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Rivages

Sinatra Confidential, Shawn Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 21 Janvier 2016. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Biographie

Sinatra Confidential, novembre 2015, trad. anglais Nicolas Guichard, 368 pages, 22 € . Ecrivain(s): Shawn Levy Edition: Rivages

 

Si on a en tête la magnifique biographie de Dean Martin par Nick Tosches (*1), on ne peut qu’être dérouté par ce livre. On est loin du récit haletant, lyrique, passionné de Dino. Mais le titre Sinatra Confidential fait plutôt référence à James Ellroy et son L.A. Confidential. Et là, le livre tient la route. On retrouve en effet chez Shawn Levy la volonté de dessiner une époque à travers la carrière de Frank Sinatra. Ou plutôt, car c’est plus de cela qu’il s’agit, à travers l’histoire du « Rat Pack » (C’est d’ailleurs le titre original : « Rat Pack Confidential »).

Qu’est-ce donc que le « Rat Pack » – pour ceux qui ne le sauraient déjà – ? : Un jour, voyant les gars de la bande de Sinatra assis au premier rang du bar d’un casino, Lauren Bacall a grommelé : « Vous ressemblez à un foutu Rat Pack (*2). Ils se sont tous marrés ». Le terme est resté et ils l’ont rendu célèbre. Au début il y avait Bogart, mais le « Pack » qui a duré longtemps et écumé tous les casinos, salles de concert et restaurants de Las Vegas à la Côte Ouest, était composé de Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr, Peter Lawford et Joey Bishop.

Corps Conducteurs, Sean Michaels

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 19 Janvier 2016. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Canada anglophone

Corps Conducteurs, janvier 2016, trad. anglais (Canada) Catherine Leroux, 448 pages, 22 € . Ecrivain(s): Sean Michaels Edition: Rivages

 

Sean Michaels (1982) est un Canadien multi-talentueux : créateur du très influent blog Said The Gramophone, il a écrit sur la musique, ainsi que sur les voyages et la culture, dans nombre de médias importants, de Pitchfork au Guardian en passant par The Wire. Dans toutes ces publications, il a pu exercer sa plume et se montrer fin et sensible observateur (il fait partie des premiers journalistes à avoir repéré Arcade Fire entre autres). Il est donc peu surprenant que son premier roman ait pour thème un musicien, ou du moins un inventeur ayant donné son nom à un instrument de musique, Léon Thérémine (1896-1993, en russe : Lev Sergueïevitch Termen) et soit un bijou d’écriture sensible, finement ciselé.

Corps Conducteurs se présente comme une autobiographie, une réflexion sur la propre histoire de son narrateur, ainsi que l’indique la première phrase : « J’étais Léon Termen avant d’être le docteur Thérémine, et avant d’être Léon, j’étais Lev Sergueïevitch ». Mais l’auteur prévient en note : « Ce livre est un ouvrage de fiction rempli de distorsions, d’élisions, d’omissions et de mensonges. […] Quiconque souhaite connaître la véritable histoire de Termen devrait lire Theremin : Ether Music and Espionage, d’Albert Glinsky, un volume méticuleusement documenté auquel ce roman est grandement redevable ».

Elmore Leonard, un maître à écrire, Laurent Chalumeau

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 21 Avril 2015. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Elmore Leonard, un maître à écrire, avril 2015, 271 pages, 20 € . Ecrivain(s): Laurent Chalumeau Edition: Rivages

 

Mort en 2013, Elmore Leonard a laissé derrière lui pas moins de 45 romans et quelques dizaines de nouvelles. Si sa production a été, objectivement, assez inégale, l’œuvre de Leonard a aussi bien souvent été sous-estimée. En tout cas, et c’est ce que Laurent Chalumeau s’applique à montrer dans cet essai, Leonard est certainement l’un des écrivains qui ont le plus influencé les auteurs de la fin du XXe et du début du XXIe siècle.

Leonard est un writer’s writer, un de ces auteurs qui ne trouve pas forcément un énorme succès public – encore qu’il n’ait pas été trop mal loti de ce côté-là non plus, en particulier dans la seconde partie de sa carrière – mais qui fascine ses condisciples. Et pas seulement dans le polar, ni d’ailleurs dans la littérature stricto sensu. Car si Dennis Lehane, Tim Dorsey, George Pelecanos, Carl Hiaasen, Laurent Chalumeau, évidemment, ou Don Winslow pour n’en citer que quelques-uns, louent en lui un maître à écrire, il en va de même de Stephen King, de Martin Amis, de Brett Easton Ellis, Saul Bellow, David Simon et, bien entendu, Quentin Tarantino.

Le Voyage d’Octavio, Miguel Bonnefoy

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mercredi, 15 Avril 2015. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman

Le Voyage d’Octavio, janvier 2015, 124 pages, 15 € . Ecrivain(s): Miguel Bonnefoy Edition: Rivages

 

Tout commence par la découverte de la lecture et de l’amour, intrinsèquement liés à travers la personne de Venezuela, qui initie don Octavio à cet univers du désir : celui d’apprendre, d’imaginer, celui de l’autre. Ainsi naît l’histoire, en rupture avec ces temps précolombiens de l’ignorance, tels que la colonisation espagnole les ont dépeints. Ou plutôt, tout commence un peu avant, dans la légende fondatrice de Saint-Paul-du Limon : l’arrivée des colons et de la peste, le miracle des citrons qui tombent comme un signe du ciel sur une procession et guérissent tous les pestiférés. La statue du Nazaréen érigée dans la première église qui lui est consacrée dans le village disparaît un jour, sans que nul ne s’étonne, on rase l’arbre miraculeux, il ne reste que le nom donné au village dont chacun a oublié le mythe originel, et Octavio naît là dans une ignorance totale que la rencontre de Venezuela va transformer en un parcours initiatique vers la connaissance de soi et de son pays, au cours des épreuves qu’il traversera. Après l’idylle amoureuse et la découverte des fruits de la connaissance, vient le temps de la chute : Octavio fait partie d’une bande de nobles voleurs justiciers, installés dans l’église, qui cambriole un jour la maison de Venezuela. Cette dernière reconnaît son amant parmi les pilleurs, ce qui pousse ce dernier à un long exil.

Les Fiancés, Déborah Lévy-Bertherat

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 09 Avril 2015. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les Fiancés, Mars 2015, 220 p. 18 € . Ecrivain(s): Déborah Lévy-Bertherat Edition: Rivages

 

Délicieux univers que celui de ce roman. La douleur pourtant y est omniprésente mais, Déborah Lévy-Bertherat déroule les pelotes du temps qui passe avec une douceur, une délicatesse, une finesse infinies. La tragédie humaine – celle, universelle, de l’inéluctable vieillesse et sa fin – prend du coup des couleurs moins sombres, est irisée d’arcs-en-ciel. Il faut dire que l’écriture ici, poétique et soignée, n’a pas pour objet la noirceur. Et elle atteint parfaitement ses fins : parler du destin sans verser, jamais, dans le pathos du romantisme désespéré.

Pourtant, le sujet aurait pu y tomber. Deux vieillards, un homme et une femme, Madeleine et René, se croisent dans une maison de retraite au crépuscule de leurs vies.  Et ils vont connaître une dernière – très belle – histoire d’amour. A partir de cette matrice, Déborah Lévy-Bertherat va décliner un beau roman sur le temps. Le temps perdu, à jamais. Le temps récurrent, celui de la mémoire, le temps retrouvé enfin, celui de l’affect (re)vécu.