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Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, Zora Neale Hurston (par Fanny Guyomard)

Ecrit par Fanny Guyomard , le Vendredi, 02 Novembre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, septembre 2018, trad. américain Sika Fakambi, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Zora Neale Hurston Edition: Zulma

 

« L’amour ! C’est juste ça qui nous fait toutes à tirer à traîner à suer à trimer de peut pas voir au matin jusqu’à peut pas voir au soir. C’est de par ça que les anciens d’avant y disent que d’être un imbécile ça va pas jamais tuer personne. Ça va juste de faire à suer » (p.45).

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu est un roman d’apprentissage, celui d’une femme métisse dans la Floride du début de siècle, qui doit s’affirmer face aux attentes sociales d’autant plus contraignantes lorsqu’on est femme, de couleur, femme du maire par exemple ou approchant d’un certain âge. Janie apprend aussi l’amour, à travers trois mariages lui faisant traverser une palette d’états : de la résignation innocente à la désillusion, de la colère contenue au désespoir, de la jalousie inquiète à l’euphorie.

Ce roman est une réflexion sur la liberté, le libre arbitre n’étant possible qu’avec une dose de curiosité et de courage. A cet égard, Zora Neale Hurston construit un personnage fort, qui brave les croyances et le regard pesant de la société cherchant à lui dicter sa conduite.

Des souris et des hommes, John Steinbeck (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 24 Octobre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Des souris et des hommes, trad. Maurice-Edgar Coindreau, 174 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): John Steinbeck

 

Ils vont, tous deux, sur les chemins d’une Amérique un peu fruste, encore sauvage. Le dégourdi et le dingo. De ferme en ferme, à la recherche d’un travail. En quête d’un peu de pèze comme ils disent. Les voilà près de Salinas en Californie, là où Steinbeck est né. Entre George et Lennie, les mots sont âpres, mais l’amitié est solide. Enracinée depuis l’enfance. Lennie le colosse aime caresser les souris, les chiots, les cheveux des femmes. Fasciné par tout ce qui est doux et soyeux. Ça le rassure, tel le contact avec un sein. Lennie n’a pas sa place dans ce monde. George le futé veille sur lui, le protège, le préserve du ressac extérieur, amortit ses bourdes, le canalise, le morigène. Lorsque, à bout, George menace de l’abandonner, Lennie panique. Mais jamais ces deux larrons ne se séparent.

Embauchés dans un ranch où Curley, fils du patron et mari jaloux, cherche des noises à Lennie, ils ébauchent des projets d’avenir. Ils rêvent, enterrent un instant leur misère. Ils rêvent de posséder leur propre ferme, ils rêvent de liberté, Lennie d’élever des lapins, de les soigner, de les caresser.

La Jérusalem d’or, Charles Reznikoff (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 22 Octobre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

La Jérusalem d’or, Editions Unes, octobre 2018, trad. anglais (USA) André Markowicz, 48 pages, 15 € . Ecrivain(s): Charles Reznikoff

 

Charles Reznikoff : vers un nouveau « nouveau monde »

Né à Brooklyn de parents russes émigrés aux Etats-Unis (pour fuir les pogroms russes), Charles Reznikoff grandit dans ce qu’il nomma « le ghetto juif de Brownsville ». Il fonde, avec ses amis George Oppen et Louis Zukofsky, le mouvement « objectiviste » soutenu par Ezra Pound et William Carlos Williams.

Ses premières études de juriste sont essentielles pour comprendre les propos de ses travaux poétiques, dont Témoignage Les Etats-Unis 1885-1890 (fondé sur les archives des tribunaux de la fin du XIXe siècle) et Holocauste (instruit sur les compte-rendu des procès de Nuremberg et d’Eichmann et publié aux éditions Unes en 2017). L’auteur y développait une vision factuelle et volontairement « généraliste », dépassionnée le plus possible, des horreurs de l’Histoire, ses cruautés, ses injustices, son arbitraire et l’inhumanité des hommes envers les autres. Mais son livre La Jérusalem d’or est un peu différent. Il s’agit du livre de la réconciliation des identités juives et américaines.

Les jours de silence, Phillip Lewis, par Fanny Guyomard

Ecrit par Fanny Guyomard , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Les jours de silence, août 2018, trad. américain Anne-Laure Tissut, 448 pages, 22 € . Ecrivain(s): Phillip Lewis Edition: Belfond

 

Quête du père, quête de l’autre et des mots pour exprimer l’amour. Avec sa plume sensible et élégante, Phillip Lewis offre un magnifique roman qui interroge les silences de notre enfance, les questions demeurées insolubles sur nos pères impénétrables dont on cherche la reconnaissance.

Comme ces romans qui se déroulent sur plusieurs décennies, Les jours de silence convoque un puissant et tendu sentiment de nostalgie. Nous ressentons les sept années qui ont été nécessaires pour écrire ce roman, ce temps qui infuse l’écriture et qui la fait traverser plusieurs phases.

Le regard enchanté de l’enfant narrateur devient lors de son exil le récit d’une longue déchéance, d’une errance destructrice. Un déni du passé, qui ne cesse pourtant de resurgir. Car en fuyant et en s’oubliant, le narrateur ne fait que redevenir ce père alcoolique. Il devient (involontairement ?) son double, comme pour mieux le comprendre. Et dans cette quête s’exprime en filigrane l’essence ambivalente de la littérature : elle est autant force d’illusion que de désillusion.

Les jours de silence, Phillip Lewis (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 11 Octobre 2018. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Les jours de silence, août 2018, trad. américain Anne-Laure Tissut, 427 pages, 22 € . Ecrivain(s): Phillip Lewis Edition: Belfond

 

Un roman passionnant et bancal

Une pluie de références et citations des plus grands écrivains américains, traversée de traits d’esprit et de personnages aussi improbables que drôles et attachants – à commencer par le jeune narrateur –, voilà de quoi faire de cette lecture un vrai moment de plaisir littéraire. Parce que la littérature, et les livres, on y plonge jusqu’au cou dans ce roman tout entier baigné dans l’amour des auteurs et de leurs œuvres.

Tout commence par une citation de Thomas Wolfe, dont le père du narrateur est fou d’admiration. La famille s’installe – les parents et le jeune narrateur – dans une invraisemblable maison nichée dans un coin des Appalaches, en Caroline du Nord. Une maison biscornue, construite quelques décennies plus tôt par des propriétaires originaux. Une bibliothèque immense et bien garnie, en est le centre. Et le reste se distribue dans une architecture improbable, dans le désordre. Un antre menaçant et terrifiant dans lequel vont grandir deux enfants.