux longues années d’hospitalisation et le point initial du roman est le matin de sa « libération ». Guérie.

Le thriller psychologique est un genre à part entière dans la littérature – débordant souvent sur le cinéma. Psychose de Robert Bloch, Rebecca de Daphné du Maurier, Shutter Island de Dennis Lehane nous ont fait frémir avec délice. Maupassant en fut un maître et Poe à sa manière aussi. Le style impeccable de John Franklin Bardin et le diabolisme de son roman situent cet ouvrage dans la grande lignée.

James, Percival Everett (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 16 Janvier 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil)

JAMES, Percival Everett, éditions de L’Olivier, 2024 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, 283 pages. Edition: L'Olivier (Seuil)


As-tu lu le roman de Mark Twain, Les Aventures de Huckleberry Finn, paru à Londres en 1884 ?

Avant de lire James, tu dois savoir qu’il est la réponse de Percival Everett au livre de Mark Twain. L’hommage. La suite ou une recomposition, peut-être même un parti pris. La continuité d’une écriture, de 1884 à 2024. Le narrateur n’est plus l’enfant, Huck, le narrateur c’est Jim. Jim est l’esclave qui ose dire Je. Défier le langage.

L’attente constitue une grande partie de la vie d’un esclave, qui attend et attend qu’on le fasse attendre encore. On attend des ordres. De la nourriture. La fin des jours. La récompense chrétienne, juste et méritée, au bout du bout.

Rêves de trains, Denis Johnson (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 19 Novembre 2025. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Titres (Christian Bourgois)

Rêves de trains, Denis Johnson (Train Dreams 2003), traduit de l’américain par Brice Matthieussent, Christian Bourgois Titres, 138 p. 7,50 € Edition: Titres (Christian Bourgois)

Au-dessus du vide, des gouffres vertigineux, des canyons brutaux, des hommes ont lancé des ponts, des monstres de métal pour réduire les distances dans les territoires montagneux, dans les brisures des Rocheuses, des Appalaches, comme un défi insensé à la Nature jusqu’alors toute puissante. Des hommes ont bravé le danger, ont risqué et ont laissé leur vie dans les gouffres obscurs pour accomplir cette tâche de titans au nom de ce que l’on a appelé le progrès – et qui l’était sûrement pour l’économie américaine des années 20. Moment essentiel de la composition de la symphonie des trains qui tissèrent leur toile à travers l’immense territoire, monts et vallées, déserts et villes, canyons et plateaux.

Grainier fut l’un de ces bâtisseurs et son histoire, ici racontée, est scandée par le bruit des trains, leurs vibrations, leurs sifflements, leurs grondements. Une vie simple, d’homme simple, écrite dans un style au dénuement total. Les accents bibliques ne sont pas loin, avec des passages d’une poésie céleste qui frise le fantastique. L’histoire de Grainier coule dans ses veines à jamais et, longtemps après l’âge héroïque des premiers ponts, il a gardé au fond du cœur et de la mémoire les moments d’alors.

Assurance sur la mort (Double Indemnity, 1937), James M. Cain (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 24 Septembre 2025. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Gallmeister, En Vitrine

Assurance sur la mort (Double Indemnity, 1937), James M. Cain, éd. Gallmeister, 2017, trad. américain, Simon Baril, 157 pages, 8,60 € Edition: Gallmeister

 

Depuis quelques années, il est d’usage et de bon ton chez les experts en polars de chanter la louange des romans policiers qui « bousculent les codes » du genre. Effets de l’air du temps – on déconstruit à tour de bras – ou de la recherche de modernité à tout prix qui ont eu pour résultat de produire une profusion de polars déjantés, de plus ou moins bon goût, dont le seul objectif est visiblement de « bousculer les codes » justement.

Avec James Cain, on ne risque rien. C’est lui, avec quelques autres comme Chandler, Goodis, Hammett, entre autres, qui a établi ces codes, à notre grand bonheur. Assurance sur la mort est l’un des piliers de la grande littérature noire et, comme il se doit de celle-ci, du cinéma noir : Billy Wilder a signé en 1944 un film remarquable tiré du livre.

Donc, tous les codes y sont. Non seulement ceux du polar classique, mais ceux des polars écrits par James Cain. On retrouve en effet, deux ans avant le célébrissime Le Facteur sonne toujours deux fois, le triangle funeste du mari victime, de la femme et de l’amant meurtriers.

Nous serons tempête, Jesmyn Ward (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 10 Septembre 2025. , dans USA, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Belfond

Nous serons tempête, Jesmyn Ward, Traduit de l’anglais par Charles Recoursé, Belfond (21 août 2025), 240 pages, 22 euros Edition: Belfond

 

Les romans mettant en scènes esclaves africains et maîtres blancs dans les grandes plantations coloniales sont innombrables. Celui-ci tranche, rompt avec la tonalité générale des aventures romanesques du genre.

Annis, esclave dite « de maison », donc membre de la domesticité affectée aux travaux quotidiens de cuisine, d’entretien, de service, est la fille naturelle du maître et fruit du viol répété de sa mère elle-même esclave. Cette filiation ne lui confère aucun statut particulier. Elle fait partie des meubles, comme ses consœurs, comme sa mère qui n’a jamais été considérée par le maître autrement que comme pièce de valetaille tout juste bonne à servir ponctuellement d’objet sexuel et à exécuter sans relâche les tâches épuisantes qui lui sont dévolues.

« Ma mère m’a raconté le jour où mon maître l’a violentée. Comment il s’est planté devant elle, seule dans un des couloirs de l’étage, à la porte d’une pièce vide. Comment il l’a poussée dans cette pièce et l’a forcée à s’allonger sur le plancher ».